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Taine, Hippolyte Adolphe (1828-1893), après l’échec à l’agrégation de philosophie Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Les notices concernant Hippolyte Adolphe Taine fournissent, avec plus ou moins de précision, les dates qui ponctuent les affectations successives dont il est l’objet de la part du Ministère de l’Instruction publique et des Cultes, à partir de la fin de sa scolarité à l’École normale supérieure [1848-1851].
Quatre dates, et quatre lieux sont à retenir entre septembre 1851 et octobre 1852.

6 OCTOBRE 1851. TOULON.
Hippolyte Adolphe Taine, ancien élève de l’École normale supérieure, section Lettres, a été reçu « cacique » en 1848, autrement dit major d’une promotion de vingt-quatre élèves, précédant Jules Libert [1828-1857], Edmond About [1823-1885], Auguste Lamm [1828-1853], Francisque Sarcey [1827-1899], etc…
Il y effectue comme pensionnaire une scolarité de trois ans.

Au sortir de l’École en 1851, ayant suivi en troisième année les enseignements philosophiques d’Émile Saisset [1814-1863], et de Jules Simon [1814-1896], Hippolyte Taine se présente au concours de l’agrégation de philosophie, présidé pour la première fois, exceptionnellement, par Joseph Marie* Portalis [1778-1858], conseiller d'État, et composé de Charles Bénard [1807-1898], professeur de philosophie au lycée Condorcet [où Taine a été son élève] ; Adolphe Franck [1809-1893] professeur suppléant dans la chaire de Philosophie grecque et latine du collège de France ; Adolphe Garnier [1801-1864], professeur titulaire de la chaire de Philosophie à la Faculté des Lettres de Paris ; Alexandre Edme* Gibon [1798-1871], professeur de philosophie au collège royal Saint-Louis ; l‘abbé Jean Matthias Noirot [1793-1880], professeur de philosophie au collège royal de Lyon, depuis octobre 1827.

Admissible, après les épreuves écrites, Hippolyte Taine est refusé à l’oral, qui s’achève le 6 septembre 1851.
Quelles que soient les raisons invoquées qui expliquent ou tentent de justifier cette élimination, le Ministère de l’Instruction publique doit désormais procéder à son affectation.

Cet échec à l’agrégation empêche sa nomination dans un collège royal. Dès lors, le statut d’Hippolyte Taine, dans la hiérarchie des enseignants, ne peut être celui de professeur, de professeur agrégé ou de professeur suppléant, mais seulement celui de chargé de cours [statut supérieur à celui de régent] dans un collège, non pas royal, mais simplement communal.
Ainsi Hippolyte Taine est-il chargé du cours de philosophie au collège communal de Toulon [département du Var]. Il y est, en remplacement de Jean Baptiste Marius Ricard [1807-1886], ancien élève de l’École normale [1828], régent de philosophie, qui vient d’être nommé, le 6 octobre 1851, chargé de la classe de philosophie au lycée d’Avignon [département du Vaucluse].
Mais cette première affectation de Taine à Toulon, ayant été suspendue, c’est finalement Sigaud°, licencié ès-lettres, ancien régent d’histoire au collège de Draguignan [Var], régent de philosophie au collège d’Ajaccio, qui succède à Ricard au collège communal de Toulon, comme régent de philosophie.

13 OCTOBRE 1851. NEVERS.
Pour sa part, Taine aurait souhaité au sortir de l’École pouvoir rester à Paris, et bénéficier ainsi des bibliothèques et des « centres scientifiques » nécessaires pour préparer la thèse de doctorat ès-lettres, sur un sujet de psychologie qu’à cette époque il envisage de soutenir sur la Sensation.
Ses amis, et François Guizot lui-même, ancien Premier ministre et à plusieurs reprises Ministre de l’Instruction publique, interviennent, sans beaucoup de succès, auprès de Dombidau de Crouseilhes [1792-1861], ministre de l’Instruction publique et des Cultes [10 avril-26 octobre 1851].

Hippolyte Taine, recevant une nouvelle affectation, est chargé « momentanément », le 13 octobre 1851, de la suppléance de la classe de philosophie au collège communal° de Nevers [département de la Nièvre], en remplacement de Delaroche, régent de philosophie au collège de Nevers, qui a obtenu, à sa demande, un congé de six mois, pour raisons de santé.

Taine reste presque cinq mois à Nevers. Mais il reçoit fin mars, du recteur de l’académie, l’abbé René Nicolas Sergent [1802-1871], une double notification : d’une part, la décision ministérielle, prise le 23 mars, mettant un terme à la suppléance de la classe de philosophie dont il avait été chargé ; d’autre part, la nouvelle destination le concernant, décidée par l’arrêté ministériel du 29 mars, à savoir la suppléance de la chaire de rhétorique du lycée de Poitiers.

