Accueil arrow Histoire arrow Sicard, Roch Ambroise (1742-1822), un philanthrope, de l'Institut national à l'Académie française

Tous les articles

Sicard, Roch Ambroise (1742-1822), un philanthrope, de l'Institut national à l'Académie française Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Sicard, Roch Ambroise (1742-1822), un philanthrope, de l'Institut national à l'Académie française
Page 2
Page 3

20 NOVEMBRE 1795. NOMMÉ À L'INSTITUT NATIONAL.
Moins d'un mois après sa création [25 octobre 1795], le 20 novembre 1795, Sicard est nommé membre de l’Institut national, par le Directoire exécutif [composé des cinq directeurs tout nouvellement installés : Jean François Reubell ; Paul Barras ; Louis Marie de La Réveillière-Lépeaux, Étienne François Le Tourneur ; Lazare Carnot].
Sicard est nommé dans la troisième Classe [Littérature et Beaux-arts] section de Grammaire.

Le principe, pour la mise en place des membres est le suivant : les quarante-huit membres nommés dans les vingt-quatre sections des trois Classes élisent les quatre-vingt seize autres membres [soit un total de cent quarante quatre membres résidents].
Cent quarante quatre associés, demeurant en province ou à l'étranger, sont élus ultérieurement par les membres résidents.
 
Cette section de Grammaire, de six personnes, était composée de deux membres nommés : l'abbé Roch Ambroise* Sicard [1742-1822] ; le poète François* Andrieux [1759-1833] qui remplace Dominique Joseph* Garat [1749-1833], nommé dans la section de Grammaire de la troisième Classe mais qui opte pour la seconde Classe ; et de quatre membres élus : l'abbé Noël Gabriel Luce* Villar [1748-1826], alors membre de l'Assemblée législative ; l'homme de lettres Jean Baptiste* Louvet de Couvray [1760-1797], qui vient d'être élu au Conseil des Cinq-Cents ; le grammairien et journaliste Urbain* Domergue [1745-1810], le lexicographe et grammairien François de* Wailly [1724-1801].

L'Institut est composé initialement de trois classes. Première Classe : Classe des Sciences physiques et mathématique ; deuxième Classe : Classe des Sciences morales et politiques ; troisième Classe : Littérature et Beaux-arts.
La troisième classe de l'Institut [Littérature et Beaux-arts] comporte huit Sections : Grammaire ; Langues anciennes ; Poésie ; Antiquités et Monumens ; Peinture ; Sculpture ; Architecture ; Musique et Déclamation.

1er JUILLET 1796. MÉMOIRE SUR LA NÉCESSITÉ D'INSTRUIRE LES SOURDS-MUETS.
Dans la séance du 1er juillet 1796 [13 messidor an IV] Sicard présente un Mémoire sur l'instruction des sourds-muets :
Premier mémoire sur la nécessité d’instruire les sourds-muets de naissance, et sur les premiers moyens de communication avec ces infortunés, par Sicard.
Le texte est lu le 1er juillet 1796 [13 messidor an IV] et déposé au secrétariat de l’Institut le 23 mars 1797 [3 germinal an V].
Publié dans Mémoires de la Classe de Littérature et Beaux-arts de l’Institut.
[Paris : Baudouin, Imprimeur de l’Institut national. Août 1798 [thermidor an VI] Tome I, pages 37-63].

19 OCTOBRE 1796. COMPTE-RENDU DE LA TRADUCTION D'HARRIS.
Dans la séance du 19 octobre 1796 [28 vendémiaire an V] de la Classe de Littérature et Beaux-arts de l’Institut, Sicard commence la lecture de son < compte rendu verbal > de la traduction de l'Hermès d'Harris que vient de publier François Thurot, traduction faite à la demande du gouvernement.
Cinq jours plus tard, le 24 octobre 1796 [3 brumaire an V] Sicard poursuit la lecture de son compte-rendu ; ainsi que le 13 décembre 1796 [23 frimaire an V].
Le texte de cette intervention est déposé au secrétariat de l'Institut le  23 mars 1797 [3 germinal an V].

