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Sicard, Roch Ambroise (1742-1822), un philanthrope, de l'Institut national à l'Académie française Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Sicard, Roch Ambroise (1742-1822), un philanthrope, de l'Institut national à l'Académie française
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L'abbé Sicard a cinquante trois ans lorsqu'il est nommé, en novembre 1795, membre de l'Institut national, dans la section de Grammaire de la Classe de Littérature et Beaux-arts [troisième Classe]. Continuateur de l'abbé de L'Épée à l'Institution nationale des sourds-muets [1790], enseignant de grammaire à l'École normale [1795], il est l'auteur d'Éléments de grammaire générale appliquée à la Langue française [an VIII-1799*].

Sont ici, seulement rassemblés dans leur ordre chronologique, différents éléments qui marquent la carrière de l'abbé Roch Ambroise Sicard, autour et au sein des prestigieuses institutions de l'époque que sont l'Institut national des sciences et des arts [1795-1815] et un peu plus tard, dans son prolongement l'Académie française [1815-1822] reconstituée.

CÉLÉBRITÉ SIMPLIFIANTE.
Un ensemble d'évènements historiques et personnels qui se complètent et s'emboîtent conduisent Sicard, personnage complexe, à devenir en son temps, une personnalité célèbre à plusieurs facettes :

PRÊTRE ENSEIGNANT.
C'est un prêtre enseignant prononçant ses vœux chez les Doctrinaires, <instituteur> de sourdes-muettes de naissance, quittant sur ordre Bordeaux pour monter à Paris [1790], comme continuateur du légendaire abbé Charles Michel de L'Épée [1712-1789], et qui,  détenu du 26 août au 4 septembre 1792, échappe de peu aux <massacres de Septembre>, dans la prison de l'ancienne Abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Évènement soigneusement rappelé et qui deviendra un facteur de sa future célébrité.

GRAMMAIRIEN.
C'est un grammairien, que certains n'hésitent pas à déclarer le plus grand grammairien d'Europe, et qui discute d'égal à égal avec Constantin François de Chasseboeuf, comte* de Volney [1757-1820], Dominique Joseph* Garat [1749-1833], Jacques* Delille [1738-1813] et même avec Jean Baptiste* Gail [1755-1829] professeur du collège de France et le vénérable François de* Wailly [1724-1801] de vingt ans son aîné, alors qu'il est du petit nombre de ceux chargés « d'enseigner à enseigner », de janvier à mai 1795, à la toute nouvelle École normale qui vient d'être créée par la Convention.

VERS L'ACADÉMIE FRANÇAISE.
C'est, grandi à l'ombre de la statue du philosophe Condillac [1715-1780], du grammairien Nicolas* Beauzé [1717-1789], et plus généralement des Idéologues, un tout premier membre nommé  à l'Institut national des sciences et des arts, créé lui aussi par la Convention ; proscrit un temps pour ses sympathies royalistes, mais que les réorientations de la politique du Consulat, hostile aux Jacobins, autorisent bientôt à se réinstaller dans son fauteuil. À la réorganisation de l'Institut en 1803, il change de Classe pour être affecté dans la Classe de Langue et Littérature françaises et devient même membre, par décret, de la très restreinte Commission du Dictionnaire [1805].

CÉLÉBRITÉ VISITÉE.
Sicard se maintient sans problème à la Restauration de 1815 et, par nomination, est membre de l'Académie française reconstituée. D'autant qu'il avait été soupçonné jadis d'être un agent secret de Louis XVIII. D'autant, qu'avec trois de ses élèves, Jean Massieu, Laurent Godard et Laurent Clerc, il s'est prudemment éclipsé en Angleterre pendant les Cent-Jours [mars-juillet 1815]. D'autant qu'il a su manifester depuis longtemps sa sympathie pour le Pape, en recevant Pie VII et sa suite de cardinaux, en février 1805, quelques semaines après le sacre de Napoléon.
Abbé Sicard, personnage suffisamment célèbre dans toute l'Europe, pour qu'en mai 1814, au moment où les coalisés occupent Paris, François II, empereur d'Autriche, lui rende visite à l'Institution des sourds-muets, et qu'il soit présenté par Talleyrand au tsar Alexandre Ier, et qu'un peu plus tard la duchesse d'Angoulême, fille aînée de Louis XVI, vienne le voir en  février 1815.

DICTIONNAIRE DES SIGNES.
Sicard, c'est l'auteur d'ouvrages de pédagogie pratique, toujours commandés par une réflexion philosophique et une visée cherchant à remonter aux principes : un Cours d'instruction d'un sourd-muet de naissance [1799], réimprimé en 1803 ; des Élémens de grammaire générale, appliqués à la langue française, en deux volumes [an VII-1799], réédités en 1801, en 1808, en 1814 ; une Théorie des signes [1808], dédiée à S. M. l'Empereur et Roi, en deux volumes formant un dictionnaire où sont liés notions et signes à employer, édition remaniée en 1814, republiée en 1815, puis posthume en 1823.

