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Sicard, Roch Ambroise (1742-1822), un philanthrope, de l'Institut national à l'Académie française Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Sicard, Roch Ambroise (1742-1822), un philanthrope, de l'Institut national à l'Académie française
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Avec sa réélection, la section de Grammaire est composée de François* Andrieux [1759-1833] ; Noël Gabriel Luce* Villar [1748-1826] ; Urbain* Domergue [1745-1810] ; François de Neuchâteau [1750-1828], qui avait occupé la place de Roch Ambroise Sicard, exclu en conséquence de sa proscription ; Jean François Cailhava [1731-1813] qui a remplacé  Jean Baptiste* Louvet de Couvray [1760-1797], décédé le 25 août 1797 ; Roch Ambroise Sicard.

7 OCTOBRE 1801. THÉORIE DE LA CONJONCTION.
Réélu à l'Institut dans la Classe de Littérature et Beaux-arts [24 juin 1801], Sicard, au cours de la Séance publique du 7 octobre 1801 [15 vendémiaire an X] attire l'attention de la Classe par une Théorie nouvelle de la conjonction.
Compte rendu dans la Notice des travaux de la classe de Littérature et Beaux-arts par Noël Gabriel Luce Villar, secrétaire de la Classe.

1801. RAPPORT À L'INSTITUT NATIONAL SUR LE MÉCANISME DES MOTS.
Au nom d'une commission [composée de François de Neufchâteau [1750-1828], Urbain* Domergue [1745-1810] et Sicard], Roch Ambroise Sicard fait également le lundi 14 décembre 1801 [23 frimaire an X] < un rapport consacré à un ouvrage de Paris > intitulé : Le Mécanisme des mots de la langue française.
< Il a paru mériter des éloges, pour avoir, par des procédés simples et ingénieux, donné aux enfants de la classe la moins cultivée, la facilité d'apprendre l'art de parler, de lire et d'orthographier >.

En réalité il s'agit de l'ouvrage de P. H. A. Pain [et non Paris, comme il est écrit dans les Mémoires de l'institut] intitulé : Le Mécanisme des mots de la langue française, ou Méthode usuelle pour apprendre à parler, à lire et à écrire cette Langue en peu de tems, par  P. H. A. Pain [À Paris : A l'imprimerie de l'école Française, rue des Prouvaires, n° 546, près Saint-Eustache ; chez Bailly, libraire, rue saint-Honoré, barrière des Sergents, et Genet, aussi Libraire, rue Dauphine, n° 5 près le Pont-Neuf. In-8, 110 p., an X-1801].
L'ouvrage contient pages 97-107 le Rapport de l'Institut national des sciences et des arts ;  des extraits du Rapport du Jury d'Instruction publique fait au Préfet du Département de la Seine, pages 107-108 ; le Rapport des commissaires du collège Royal de France, pages 109-110.

P. H. A. Pain  avait déjà publié, en 1784, La Première instruction rendue facile et agréable aux enfants, ou l'Art de lire et d'orthographier promptement par le méchanisme du Bureau typographique [Paris : Royez. In-12, II-188 p., 1784].
Il publiera encore deux ou trois ouvrages se rapportant à la grammaire.

1802. NOTICE HISTORIQUE SUR LA VIE ET LES OUVRAGES DE DE WAILLY.
Sicard, ayant été élu dans la troisième Classe de l'Institut [Littérature et beaux-arts], le 24 juin 1801, dans le fauteuil libéré par la mort de Noël François de Wailly [1742-1801] décédé le 7 avril 1801 [18 germinal an IX], rédige, selon l'usage, une < Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Noël François de Wailly, membre de l'Institut national, et de plusieurs autres sociétés savantes et littéraires >.
Conférer : Mémoires de l'Institut national des Sciences et des Arts. Littérature et Beaux-Arts. Tome V [Paris : Baudoin, imprimeur de l'Institut national. Août-septembre 1804/fructidor an XII].

Le Magasin Encyclopédique en rend compte [huitième année. 1802. Tome III, page 256].

Le lexicographe et grammairien François de* Wailly [1742-1801] avait été élu le lundi 14 décembre 1795 [23 frimaire an IV] dans la troisième classe de l'Institut [Langue et Littérature françaises], section de Grammaire, quelques jours après que l'abbé Sicard y fusse nommé.