François Thurot [1768-1832], proche des Idéologues, élève de l'École normale [février-mai 1795], où il se lie avec Dominique Joseph* Garat [1749-1833] et Sicard, avait été chargé par la  commission exécutive de l'Instruction publique de traduire de l'anglais en français l'ouvrage de Jame Harris [1709-1780] < Hermes, or A Philosophical Inquiry concerning universal grammar > [Hermès, ou Recherches philosophiques], paru initialement en 1751, qui venait de connaître une nouvelle édition [1794].
La traduction de Thurot paraît en 1796 : °James Harris. Hermès, ou Recherches philosophiques sur la grammaire universelle, ouvrage traduit de l'anglais avec des remarques et des additions par François Thurot [À Paris : de l'imprimerie de la République. In-8, 415 p., Messidor, an IV [1796]. Frontispice.
Sur la page de titre, citation de Diodore de Sicile, I, 1 : Hermès (ou Mercure) forma le premier une langue exacte et réglée des discours grossiers dont on se servait... il inventa les premiers caractères,&tc.
L'ouvrage comporte une Épître dédicatoire < Au citoyen Garat, membre de l'Institut national> et un Discours préliminaire.
Dominique Joseph* Garat [1749-1833] a été un moment à la tête de l'Instruction publique. En 1796, il est membre de l'Institut national, et a opté, à sa nomination en 1795, pour la deuxième Classe [Classe des Sciences morales et politiques], section Analyse des sensations et des idées.

C'est la traduction, très légèrement remaniée, de James Harris : Hermes ; or a Philosophical Inquiry concerning Language and Universal Grammar [Londres : J. Nourse, P. Vaillant. In-8, XIX-441 p., 1751]. L'ouvrage est réédité à plusieurs reprises : 1765, 1771, 1786, 1794.

L'ouvrage, dans la traduction de Thurot a été réédité en 1972 : Hermès ou recherches philosophiques sur la grammaire universelle. Traduction et remarques de François Thurot. Édition, introduction et notes par André Joly, [Genève-Paris : Droz. In-8, XIV-144+440 pp., 1972].

SEPTEMBRE 1797. SICARD ET LA PASIGRAPHIE DE MAIMIEUX.
En 1797, paraît, en même temps en français et en allemand, un ouvrage de Joseph de* Maimieux [1770-1850], ancien émigré et ancien major d’Infanterie allemande, déjà auteur de quelques romans et d'un Éloge de l'impertinence, sous le titre : Pasigraphie ; ou, premiers élémens du nouvel art-science d'écrire et d'imprimer en une langue de manière à être lu et entendu dans tout autre langue sans traduction [Paris : Bureau de la Pasigraphie, 118 rue Notre-Dame de Nazareth. In-4, 66+63 pp., 1797].
Dès cette édition [en 1797 et non en 1801, comme on l'indique parfois] l'ouvrage comporte une brève Épître dédicatoire de Sicard à l'auteur : « À l'inventeur de la pasigraphie. Quand vous me confiâtes vos douze Règles , elles étaient fort loin du degré de développement que vous y avez donné depuis. L'opinion que j'en conçus, mon estime, mon amitié pour vous , mon zèle pour le bien général, me portèrent à vous promettre de travailler avec vous à la rédaction de votre méthode […] ».

Sous un titre un peu différent le même ouvrage paraît en 1801 [A Paris, chez l'auteur [...] et chez Pernier. In-4, trois parties en un volume, X-[2]-68 p., (1) f. de planche gravée sur cuivre ; 20 p., (1) f. de planche dépliante gravée  ; 63-[1] p., An X-1801].

C'est avec Joseph de* Maimieux et Louis François Jauffret que Sicard créera, en décembre 1799, la Société des Observateurs de l'homme.