COMPLEXITÉ.
Mais, avec le temps, toutes ces traits perdent leurs contrastes. C'est le profil le plus simple à promouvoir, qui prend le dessus sur les autres composantes, faisant oublier l'éducateur spécialisé, l'enseignant, le grammairien au fait de toutes les recherches et participant de plein pied aux discussions des doctes. Comme si l'image la plus simplifiante chassait les réalités plus complexes, et même surabondantes [un prêtre catholique proche des sociétés de francs-maçons et ami de protestants ; un des créateurs de la < Société des observateurs de l'homme > institution cherchant à rompre avec les systèmes de pensée dominants].
Réel de toute façon inépuisable, dont les éléments-puzzle, à rapporter à l'état économique, aux réalités sociales et aux projets politiques contradictoires de l'époque, sont souvent difficiles à imbriquer et qu'il est du même coup trop long, sinon trop délicat, d'expliquer.

PHILANTHROPE CHRÉTIEN.
Sicard simplifié, c'est seulement la figure douce du philanthrope chrétien, sauvée in-extremis de la fureur de la populace, image transmise dévotement dans des brochures et des livres hagiographiques paraissant après sa mort. Son statut d'abbé le conduisant à être l'auteur d'un Catéchisme à l'usage des sourds-muets [1792] ; d'un Manuel de l'enfance, contenant des éléments de lecture et des dialogues instructifs et moraux, dédié aux mères et à toutes les personnes chargées de l'éducation de la première enfance [1797-an V] ; d'une Journée chrétienne d'un sourd-muet [1805]. Un homme d'Église couvert de décorations portées ostensiblement, mais qui se déclare ami de l'humanité, proche des indigents dont il faut sauver l'âme ; hostile, comme il va de soi, à Robespierre [souvent dénoncé dans les récits consacrés aux <journées de septembre>], au jacobinisme, aux <excès de la Terreur> et à toute forme de progressisme ; mettant sa pratique au service des âmes en leur faisant apercevoir, fussent-ils sourds et muets de naissance, la notion d'un Dieu, être suprême, créateur du ciel et de la terre, < ami des pauvres, protecteur des faibles, consolateur des affligés >.

THÉÂTRALITÉ ET PERSUASION.
Tout cela, complété par un talent de la mise en scène, une juste appréciation de la puissance de la parole, l'usage sans vergogne de la vertu persuasive des exhibitions, où les prouesses accomplies par quelques élèves bien dressés, témoignent auprès du public qui cherche à se convaincre, de l'excellence de sa méthode. Et, dès le départ, l'emploi de ses anciens élèves [Jean Massieu ; Laurent Clerc] comme touchants ambassadeurs de son succès en France et à l'étranger.

Sans oublier pourtant ce mot cruel de Ferdinand Brunot [1880-1938], historien de la langue française : « Sicard, qui s'était fait une spécialité d'étudier la syntaxe d'une langue parlée d'après les observations faites sur des muets ».

ÉLÉMENTS D'UNE CARRIÈRE.
Roch Ambroise Sicard, né le 20 septembre 1742, à Fousseret, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Muret [province du Languedoc, aujourd’hui département de Haute-Garonne], au sud-ouest de Toulouse ; décédé le 10 mai 1822, à Paris.
Roch Ambroise* Sicard achève ses études à Toulouse, où après avoir prononcé ses vœux, il est, en 1770, ordonné prêtre de la Congrégation des prêtres de la Doctrine chrétienne, spécialisée dans l'éducation de la jeunesse.
Sicard est alors nommé à Rodez, où il est remarqué par Mgr. Jérôme Marie* Champion de Cicé [1735-1810], alors évêque de Rodez [1770-1781]. Il va suivre ce dernier à Bordeaux.

1785. SICARD À PARIS AUPRÈS DE L'ABBÉ DE L'ÉPÉE.
En 1785, missionné par Jérôme Marie* Champion de Cicé [1735-1810], archevêque de Bordeaux, et futur Garde des Sceaux [1789],  Sicard, alors âgé de quarante-deux ans, vient à Paris, auprès de l'abbé Charles Michel de L'Épée [1712-1789] s'initier à la méthode que ce dernier, depuis 1760, applique aux sourds-muets de naissance : deux fois par semaine, une soixantaine d'enfants sourds-muets des pensions environnantes, se rendaient à son domicile du 14 de la rue des Moulins toute proche de la butte Saint-Roch [aujourd'hui 1er arrondissement], et y recevaient gratuitement ses cours.
C'est cette même année, en mars 1785, que l'abbé Charles Michel de L'Épée, subventionné par le Roi pour ses activités philanthropiques, est autorisé à s'établir dans une partie de l'ancien couvent des Célestins, dans le quartier de l'Arsenal.  
L'abbé de L'Épée y organisait des < présentations > d'élèves et assurait le bien-fondé de sa méthode par des ouvrages de pédagogie, dont le dernier en date, paru sans nom d'auteur, était : La véritable manière d'instruire les sourds et les muets, confirmée par une longue expérience [Paris : Nyon l'aîné. In-12, 1784].