1802. ÉDITION DE D. HARTLEY.
Sicard fait paraître en 1802, une édition d'un ouvrage du médecin D. Hartley : De l'homme et de ses facultés physiques et intellectuelles, de ses devoirs et de ses espérances, par David Harlley, M. D.,  ouvrage traduit de l'anglais, avec des notes explicatives de R. A. Sicard, membre de l'Institut national, et Directeur de l'Institution des Sourds-Muets [À Paris : chez Ducauroy, Imprim.-Libraire, rue Saint-Jacques, n°. 279 ; Déterville, Libraire, rue du Battoir, n° 16. Deux volumes in-8, 402+430 pp., 1802]. Préface I-X.

Le médecin anglais David Hartley [1705-1757], un des fondateurs de la psychologie associationniste, influencé par l'empirisme de John Locke, avait publié en 1749, Observations on Man, His Frame, His Duty, and His Expectation [London: Printed by S. Richardson; For James Leake and Wm. Frederick. Two volumes. 1749].
Une quatrième édition en anglais était parue en 1801, à Londres [London : J. Johnson, St. Paul's Church Yard. Deux volumes, 1801].

Une première traduction, de l'anglais en français, était publiée en 1745, peut-être faite par l'abbé Henri Jurain, traducteur d'autres ouvrages de David Hartley. Mais Sicard  juge que si l'ouvrage de Hartley n'a pas encore connu la réputation qu'il mérite < peut-être la faute en est-elle à la première traduction, qui, dans quelques endroits n'est pas aussi fidèle qu'elle aurait du l'être, et qui en général, ne présente pas cette clarté si nécessaire pour exciter l'intérêt du lecteur, dans des matières naturellement abstraites >.

1802. RAPPORT À L'INSTITUT NATIONAL SUR UNE NOUVELLE ENCYCLOPÉDIE.
Urbain* Domergue [1745-1810], Noël Gabriel Luce* Villar [1748-1826] et Roch Ambroise Sicard présentent à l'Institut national un Rapport sur une nouvelle encyclopédie destinée aux instituteurs et aux élèves des écoles primaires et secondaires [Meaux : Dubois. In-4, III-31 p. an X-1801/1802].
L'auteur de cette Encyclopédie, dont seul le premier volume sur les vingt-cinq prévus, est paru est de François Paul* Barletti de Saint Paul [1734-1809], professeur de Grammaire générale au collège des Quatre-Nations, puis à l'École centrale de Fontainebleau.
< Les rapporteurs louent les moyens de l'auteur, font des observations sur les difficultés de les mettre en pratique. Ils concluent toutefois à ce que l'Institut accordât à l'auteur les encouragements dus aux propagateurs des lumières >.

11 JANVIER 1803. SÉANCE PUBLIQUE DE LA CLASSE.
Dans la séance publique du 11 janvier 1803 [21 nivôse an XI], Sicard, en tant que secrétaire de la Classe, proclame les résultats de la Classe en ce qui concerne le prix < sur les études qui forment et les connaissances qui caractérisent l'antiquaire >, remporté par Amaury Duval.
Sicard fait un rapport sur le Mémoire qui a remporté le prix.

Ce Rapport fait l'objet d'un compte rendu dans le Magasin encyclopédique [Huitième année. 1802. Tome IV, pages 508-509].

Le diplomate et écrivain Amaury Duval [1760-1838] fondateur de la Décade philosophique [1794] sera élu membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1811.

1803. NOTICE DES TRAVAUX DE LA CLASSE POUR LE PREMIER TRIMESTRE.
En tant que secrétaire de la Classe de Littérature et Beaux-Arts, Sicard est chargé de composer la Notice des travaux, pendant la premier trimestre de l'an XI, c'est à dire la période d'octobre, novembre, décembre 1802.
Ce texte est publié en tiré à part : Notice des travaux de la classe de littérature et beaux-arts pendant le premier trimestre de l'an XI, par le citoyen Sicard, secrétaire de la classe [Paris : imprimerie de Beaudoin. In-4, 20 pages, s. d. (1803)].