29 MARS 1852. POITIERS.
En effet, le 29 mars 1852, par arrêté, Hippolyte Taine est chargé de la suppléance de rhétorique au lycée° de Poitiers [département de la Vienne].
Le texte de l’arrêté ministériel est le suivant : « M. Taine, ancien élève de l’École normale supérieure, licencié ès-lettres et bachelier ès-sciences physiques, chargé de la suppléance de la classe de philosophie au collège de Nevers, est chargé de la suppléance de la chaire de rhétorique au lycée de Poitiers pendant la durée du congé accordé à M. Monnier ».
Le congé accordé à Émile Monnier [1820-1882], professeur de rhétorique au lycée de Poitiers porte jusqu’à la fin de l’année classique 1851-1852.

1852. LA LETTRE MENAÇANTE DE FORTOUL.
Cette période mars-avril 1852, apporte toute une série de déconvenues à Hippolyte Taine :
Il y a tout d’abord, selon l’expression même de Taine, la lettre « menaçante » signée d’Hippolyte Fortoul [1811-1856], ministre de l’Instruction publique et des Cultes, nommé le 3 décembre 1851, juste au lendemain du coup d’État.
Cette lettre adressée à Hippolyte Taine, et datée du 30 mars, rappelle tout d’abord la chronologie détaillée de la suspension de l’affectation à Nevers, et la désignation à Poitiers.
Mais surtout, elle constitue une mise en garde sévère : « C’est après avoir pris une connaissance attentive des notes qui vous concernent que j’ai résolu de vous essayer dans un enseignement moins périlleux pour votre avenir. J’ai remarqué, en effet, que vos leçons philosophiques à Nevers rappelaient trop les doctrines qui vous ont été reprochées, à juste titre, dès votre début. Aussi je ne suis pas sans inquiétude sur les résultats de l’épreuve nouvelle à laquelle vous allez être soumis. Si M. le recteur de l’académie de Vienne [Eugène Audinet (1807-1877)], que je charge de surveiller particulièrement vos leçons, veut bien vous aider de ses conseils, je vous engage à les suivre avec déférence ; sous la direction éclairée de ce fonctionnaire, vous parviendrez, je l’espère, à dégager votre enseignement de doctrines, qu’avec plus de maturité vous apprécierez un jour à leur juste valeur, et qui ne sont pas du domaine des études classiques. Je ne dois pas vous laisser ignorer, Monsieur, que si cette épreuve ne répondait pas à mon attente, je me verrais dans la nécessité de renoncer à vos services ».

UNE LONGUE SÉRIE DE DÉCONVENUES.
Les déconvenues se poursuivent :
1. La contrainte, en avril 1852, compte-tenu de sa nomination en classe de rhétorique, de passer immédiatement d’un enseignement de la philosophie à un enseignement des lettres.

2. La suppression de l’agrégation de philosophie, signifiée en creux, par l’article 7 du décret du 10 avril 1852 : « Il y a deux sortes d’agrégation : l’une pour les lettres, l’autre pour les sciences ». Suppression de fait, qui semblait déjà annoncée le 26 décembre 1851, par l’arrêté qui, fixant le nombre de postes mis au concours pour les différentes agrégations prévues encore à cette époque, ne mentionnait pas le concours de philosophie.

3. L’obligation, indiquée dans ce même décret du 10 avril 1852, pour les candidats à l’agrégation, d’avoir fait la classe pendant cinq ans. En notant cependant que les trois années passées à l’École normale sont comptées pour deux années de classe.

4. La suppression des concours d’agrégation qui auraient dû commencer au 20 août, suppression dont Taine est informé à la mi-avril 1852.

5. Enfin, appris autour du 17 mai 1852, le refus des sujets de thèse de doctorat que Taine pensait pouvoir soutenir à la Faculté des Lettres de Paris, sur la Perception extérieure, pour la thèse latine ; sur les Sensations, pour la thèse française.
Comme en témoigne la lettre très critique d’Adolphe Garnier [qui pourrait être membre du jury de soutenance] à Victor Leclerc, doyen de la Faculté

25 SEPTEMBRE 1852. BESANÇON.
Nomination en classe de sixième à Besançon [département du Doubs], en remplacement de Jean Auguste Ohmer [1821-1898], ancien élève de l’École normale [1845], agrégé de grammaire [1848], qui vient d’être nommé professeur de cinquième au lycée de Strasbourg.
Hippolyte Taine refuse cette nomination.
C’est finalement Gaucher qui est nommé en sixième à Besançon, en remplacement de Ohmer.