FÉVRIER 1786. DIRECTEUR DE L'ÉCOLE  DE BORDEAUX.
Revenu à Bordeaux, Sicard est placé en février 1786, par Mgr. Champion de Cicé à la tête de l'école créée le 20 février dans son diocèse pour accueillir les sourds-muets, au sein d'un établissement dédié à l’éducation des filles, accueillant tout d'abord une vingtaine d'élèves.

MEMBRE DU MUSÉE DE BORDEAUX.
Ses succès reconnus, notamment avec l'éducation de Jean Massieu [1772-1846], jeune sourd-muet de  quatorze ans, Sicard est nommé vicaire général de Condom, chanoine de l'église Saint-Seurin de Bordeaux, participe à la vie intellectuelle locale, est membre de la société savante Le Musée de Bordeaux dont il devient, jusqu'en 1788, le <secrétaire pour l'extérieur>.

C'est sans doute en tant que membre de cette société que plusieurs textes de Sicard sont publiés dans le Recueil des ouvrages du musée de Bordeaux, dédié à la Reine [Bordeaux : Imprimerie de Michel Racle. In-12, 487 p., 1787], à savoir pages 27-61, à nouveau : Essai sur l'art d'instruire les sourds et muets de naissance ; pages 97-11 : Exposition sur la méthode tachygraphique, ou l'art d'écrire aussi vite que la parole ; pages 383-384, l'évocation d'une École publique et gratuite en faveur des sourds et muets de naissance.  

AOÛT 1787. MEMBRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE BORDEAUX.
Plus encore, Sicard est élu le 12 août 1787, membre ordinaire de l'Académie royale des Belles-lettres, Sciences et Arts de Bordeaux. Il est reçu dans la séance publique du 25 août, prononce son discours de réception, auquel Jean Baptiste de Secondat [élu en 1734], qui faisait office de directeur, en l'absence de l'abbé Hippolyte Leydet, répond.
Des personnalités parisiennes comme Nicolas de Neufchateau [1750-1828], Emmanuel* Pastoret [1756-1840], Étienne de* Lacépède [1756-1825], Jean Gérard* Lacuée [1753-1841] sont déjà membres de cette Académie.
L'abbé de L'Épée sera associé correspondant du musée de Bordeaux en 1787.

1787. ESSAI SUR L'ART D'INSTRUIRE LES SOURDS ET LES MUETS.
Sicard fait paraître, en 1787, dans le Recueil du Musée de Bordeaux un Essai sur l'art d'instruire les sourds et les muets de naissance. Le texte occupe les pages 27-61.

Le < Musée de Bordeaux > est une société savante établie à l'imitation de l'établissement littéraire fondé à Paris en 1780, sous le nom de Musée, par Antoine* Court de Gébelin [1725-1784].

Ce texte est édité deux ans plus tard sous le titre :
Mémoire sur l'art d'instruire les sourds et les muets de naissance, extrait du recueil du Musée, par M. l'abbé Sicard, prêtre, chanoine semi-prébendé de l'église de Saint-Seurin de Bordeaux, de l'Académie des Sciences, de celle des Arts de la même ville, instituteur des sourds et des muets de naissance [À Bordeaux :  de l'imprimerie de Michel Racle. In-8, 42 p., 1789]. Ce mémoire comprend également, pages 39-42, les Conditions de la pension des sourds et muets de l'école de Bordeaux.

Puis un second Mémoire sur l'art d'instruire les sourds et les muets de naissance :
Second mémoire sur l’art d’instruire les sourds et muets de naissance, par M. l’abbé Sicard, chanoine de Saint-Seurin, de Bordeaux, vicaire général de Condom, des académies et du musée de Bordeaux, de ceux de Paris et de Toulouse, et de la Société royale et littéraire de Bayeux [s.l.n.d.].

Ces deux Mémoires sur l'art d'instruire les sourds-muets, sont insérés dans le Magasin encyclopédique, ou Journal des sciences, des lettres et des arts [1792-1816]. Puis traduits en allemand, avec des notes par Adf. F. Petschke, dans le journal allemand Deutsche Monatscher [Leipsick. In-8, 1798].