La notice des travaux, rédigée par Sicard, est également publiée dans le Magasin encyclopédique [Huitième année. Tome V, page 239].

Noter qu'au 23 janvier 1803, quelques jours après, la Classe de Littérature et Beaux-arts sera formellement supprimée et que Sicard sera affecté dans la nouvelle Classe de Langue et Littérature françaises.

28 JANVIER 1803. SICARD DANS LA CLASSE DE LANGUE ET LITTÉRATURE.
Sous le Consulat, dans la réorganisation du 23 janvier 1803 [3 pluviôse an XI] la Classe des Sciences morales et politiques [deuxième Classe] est supprimée.
Et quelques jours après, un arrêté du 8 pluviôse an XI [28 janvier 1803] répartit les membres titulaires de l’Institut national entre quatre nouvelles Classes : Sciences physiques et mathématiques, composée de soixante-trois membres ; Langue et Littérature françaises, composée de quarante membres ; Histoire et Littérature ancienne, composée de quarante membres, huit associés étrangers et soixante correspondants ; Beaux-Arts, composée de vingt-neuf membres, huit associés étrangers et trente-six correspondants.

Roch Ambroise* Sicard, retiré de la Classe de Littérature et Beaux-Arts, est nommé, le 28 janvier 1803, le dix-septième de la liste sur quarante, dans la Classe de la Langue et de la Littérature françaises, au fauteuil 3*, qui avait été occupé en 1744, au temps de l'Académie française, par François Joachim de Pierres, cardinal de Bernis [1715-1794].

1803. ÉDITEUR DES TROPES DE DUMARSAIS.
En 1803, Sicard est l'éditeur d'une cinquième édition des Tropes du grammairien et philosophe César Chesneau Du Marsais [1676-1756] : Des tropes ou Des différens sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue : ouvrage utile pour l'intelligence des auteurs, et qui peut servir d'introduction à la rhétorique et à la logique, par M. Dumarsais [sic]. Cinquième édition, revue, corrigée et augmentée, par l'abbé Sicard [Paris : Laurence. In-12, 336 p., an XI-1803].

L'ouvrage de Du Marsais était paru initialement en 1730 [Des Tropes, ou des diférens sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue... par M. Du Marsais [Paris : Vve J.-B. Brocas. In-8, X-292 p. 1730].

Réédité en 1757, au lendemain de la mort de l'auteur [Traité des tropes, pour servir d'introduction à la rhétorique et à la logique, par M. Du Marsais. Nouvelle édition publiée par M. Formey [Leipsic : Vve G. Fritsch. In-8, XII-275 p., 1757] ; puis en 1775, comme troisième édition [Paris : P. Prault. In-12, XXII-370 p., 1775] ; puis en 1787 [Paris : P. M. Nyon. In-12, XXIV-360 p., 1787].

En 1793, l'abbé Charles Batteux [1713-1780] donne une édition des Tropes de Dumarsais avec son texte sur la construction oratoire : Des Tropes et de la construction oratoire... par M. Du Marsais et M. l'abbé Batteux [À Tulle : R. Chirac. In-12, VII-470 p., 1793].
Réédité en 1811, 1816, 1817,

Les Tropes de Du Marsais figurent, en 1797, dans l'édition en sept volumes des Oeuvres assurée par Marie Émile Guillaume Duchosal et Charles Millon [Paris : impr. de Pougin, 1797], avec l'Éloge de Du Marsais par d'Alembert.
Ainsi que dans l'édition complète des Oeuvres, en six tomes [quatre volumes] parue en 1799-1800 [Paris : de l'imprimerie de Langlois, an VIII-1799/1800].

Après l'édition assurée par Sicard, en 1803, de nombreuses autres  éditions des Tropes de Du Marsais paraissent, notamment en 1806, 1807, 1810, 1811, 1815, 1817, 1818, 1823, etc. , dont un certain nombre éditées en province [Carpentras, Grenoble, Lyon].

11 FÉVRIER 1805. SICARD MEMBRE DE LA COMMISSION DU DICTIONNAIRE.
Un décret impérial, en date de février 1805 [pluviôse an XIII], institue auprès de la Classe de la Langue et de la Littérature françaises, de l'Institut national, devenu Institut impérial, une Commission du dictionnaire. La Commission du dictionnaire a pour fonction de préparer le travail des académiciens réunis en séance plénière, en assurant une première lecture des textes, retravaillés par la Compagnie en deuxième lecture.

