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Sur les traces de Platon, lettre de Terzetti, 1858 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
D'Athènes, en mai 1858, selon Jules Barthélemy Saint-Hilaire, un certain Terzetti adresse à Victor Cousin une lettre évoquant Platon et les jardins d'Académie.  Il fait allusion à l'époque ancienne, où tout jeune il a aidé V. Cousin, qui effectuait des recherches à la bibliothèque Ambroisienne. Selon l'auteur de la lettre, Platon lui-même serait charmé si Cousin venait à Athènes lui rendre visite …

LE TEXTE INTÉGRAL DE LA LETTRE DE TERZETTI À COUSIN.

« Monsieur,

Je prends la liberté de remettre à M. Nicolaïdès, de Philadelphie, ces lignes afin qu'il puisse avoir l'honneur de vous voir. M. Nicolaïdès est typographe, helléniste et orientaliste.

Votre bonté me fait espérer que vous gardez quelques souvenirs de votre ancien page, sous les voûtes de la bibliothèque Ambroisienne, en 1820. Pour moi, votre souvenir ne me quitte jamais. Il est vrai que Platon m'y aide. A l'endroit où l'on dit avoir existé l'Académie, je m'assieds souvent à lire quelques-uns de vos ouvrages, inséparables du souvenir de l'ancien propriétaire du livre. Cet endroit est nommé, par les villageois d'alentour et le peuple de la ville, Kadémia. Ce Kadémia présente pour le moment le singulier tableau que je veux vous tracer. Colonne et tombeau d'Ottfried Müller, petite église de Saint-Emilien, puis de Saint-Mélétis. Autre église de Sainte Léousa [au lieu d'Eléousa], et tout cela dans la circonférence à peu près du Palais du Luxembourg. Dans la petite église de Saint-Emilien, des femmes athéniennes portent encore leurs enfants en bas âge lorsqu'ils souffrent de la difficulté à parler. Elles prient le saint de délier leur langue. Vous voyez bien, Monsieur le professeur, qu'elles ne tiennent pas compte de l'orthographe. Pangis Seusis, vieillard respectable, mort depuis quelques années, fit reconstruire l'église détruite par la guerre, y plaça même son tombeau. Dans son âge tendre, sa mère l'amena là en implorant le secours du saint. L'enfant en profita si bien qu'il devint fameux causeur, et qu'il écrivit des mémoires, chefs-d'oeuvre du dialecte attique moderne. 

Quel singulier rapprochement ! Müller, le savant archéologue, Emilien, saint qui aide à parler, puis le saint de la méditation, puis sainte Léousa, la vierge Eléousa, miséricordieuse,  et tout cela à l'entour et sous les ombrages de l'Académie, sous lesquels Platon méditait, parlait fort éloquemment, déchiffrait les antiquités égyptiennes, et faisait un appel à la religion et à l'amour. De tout cela, je vous envoie un témoin irrécusable dans la personne de l'honnête M. Nicolaïdès, de Philadelphie. Que si vous doutiez de sa parole ou de la mienne [ce que pour ma part j'aimerais fort], vous serait-donc si difficile de venir vous-même vérifier les faits ? Platon serait charmé de vous voir fouler le gazon qu'il a foulé lui-même, et la ville d'Athènes jouirait de quelques instants merveilleux, vivant par vous de la pensée de son enfant chéri, trop oublié peut-être par nous.

Agréez les sentiments de profond respect de votre ancien dévoué.

Signé : G. Terzetti.

M. Pelecassi se porte fort bien à Zante ».

SOURCE DU TEXTE.

Le texte est publié, dans la chapitre des «Correspondances diverses», tome 3, pages 436-437-438, par Jules Barthélemy Saint-Hilaire, dans son ouvrage sur V. Cousin :  M. Victor Cousin, sa vie et sa correspondance. Paris : Hachette, 3 volumes, 704+657+542 pp., in-8, 1895. L'ouvrage omporte une Table des matières très détaillée, sous forme d'index des notions et des noms.

INCERTITUDE SUR TERZETTI.

Ce G. Terzetti  pour lequel J. Barthélemy n'est pas très sûr le l'orthographe, la lettre manuscrite étant difficile à déchiffrer, ne serait-il pas plutôt  Coletti ? « La signature de cette lettre, dit Barthélemy Saint-Hilaire, est peu lisible, et nous ne sommes pas sûr de la reproduire exactement. Mais la lettre n'en est pas moins curieuse […]».

En effet J. Barthélemy Saint-Hilaire évoque ailleurs dans le même ouvrage, mais cette fois sans rapporter le texte : « M. Coletti écrit d’Athènes à M. Cousin, pour lui présenter M. Nicolaïdès, de Philadelphie; il lui rappelle qu’en 1820, il faisait auprès de lui l’office de page dans ses recherches à l’Ambroisienne ».

PETITES RECTIFICATIONS.

1.J. Barthélemy Saint-Hilaire écrit Coletti. Il faut lire Colletis, personnalité que connaît V. Cousin. En effet, Jean Colletis [1784-1846] est ambassadeur de Grèce à Paris, de 1835 à 1844. C’est à lui que revient la mise en place de la Constitution en Grèce [septembre 1843-mars 1844]. Succédant à Mavrocordatos, chef du premier gouvernement constitutionnel, il devient chef du gouvernement grec à partir de 1844.

2. J. Barthélemy Saint-Hilaire écrit : M. Coletti écrit d’Athènes à M. Cousin, pour lui présenter M. Nicolaïdès, de Philadelphie. Il faut lire Nikolaidis Philadelpheus. 

COUSIN À L'AMBROISIENNE.