5 SEPTEMBRE 1797. SICARD ET LA LOI DE DÉPORTATION.
A la suite du coup d’État du Directoire contre les royalistes, du 18 fructidor an V [4 septembre 1797], Sicard, dont les sympathies à l'égard des royalistes se sont manifestées par sa collaboration aux Annales religieuses, politiques et littéraires, est du nombre des membres résidants faisant l’objet de la loi de déportation du 19 fructidor an V, vers Sinnamary en Guyane, en même temps que François Barthélemy [1747-1830], associé non-résidant de Classe des Sciences morales et politiques [deuxième classe], section de Géographie et statistique ; Lazare Carnot [1753-1823], membre résidant de la Classe des Sciences physiques et mathématiques [première classe], section des Arts mécaniques ; Louis de* Fontanes [1759-1821], membre résidant de la Classe Littérature et Beaux-arts [troisième classe], section de Poésie ; Emmanuel* Pastoret [1755-1840], membre résidant de la Classe des Sciences morales et politiques [deuxième classe], section de Science sociale et législation.
Sicard se cache Faubourg Saint-Marcel, dans les environs de Paris, jusqu’au coup d'État du 18 brumaire de l'an VIII [9 novembre 1799] qui marque la fin du Directoire et le début du Consulat.

Il est remplacé jusqu'en 1800, à la tête de l'Institut des sourds-muets, par Louis François Joseph Alhoy [1760-1826], ancien prêtre de la Congrégation de l'Oratoire, qui à partir de 1793 avait été l'un des deux instituteurs-adjoints de l'Institut. Au retour de Sicard, Alhoy deviendra membre de la Commission administrative des hospices de Paris.

RAPPEL DE PROSCRITS.
Puis Sicard bénéficie du rappel des proscrits, dans une liste où figurent aussi Louis de* Fontanes [1759-1821], membre résidant de la Classe Littérature et Beaux-arts [troisième Classe], section de Poésie ; Jean François de* La Harpe [1739-1803], membre de l'ancienne Académie française  ; Antoine Suard [1732-1817], membre de l'ancienne Académie française ; Joseph Michaud [1767-1839] ; le journaliste Joseph Fiévée [1767-1839].
Sicard retrouve la direction de l'Institut national des sourds-muets.

1er SEPTEMBRE 1799. ÉLÉMENS DE GRAMMAIRE GÉNÉRALE.
Profitant, dit-il, de ses loisirs forcés, Sicard rédige et publie en 1799 : Élémens de grammaire générale, appliquée à la langue française, par R. A. Sicard [Paris : de l'imprimerie de Bourlotton. Chez Bourlotton, éditeur, rue des Noyers, n° 43 ; chez Deterville, libraire, rue du Battoir, n°16, quartier de l'Odéon. Deux tomes in-8, ?+VII-464+Errata., an VII-1799]. Réédité comme deuxième édition en 1801-an X [XVI-544+551 pp.] ; comme troisième édition revue, corrigée et augmentée en 1808.

1799. SOCIÉTÉ DES OBSERVATEURS DE L'HOMME.
Fondée en décembre 1799 [frimaire an VII], par Louis François* Jauffret [1770-1840], Joseph de* Maimieux [1753-1820], Roch Ambroise Sicard, la Société des observateurs de l'homme se donne un vaste programme :

1.Une topographie anthropologique de la France.

2.L’établissement d’un musée pour les produits de l’industrie des sauvages.

3.L’observation du développement des facultés intellectuelles de l’enfant et, pour cela : isoler des enfants de toute société humaine pour observer le développement des idées et du langage au seul instinct de la nature.

4.L’observation des sourds-muets et un dictionnaire de leurs signes.

5.Un dictionnaire comparatif de toutes les langues connues.

La Société fédère une soixantaine de personnalités appartenant à des disciplines très différentes et réparties en sections menant chacune leurs travaux : archéologues, hellénistes, historiens, linguistes, philosophes, médecins, naturalistes, orientalistes. À l'instar des académies, elle est composée de membres résidents et d'associés. Elle va fonctionner jusqu'en 1805, avec Louis François* Jauffret [1770-1840] comme secrétaire perpétuel et Joseph de* Maimieux [1753-1820] comme président.
Les réunions se tiennent rue de Varenne à l'Hôtel de Boisgelin, relevant alors du domaine des Hospices de Paris.

La Société des observateurs de l'homme s'est intéressée au < Sauvage de l'Aveyron> placé dans l'Institution des sourds-muets début août 1800, et que Sicard confie en 1801 à Jean Marc Gaspard* Itard [1774-1838], médecin-chef de l'institution. L'aliéniste Philippe Pinel [1745-1826],  après avoir examiné l'enfant d'une dizaine d'années, dans son rapport lu à la Société des observateurs de l'homme, le 29 novembre 1800, conclut à un idiotisme de naissance impossible à soigner.
Jean Marc Gaspard* Itard tentera malgré tout pendant trois ans, jusqu'en 1811, mais sans succès, l'éducation de cet enfant.