Elle compte initialement cinq membres : Jean Baptiste Antoine* Suard [1732-1817], en tant que secrétaire perpétuel ; André* Morellet [1727-1819] ; Roch Ambroise Sicard ; Stanislas Jean de Boufflers* [1738-1815] ; Antoine Vincent* Arnault [1766-1834].
André Morellet sera le secrétaire de cette Commission.

Cette commission est l'une des cinq commissions littéraires de l'Institut, qui se mettent en place progressivement : Commission du Dictionnaire [pluviôse an XIII] ; Commission des Inscriptions et médailles [25 juin 1806] ; Dictionnaire de la langue des beaux-arts [23 avril 1807] ; Commission pour la continuation de l'histoire littéraire [27 mai 1807] ; Commission des travaux littéraires chargé de surveiller la continuation de la notice des manuscrits, du Recueil des ordonnances des Rois de France […].

6 MAI 1807. RÉCEPTION DU CARDINAL MAURY.
Dans la séance publique du mercredi 6 mai 1807, le cardinal Jean Sifrein Maury [1746-1817], élu le 22 octobre 1806, membre de la classe de la Langue et la littérature françaises [fauteuil 15], est reçu à l'Institut.
En tant que Président de la Classe, Sicard selon l'usage prononce la réponse au discours de Jean Sifrein Maury.
Le texte en paraît, pages 80-98, dans le volume 13 de l'Institut de France, qui recueille les discours de réceptions de 1803 à 1816 : Réponse de M. l'abbé& Sicard, Président de la classe de Langue et de la Littérature Françoises de l'Institut de France, au discours de Son Eminence Mgr. Le Cardinal Maury.
« Monseigneur,
Lorsqu'isolé, loin de la capitale, et content du sort qui sembloit devoir m'attacher, pour toujours, au sol où j'avais pris naissance, je méditois, dans l'âge des espérances et des projets, le cœur brûlant d'émulation, les pages d'un livre [Discours sur l'éloquence de la Chaire] où sont tracés les principes de l'éloquence et les modèles qui les consacrent ; j'étais loin d'espérer, et surtout de prévoir qu'un jour, assis au milieu de vos confères, appelé à l'honneur de les présider, le disciple recevrait le maître ; et qu'à ma faible voix, en un jour aussi solennel, s'ouvriraient, devant votre Éminence, une seconde fois, les portes de ce Temple où vous laissâtes des souvenirs qui le remplissent encore, et qui, à toutes nos fêtes publiques, vous remplaçaient, par l'espérance, au milieu de nous [...] ».

On remarque que Sicard, depuis 1805, est l'un des quarante et quelques chanoines honoraires de l'Archevêché de Paris, dont le cardinal Jean Sifrein Maury est l'archevêque.
Alors que l'expression fait polémique, Sicard à la demande expresse de Maury, l'appelle «Monseigneur ».

Les discours sont édités. Trois éditions la même année [À Paris : À l'Imprimerie de l'Institution des Sourds-Muets, sous la direction d'Ange Clo, rue Saint-Jacques, n° 256. In-8, 128 p., 1807]. La Réponse de Sicard occupe les pages 103-128.

Maury avait été élu membre de l’Académie française en 1785, et y avait siégé jusqu'à la suppression de l'Académie [août 1793]. Il sera expulsé de France en 1814, au moment de la première Restauration.

18 OCTOBRE 1810. LES PRIX DÉCENNAUX.
C'est un décret impérial en date du 11 septembre 1804 [24 fructidor an XII], qui institue ces prix décennaux, qui doivent être remis aux lauréats un 9 novembre [9 novembre 1810, 9 novembre 1819, etc.], date anniversaire du 18 brumaire [9 novembre 1799]. Il est prévu initialement neuf grands prix, d'une valeur de dix mille francs ; et treize prix d'une valeur de cinq mille francs.
Révisé en 1809 le décret institue finalement trente-cinq grands prix : dix-neuf de première classe ; seize de deuxième classe.