V. Cousin est à Milan, en été et à l'automne de 1820, pour consulter les manuscrits de Proclus.

Parti de Paris, Cousin voyage d'abord avec le fils d'Albert Stapfer. Il se rend à Lyon, où il est rejoint par Jean Jacques Ampère, fils d'André Marie Ampère.

En Italie, Cousin se rend d'abord à Turin, et y rencontre l'abbé Amédée Peyron [1785-1870] égyptologue et hélléniste, à qui il demande de collationner pour lui les manuscrits de Proclus.

Puis il se rend à Milan. Charles Fauriel [1772-1844] lui sert d'intermédiaire pour être présenté au poète et littérateur italien Alessandro Manzoni [1785-1873]. Ce dernier, qui est déjà célèbre, le reçoit à Boussaglio, dans sa propriété près de Milan, en octobre 1820.

Après avoir consulté les manuscrits de Proclus de la bibliothèque Ambrosienne de Milan, Cousin se rend à Venise pour travailler à la bibliothèque de Saint-Marc.

L’ÉDITION DE PROCLUS.

C’est en 1820 que V . Cousin commence à faire paraître l’édition des Oeuvres inédites de Proclus. Texte grec avec commentaire latin. L’édition se poursuit de 1820 à 1827, 6 volumes in-8.

Proclii philosophi platonici Opera e codd. mss. biblioth. reg. Parisiensis, tum primum edidit, lectionis varietate, versione latina, commentariis illustravit Victor Cousin, Tomus primus [-sextus] parisiis : excudebat J. M. Eberhart, F. Didot, 6 vol. in-8, LXXX-294 + XXX-344 + X-292 + X-284 + 428 + 376 pp., 1820-1827.

En 1820, paraissent les deux premiers volumes :

I. Tomus primus, continens tria opuscula de libertade, providentia et malo. 1820.

II. Tomus secundus, continens partem dimidiam commentarii in primum Platonis Alcibiadem. 1820.

Les tomes III et IV paraîtront en 1821 ; le tome V en 1823 ; le tome VI et dernier en 1827. Tous les volumes sont édités par J. M. Eberhart, sauf le dernier volume qui paraît chez Firmin-Didot.

Le premier volume [paru en 1820] est dédié à Pierre Claude Bernard Guéroult* [1744-1821], ancien directeur de l’École normale. Le deuxième volume [paru en 1820] est dédié à Charles Loyson*[1791-1819], ancien élève de l’École normale [promotion 1811], qui vient de mourir en juin 1819. Le troisième volume à Christian August Brandis* [1790-1867], de l’Université de Bonn.

DEUXIÈME ÉDITION DE PROCLUS.

Le Proclus est réédité en 1865, comme deuxième édition, en 1 volume in-4.

Pour cette seconde édition, V. Cousin prend comme collaborateur Eugène Levêque* [1818-1883], “jeune savant aussi versé dans la connaissance de la philosophie ancienne que dans la langue et la littérature grecque.” Cette seconde édition est considérée comme très supérieure à la première [Barthélémy Saint Hilaire]. C’est un volume de 1331 pages, imprimé sur deux colonnes, presqu’exclusivement en grec.

COUSIN ET PLATON.

En 1821, alors qu’il commence à publier son Proclus en six volumes, travail qui l’occupera jusqu’en 1827, V. Cousin se met au travail pour publier une traduction intégrale des œuvres de Platon.

Cette édition en treize volumes se répartit de 1822 à 1840.

Oeuvres complètes de Platon, traduites de grec en français, accompagnées de notes et précédées d'une introduction sur la philosophie de Platon, Paris : Bossange frères, 1822-1840, in-8, 13 volumes.

1. L’édition de la traduction des Oeuvres de Platon, commencée en 1822 se poursuit jusqu’en 1840. Treize tomes, Paris : Bossange frères, in-8 ; puis Pichon et Didier ; puis Rey et Gravier.

2. Réédité à nouveau, en 1896 par les soins de Barthélémy Saint-Hilaire, avec un Avertissement signé de René Millet.

Le tome 1. [Paris : Bossange frères, 1822] contient les traductions de Euthyphron, Apologie de Socrate, Criton et Phédon ; le tome 2. [Paris : Bossange frères, 1824] contient les traductions de Théétète, Philèbe ; le tome 3. [Paris : Bossange frères, 1826] contient les traductions de Protagoras et de Gorgias ; le tome 4. [Paris : Bossange frères, 1827] contient les dialogues socratiques ; le tome 5. [Paris : Bossange frères, 1823] contient les dialogues socratiques ; le tome 6. [Paris : Pichon et Didier, 1831] contient les dialogues socratiques ; le tome 7. [Paris : Pichon et Didier, 1831] contient les Lois ; le tome 8. [Paris : Pichon et Didier, 1832] contient les Lois ; le tome 9. [Paris : Rey et Gravier, 1833] contient la République ; le tome10. [Paris : Rey et Gravier, 1834] contient la République ; les tomes 11. et 12 [Paris : Rey et Gravier, 1837 pour le tome 11 ; 1838 pour le tome 12] contiennent le Cratyle, le Sophiste, le Politique, Timée, Parménide et Critias ; le tome 13. [Paris : P. J. Rey, 1840] contient des Lettres, les dialogues apocryphes et le Testament de Platon.

Le premier volume [1822] est dédié à Auguste Viguier*[1793-1867], qui a sans doute aidé V. Cousin dans son travail ; le deuxième volume [1824] est dédié au poète italien Alessandro Manzoni [1785-1873] ; le troisième volume [en 1826] est dédié à Georg Wilhelm Friedrich Hegel [1770-1831] alors professeur à Berlin ; le quatrième volume [1827] est dédié au comte Sanctorre de Santa Rosa [1783-1824] ; le cinquième volume à Charles Fauriel [1772-1844]; le septième volume [1831] à J. G. Farcy [1800-1830].

 

 
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