La Société des observateurs de l'homme s'est intéressée aussi à la préparation du voyage [1800-1803] du capitaine Nicolas Baudin [1754-1803] et de l'explorateur François Levaillant [1753-1824] en Nouvelle-Hollande [Australie], dans les < terres australes >. C'est pour ce dernier que Georges Cuvier [1769-1832] rédige à l'intention du zoologiste François Péron [1775-1810] une Note instructive sur les recherches à faire relativement aux différences anatomiques des diverses races d'homme ; et Joseph Marie de Gérando Considérations sur les diverses méthodes à suivre dans l’observation des peuples sauvages [Paris] Société des observateurs de l'homme. In-4, 57 p., 15 septembre 1799 [28 fructidor de l'an VIII].

Les sourds-muets ne sont pas absents des préoccupations : la Société entend un Mémoire sur un moyen nouveau et facile  d'apprendre à articuler aux sourds-muets de naissance. Jean Massieu [1772-1846], le célèbre élève de Sicard, vient exprimer par signes, son enfance qu'il a d'abord écrite.

1800. COMPTE RENDU SUR L'ENFANT SAUVAGE.
C'est le 8 janvier 1800 qu'un enfant errant, muet et nu, d'une dizaine d'années, qu'on a déjà aperçu en 1799, est finalement capturé dans le département de l'Aveyron. Il est confié dans un premier temps, début août, à l'Institut des sourds-muets de Paris.
Jean Marc Gaspard* Itard [1774-1838], médecin-chef de l'institution est en charge de son traitement.
Sicard écrit, en août 1800, dans la Gazette nationale de France, un Compte-rendu sur l'enfant sauvage, largement repris par de nombreux journaux.

SUR LA DESTITUTION DES CITOYENS CARNOT, BARTHÉLEMY, ETC.
Jean Baptiste Claude* Delisle de Sales [1736-1816], nommé en novembre 1795, membre résident de l'Institut national, de la deuxième Classe [Sciences morales et politiques], dans la Section Histoire, publie en date du 16 mars 1800 [25 ventôse an VIII] un texte, sous le titre : À l'Institut national de France, sur la destitution des citoyens Carnot, Barthélemy, Pastoret, Sicard et Fontanes, par leur Collègue J. De Sales [À Paris : le 25 ventôse, an VIII de la République française].
Le texte est réédité sous un titre légèrement différent en mai-juin 1800 [prairial an VIII] avec un Supplément [À Paris : chez J. J. Fuchs, Libraire, rue des Mathurins, n° 334. In-8, 189 p., 1800].

Jean Baptiste Claude* Delisle de Sales demande la réintégration des proscrits à l'Institut.

24 JUIN 1801. SICARD RÉÉLU À L'INSTITUT.
Placé sur une liste de proscrits le 5 septembre 1897, Sicard a perdu à l'Institut sa place, qui s'est libéré pour un nouveau membre. Son fauteuil est alors occupé par François de Neufchâteau [1750-1828], à nouveau ministre de l'Intérieur, déjà associé non-résidant de la Classe de Littérature et Beaux-arts, puis élu membre le 25 novembre 1798.

Lorsque Sicard peut réapparaître en fin 1799, il est réélu, mais seulement le 24 juin 1801, toujours dans la troisième Classe de l'Institut [Littérature et Beaux-Arts], dans la section de Grammaire, au fauteuil de François de Wailly [1724-1801], membre élu de la section de Grammaire, dès la création de l'Institut national, et qui vient de décéder le 7 avril 1801.
Comme à l'origine, cette classe, est divisée en huit sections : Grammaire ; Langues anciennes ; Poésie ; Antiquités et monuments ; Peinture ; Sculpture ; Architecture ; Musique et déclamation. Chaque section de huit membres à Paris [membres résidents] et huit associés dans les départements.


 
< Précédent   Suivant >