Le treizième de ces trente-cinq grands prix est prévu pour être décerné « à l'auteur du meilleur ouvrage de philosophie en général, soit de morale, soit d'éducation ».

En réalité, en partie en fonction des fortes polémiques qui agitent l'opinion publique sur ces attributions, la distribution des prix n'aura pas lieu : tout se borne aux Rapports présentés par les membres qui composent le jury, au nom des diverses classes de l'Institut.
Dans son Rapport, la Classe de Langue et Littérature françaises, après avoir signalé le Catéchisme universel de Saint-Lambert, et reconnaissant, avec regret, qu'elle ne pouvait proposer cet ouvrage [soit disant pour des raisons formelles de calendrier] indique : « Deux ouvrages seuls ont paru ensuite avoir les qualités requises pour fixer l'attention de Votre Majesté : c'est le Cours d'instruction d'un Sourd-Muet de naissance, par M. Sicard, et les Rapports du Physique et du Moral de M. Cabanis ».

En 1808, Sicard avait dédié sa Théorie des signes pour l'instruction des sourds-muets, en deux volumes, à S. M. l'Empereur et Roi.

On notera également que Sicard avait été assez longuement et très favorablement évoqué dans le Rapport historique sur l'état et les progrès de la Littérature depuis 1789, présenté à l'Empereur par Marie Joseph Chénier [1764-1811], rapporteur de la Classe de Littérature et Belles-Lettres de l'Institut, dans la séance du 27 février 1808 du conseil d'État.
Rapport  de Chénier, qui est l'un des cinq rapports remis à Napoléon en 1808, celui des Sciences mathématiques, par Jean Baptiste Delambre ; de la Chimie et des sciences de la nature, par Georges Cuvier ; de la Littérature française, par Marie Joseph Chénier ; de l'Histoire de la Littérature ancienne, par Joseph Dacier ; des Beaux-Arts, par Joachim Le Breton.
 
2 JANVIER 1811. COMMISSION EXAMINANT LE GÉNIE DU CHRISTIANISME.
Le ministre de l'Intérieur [à l'époque Jean-Pierre Bachasson, comte de Montalivet], en tant qu'exerçant la tutelle sur l'Institut impérial, adresse, en décembre 1810, une lettre à la Classe de la Langue et de la Littérature françaises, pour lui demander <d'énoncer une opinion motivée> sur le Génie du Christianisme de Chateaubriand.
Du mercredi 2 janvier 1811 au mercredi 27 février la Classe s'occupe de cette question.
Sept personnalités forment la Commission d'examen : Pierre Daru [1767-1829], rapporteur de la commission ; Antoine Vincent* Arnault [1766-1834] ; Pierre Louis Lacretelle [1751-1824] ; André Morellet [1727-1819] ; Michel Regnaud de Saint-Jean-d'Angély [1760-1819] ; Roch Ambroise Sicard [1742-1822] ; Louis Népomucène Lemercier [1771-1840].

Chacun des membres de la commission rédige un rapport consignant ses remarques. C'est dans la séance du 23 janvier 1811, que Sicard fait lecture des observations qu'il a rédigé sur le Génie du Christianisme. Cette lecture est suivie de quelques observations verbales sur le même sujet. Le 13 février Sicard fait lecture du résumé des observations faites précédemment.
Son rapport est édité : Rapport de M. l'abbé Sicard, l'un des membres de la commission chargée de l'examen du "Génie du christianisme", lu à la séance de la classe de la langue et de la littérature française de l'Institut, le 23 janvier 1811 [Paris : impr. de A. Clo. In-8, 72 p., 1811].

C'est le 13 février également que la Classe résumant les travaux qui se sont déroulés sur plusieurs semaines, les réduit à six points essentiels. Parmi lesquels :
< Le Génie du Christianisme, considéré comme ouvrage de littérature, a paru à la classe défectueux quant au fond et au plan >.
< L'éclat du style et la beauté des détails n'auraient pas suffi pour assurer à l'ouvrage le succès qu'il a obtenu, et que ce succès est dû aussi à l'esprit de parti et à des passions du moment, qui s'en sont emparés, soit pour l'exalter à l'excès, soit pour le déprimer avec injustice >.
La Classe pense <que l'ouvrage, tel qu'il est, pourrait mériter une distinction>.