DÈS LORS D’AUTRES ORIENTATIONS.
Hippolyte Taine obtient de l’administration un congé de mise en disponibilité [9 octobre 1852], qui est renouvelé d’année en année jusqu’à la fin de son engagement décennal.
Il revient à Paris et s’y installe. Suit des cours à l’École de médecine et au Muséum. Il gagne sa vie en donnant des leçons particulières.
Taine prépare ses thèses de doctorat, soutenues à la Faculté des Lettres de Paris : thèse latine De Personis platonicis [Parisiis : Apud Vam. Joubert. In-8, 86 p., 1853] et thèse française, soutenue le 30 mai 1853 : Essai sur les Fables de La Fontaine [Paris : Librairie de Mme Ve Joubert. In-8, 200 p, 1853].
La thèse sur La Fontaine est refondue et réédité en 1861, sous le titre : La Fontaine et ses fables [Paris : L. Hachette et Cie. In-12, 354 p., 1861], avec plusieurs rééditions dès la première année de parution. Avec la thèse, qui deviendra fameuse, de la détermination par le milieu, la race et le moment.
Hippolyte Taine prépare un Essai sur Tite-Live, dans le cadre du concours proposé par l’Académie française [« Étude critique et oratoire sur le génie de Tite-Live (…) »], essai qui sera finalement couronné le 30 août 1855, sur le rapport d’Abel François Villemain, puis édité en 1856 [Paris : Librairie de Louis Hachette et Cie. In-18, VIII-348 p., 1856].

1855. VOYAGE AUX EAUX DES PYRÉNÉES.
Entre temps, souffrant d’une laryngite granuleuse, une cure aux eaux des Pyrénées, fort recommandée à l’époque pour toutes sortes de soins, lui est prescrite pour l’été 1854, par Noël François Guéneau de Mussy [1813-1885], médecin de l’École normale. Se rendant, rue Pierre Sarrazin, à la librairie de L. Hachette [lui aussi ancien élève de l’École], pour y acheter quelques guides, Taine y rencontre par hasard Jules Simon et Edmond About [eux aussi anciens élèves de l’École], familiers de la maison, qui s’entremettent auprès d’Émile Templier, le gendre de Louis Hachette, pour qu’une commande lui soit passée.
Ainsi, Hippolyte Taine, quelques mois après son séjour à Saint-Sauveur, puis aux Eaux-Bonnes, publie chez Hachette, en avril 1855, sous une couverture jaune, un Voyage aux eaux des Pyrénées, illustré de soixante-cinq vignettes [en réalité soixante-quatre] sur bois par G. Doré [Paris : Librairie de L. Hachette et Cie. In-12, 274 p., 1855].

Ce « Voyage aux eaux » devient en juillet 1858, sans les illustrations de Gustave Doré un simple « Voyage aux Pyrénées ». Mais en quittant le format in-12, pour devenir un respectable in-octavo. Corrigé et augmenté, notamment de chapitres concernant Bayonne, Biarritz, Saint-Jean de Luz. [Paris : Librairie de L. Hachette et Cie. In-12, VI-350 p., 1858].
Enfin, le succès se confirmant, paraît en 1860, une troisième édition, la plus recherchée par les amateurs. Encore in-octavo. À nouveau illustrée par Gustave Dorée, mais cette fois avec 341 vignettes sur bois. 286 vignettes sont en premier tirage, car 8 vignettes de la première édition n’ont pas été publiées à nouveau dans celle-ci. Le texte de cette troisième édition, de 554 pages, est remanié, notamment  pour éviter la censure, et encore augmenté par rapport à celui de la deuxième édition [Paris : Librairie de L. Hachette et Cie. In-12, VI-554 p., 1858].
Les éditions se succèdent, années après années : vingt-cinq jusqu’à 1930. Sans compter une édition new-yorkaise en 1875.

SOURCE.
1894. Notice de G. Monod, sur Hippolyte Taine.
Association des Anciens élèves de l’École normale supérieure.
[Paris : Librairie Léopold Cerf. 13 rue de Médicis. 14 janvier 1894], pages 18-40.

1905. H. Taine. Sa vie et sa correspondance [Paris : Hachette. 1905]. Correspondance de jeunesse 1847-1853. Quatrième édition.
Numérisé.
http://visualiseur.bnf.fr/CadresFenetre?O=NUMM-30862&I=143&M=tdm


 
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