On sait que c'est sur la recommandation de l'Empereur, que quelques jours plus tard, le 20 février 1811, François René de* Chateaubriand [1768-1848] est élu au fauteuil 9, dans la deuxième Classe de l'Institut [Langue et Littérature françaises], en remplacement de Marie Joseph Chénier [1764-1811], décédé à Paris, le 10 janvier 1811. Mais qu'il n'est pas reçu, étant empêché de lire le discours de réception qu'il avait préparé.

21 MARS 1816. SICARD MAINTENU DANS LA RÉORGANISATION DES ACADÉMIES.
Au moment de la seconde Restauration, l'ordonnance royale du 21 mars 1816, signée par  Louis XVIII, et contresignée par Vincent Marie Viénot Vaublanc [1756-1845], ministre de l'Intérieur dans le premier ministère Richelieu [septembre 1815-décembre 1818] réorganise l’Institut, rend aux quatre classes le titre d’Académie et les noms des anciennes compagnies, ainsi que leur rang de préséance : Académie française, Académie des Inscriptions et belles-lettres, Académie des sciences, Académie des Beaux-arts.

Pour l'Académie française, sont exclues onze personnalités [dans l'ordre alphabétique] : Antoine Vincent* Arnault [1766-1834] exclu et proscrit ; Hugues Bernard Maret* duc de Bassano [1763-1839] ; Lucien* Bonaparte [1775-1840] exclu et proscrit ; Dominique Joseph* Garat [1749-1833] ; Jean Jacques Régis de Cambacérès [1757-1824] ; Charles Guillaume* Étienne [1777-1845], réélu en 1819 ; le cardinal Jean Sifrein* Maury [1746-1817] exclu dès 1814 ; Philippe Antoine* Merlin [de Douai] [1754-1838] exclu et proscrit ; Michel* Regnaud de Saint Jean d'Angély [1760-1819] ; Pierre Louis* Roederer [1795-1835] ; Emmanuel Joseph* Sieyès [1748-1836].

Sicard, qui tout au long de sa vie a donné des gages de son attachement au royalisme, est maintenu dans la réorganisation, au fauteuil 3 qui lui avait été attribué dans la réorganisation de 1803.
A partir de cette date [1816], Sicard célèbre la messe, dite messe de Saint-Louis à laquelle assistent, selon la tradition, les membres de l'Académie le 15 août.

1816. OPINION DE SICARD SUR LES IMAGES.
En 1816, Sicard fait paraître : Opinion raisonnée de M. l'abbé Sicard sur l'ouvrage ayant pour titre : « Les Images ou Intoduction aus principes de lecture et de prononciation ; suivies des principes de prononciation et de lecture destinées à l'usage des écoles primaires de l'un ou l'autre sexe », par M. F.-A. Laussel, anc. Prof. De philosophie [Paris : de l'imprimerie de Béraud. In-8, 16 p., 1816].

François Auguste* Laussel [1757-1827], prêtre et enseignant. Participe un temps à la vie politique à Lyon [Ville-Affranchie], comme procureur de la commune au début de la Révolution. Accusé, incarcéré, puis acquitté et libéré par un jugement du Tribunal révolutionnaire de Paris.
A été un temps, en 1790, directeur de la publication du Journal des amis de la Constitution, à Lyon, partisans de la monarchie constitutionnelle.
Professeur de philosophie à Avignon. Fonde une pension, puis dirige le collège de Clermont-l'Hérault [Hérault].
A publié des Instruction sur les nouvelles écoles élémentaires [...] par F.-A. Laussel [Paris : impr. de J. Moronval. 15 p. s. d.]
Instruction pour les personnes qui enseignent à lire […] par F.-A. Laussel [Toulouse :  Bellegarrigue. In-8, 47 p., 1817].

L'ouvrage, dont rend compte Sicard, a été publié à Toulouse : Les Images, ou Introduction aux principes de lecture à l'usage des écoles primaires de l'un et l'autre sexe. Par F.-A. Laussel, ancien professeur de philosophie [Toulouse : de l'imprimerie de Bellegarrigue. In-8, [1], 112 p., 1816]. Cinq feuilles de planche numérotées, gravées sur cuivre par J. Mercadier F., réhaussées de couleur.

DÉCÈS ET OBSÈQUES DE SICARD.
« Depuis longtemps, disent les biographes, la santé de l'abbé Sicard s'était affaiblie ».
Sicard décède le vendredi 10 mai 1822. Ses dépouilles mortelles sont transportées à l'église Notre-Dame où sont célébrées ses funérailles, le 11 mai.
En tant que membre de la Légion d'honneur son cortège est escorté par un détachement des troupes de ligne. Les coins du drap mortuaire sont tenus par deux membres du chapitre de Notre-Dame, et par Félix Julien Jean* Bigot de Préameneu [1747-1825], comme président de l'Académie, et par François Just Marie* Raynouard [1761-1836], secrétaire perpétuel de l'Académie française.

L'enterrement a lieu au cimetière de l'Est [Père-Lachaise], dans la trente-neuvième division, où Félix Julien Jean* Bigot de Préameneu, et son ami de toujours, le protestant, financier et philanthrope André Daniel* Laffon de Ladébat [1746-1829], administrateur de l'Institution des sourds-muets, prononcent un discours.
Le discours de Félix Julien Jean* Bigot de Préameneu est édité par l'Institut de France [Paris : Paris : impr. de F. Didot. In-4, 3 p., s.-d.].

L'année suivante, le 11 mai 1823 : °Discours funèbre prononcé au cimetière de l'Est, en présence et au nom de la Société grammaticale, sur la tombe de l'abbé Sicard, le 11 mai 1823, jour anniversaire de sa mort, par Maximilien Le Roy, membre des Sociétés grammaticales, royale académique des sciences, médico-philanthropique, etc. suivi des Adieux gesticulés, par M. Berthier, sourd-muet de naissance, au nom de ses compagnons d'infortune [Paris : impr. de L.-E. Herhan, rue Servandoni, n° 15. In-8, 15 p., 1823].

Dès le 11 mai 1822, Sicard est remplacé comme directeur et premier instituteur par l'abbé Goudelin, précédemment instituteur et aumônier de l'établissement de Bordeaux. Il ne reste en poste que quelques mois, donnant sa démission en septembre 1822.

27 juin 1822. À L'ACADÉMIE FRANÇAISE FRAYSSINOUS SUCCÈDE À SICARD.
Après sa mort, le 10 mai 1822, à Paris, Sicard est remplacé à l'Académie française par Denis* Frayssinous [1765-1841], premier aumônier du Roi, évêque d’Hermopolis, qui vient d'être nommé [1er juin 1822] Grand Maître de l'Université.
Frayssinous  est élu au fauteuil 3, le 27 juin 1822, face au poète Casimir Delavigne [1793-1843] qui se présentait pour la première fois [et qui sera élu presque trois ans plus tard, le 24 février 1825].

Frayssinous est reçu, le 28 novembre 1822, par le comte Félix Jean Julien Bigot de Préameneu [1747-1825], élu associé non résidant de la Classe des Sciences morales et politiques [deuxième classe] de l’Institut national des arts dans la section de Science sociale et législation depuis le 24 février 1796 ; puis membre des Sciences morales et politiques [26 décembre 1799] ; puis membre de la deuxième Classe de la Langue et la Littérature françaises [23 janvier 1803] ; puis nommé, par l’ordonnance royale du 21 mars 1816, membre de l'Académie française .

Dans le discours que Frayssinous prononce dans la séance publique du 28 novembre, où il est reçu à l'Académie, selon l'usage Frayssinous fait l'éloge de Sicard : « Je me hâte, Messieurs, de vous entretenir de celui que j’ai l’honneur de remplacer aujourd’hui. La religion a perdu dans M. l’abbé Sicard un défenseur éclairé, l’humanité un ami tendre et généreux, l’Académie un membre d’autant plus digne de ses regrets, qu’il s’était montré plus digne de son estime ; le roi et la patrie un Français fidèle et dévoué […] ».
Et dans sa réponse Félix Julien Jean* Bigot de Préameneu [1747-1825] déclare :
« L’hommage que vous venez de rendre à la mémoire de M. l’abbé Sicard, sera au nombre des monuments qui consacreront sa célébrité. Les rapports intimes qui l’unissaient avec ses confrères depuis un si grand nombre d’années, me font un devoir d’exprimer en leur nom qu’ils le regrettent comme un savant littérateur, comme un ami de l’humanité, comme un modèle de vertu privée ».

Les discours sont publiés : Discours prononcés dans la séance publique tenue par l'Académie française pour la réception de M. l'évêque d'Hermopolis [D.-L. Frayssinous], le 28 novembre 1822. [Discours du récipiendaire et réponse du Cte Bigot de Préameneu.] [Paris : impr. de F. Didot. In-4, 17 p., 1822].

L'OCCUPATION DU TROISIÈME FAUTEUIL.
Le fauteuil 3 a été occupé successivement, en 1634 par Jacques de Serisay [1594-1653] ; en 1654, par Paul Philippe de Chaumont, évêque de Dax [1617-1697] ; en 1697, par Louis Cousin [1627-1707] ; en 1707, par Jacques Louis de Valon, marquis de Mimeure [1659-1719] ; en 1719, par l'abbé Nicolas Gédoyn [1677-1744] ; en 1744, par François Joachim de Pierre, cardinal de Bernis [1715-1794] ; en 1803, par Roch Ambroise* Sicard [1742-1822].

À partir de 1822, le fauteuil 3 est occupé en 1822 par Denis* Frayssinous [1765-1841], en 1842, par Étienne Denis, duc Pasquier [1767-1862] ; en 1863, par Jules Dufaure [1798-1881] ; en 1881, par Victor Cherbulliez [1829-1899] ; en 1900, par Émile Faguet [1847-1916] ; en 1918, par Georges Clemenceau [1841-1929] ; en 1930, par André Chaumeix [1874-1955] ; en 1955, par Jérôme Carcopino [1881-1970] ; en 1971, par Roger Caillois [1913-1978] ; en 1980, par Marguerite Yourcenar [1903-1987] ; en 1989, par Jean Denis Bredin [1929- ].

DÉCORATIONS.
Chevalier de la Légion d'honneur [1814], dès la première Restauration.
Chevalier de l'ordre de Saint-Michel de France, recréé en 1816 [1818].
Décoré de l'ordre Saint-Wladimir, de Russie, recréé en 1801.
Décoré chevalier de l'ordre royal de Wasa, de Suède [janvier 1815].

NOTICE D'AUTORITÉ PERSONNE.
La Bibliothèque Nationale de France dans sa < Notice d'autorité personne > retient comme forme internationale : Sicard, Roch-Ambroise [1742-1822].
Et rejette les autres formes : < Sicard, Ambroise ; Dracis [pseudonyme] ;  Cucurron, Roch-Ambroise ;  Sicard, Roch-Ambroise Cucurron.

On peut noter que la plupart des ouvrages, signés par Sicard, portent les initiales R.-A. [comme, par exemple : les Élémens de grammaire générale], ou bien les prénoms Roch Ambroise en toutes lettres [comme, par exemple : Le Cours d'instruction d'un sourd-muet de naissance].
Cependant la notice en ligne de l'Académie Française indique : Roch-Ambroise Cucuron Sicard.
Le catalogue du Système Universitaire de Documentation [Sudoc] retient : Sicard, Roch-Ambroise Cucurron.

Quant à Dracis, c'est un pseudonyme, anagramme de son nom.
Roch Ambroise Sicard s'en sert pour les quinze pages des Réflexions, adressées [en 1791] au Conseil des Anciens, sur le projet de résolution proposé au Conseil des Cinq-Cents par Philippe Drulhe [Paris : imprimerie de Le Clerc. In-8, 15 p.], au sujet des prêtres qui ont refusé ou rétracté le serment de la Constitution civile du clergé.

ILLUSTRATION.
Le portrait de Roch Ambroise Sicard qui illustre cette notice est emprunté au numéro 804 de la revue < Les Contemporains > qui lui est consacré.
C'est en 1908 que paraît dans Les Contemporains, de Gustave Fernand Hue [1873- ] : L'Abbé  Sicard, instituteur des sourds-muets [Paris : 5 rue Bayard. In-8, 16 p., 1908].

 



 
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