1789. EXERCICES PUBLICS DES SOURDS-MUETS.
Sicard reprend à Bordeaux, le principe d'exercices publics emprunté à l'abbé Charles Michel de L'Épée. Cette façon de procéder vise surtout à bénéficier de la bienfaisance publique, puis, un peu plus tard de dotations. Elle est aussi un moyen spectaculaire d'asseoir sa notoriété.
Ces exercices publics sont préparés avec soin et peuvent faire l'objet d'une publication ponctuelle. Il en est ainsi de cette brochure : Exercices que soutiendront les sourds et muets de naissance, le 12 et 15 septembre 1789. dans la salle du Musée de Bordeaux, dirigés par M. l'abbé Sicard, Instituteur royal, sous les auspices de M. Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux, et garde des sceaux de France [Bordeaux : Imprimerie de Michel Racle. In-4, 18 p, 1789].

Ces exercices publics se poursuivront en 1790 et 1791 sous la responsabilité de Jean Saint-Sernin [1740-1816] nouveau directeur laïque de l'école de Bordeaux, qui succède à Sicard.

1790-1822. DIRECTEUR DE L'ÉCOLE DES SOURDS-MUETS DE PARIS.
À la mort de l'abbé de L'Épée [23 décembre 1789], Sicard se présente au concours ouvert pour sa succession. La légende veut que devant sa candidature, les autres concurrents se retirent. En réalité le concours est organisé par Mgr. Champion de Cicé, devenu Garde des Sceaux [août 1789-novembre 1790], Jean Sylvain Bailly [1736-1793], alors maire de la commune de Paris, et Jean Louis Brousse Desfaucheret [1742-1808], lieutenant du maire pour les établissements publics de Paris, futur chef des Hospices civils [1800]. L'abbé Masse, successeur provisoire nommé par la Commune de Paris, ainsi que l'abbé Antoine Salvan [1755-1838] et l'abbé Claude Ignace Perrenet [1741-1828], sont écartés.

Finalement Sicard est installé le 6 avril 1790, comme directeur et instituteur en chef de l'École des Sourds-muets, dans une partie des locaux de l'ancien couvent des Célestins, qui devient Institut national des sourds-muets, par la loi des 21 et 29 juillet 1791 [et non 27 comme il est indiqué quelquefois], espace partagé jusqu'en 1794, non sans tension, avec Valentin Haüy [1745-1822] et l'Institut national des aveugles.
C'est cette même loi du 21 juillet qui déclare en son Article premier : « Le nom de l'abbé de L'Épée, premier fondateur de cet établissement, sera placé au rang de ceux des citoyens qui ont le mieux mérité de l'humanité et de la patrie ».

Puis l'Institut national des Sourds-muets s'établit en date du 1er avril 1794 rue Saint-Jacques [actuellement 254 rue Saint-Jacques, Institut national des jeunes sourds de Paris, INJS], sur l'emplacement de l'ancien séminaire des Oratoriens de Saint-Magloire.
La philanthropie, pure et simple, n'est plus seulement un régulateur social des indigents, elle devient soucieuse de rentabilité économique : l'établissement, habilité à inscrire comme boursiers vingt-quatre, puis soixante élèves, est un internat à la discipline stricte recevant des élèves âgés de neuf à seize ans destinés pendant cinq ans à l'apprentissage, avec des <travaux en activité > : filature, tricot, tour, menuiserie, serrurerie, dessin, jardinage, et à partir de 1800, imprimerie.

RÉÉDITION DE L'ABBÉ DE L'ÉPÉE.
Trente ans plus tard, en 1820, Sicard veillera encore à associer son propre nom à celui de  l'abbé de L'Épée, en écrivant l'Avant-Propos de la réédition de l'ouvrage de l'abbé de L'Épée : L'art d'enseigner à parler aux sourds-muets de naissance par M. l'abbé de L'Épée, augmenté de Notes explicatives et d'un Avant-Propos par M. l'abbé Sicard, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, de la Légion d'honneur, de Saint-Wladimir et de Wasa, directeur de l'institution royale des sourds-muets, membre de l'Académie française, et de plusieurs Sociétés savantes ; précédé de l'Éloge historique de l'abbé de L'Épée, par M. Bébian […] [Paris : imprimerie de J. G. Dentu, rue des Petits-Augustins, n° 5. In-8, 115 p., 1820].

27 SEPTEMBRE 1791. SÉANCE PUBLIQUE DES NEUF-SOEURS.
Devant la Société nationale des Neuf-soeurs, au cours de la séance publique du 27 septembre 1791, Sicard lit son rapport, intitulé : « Exposé succinct de quelques nouveaux procédés pour faciliter la communication de la pensée entre les Sourds-muets et les Aveugles-nés ».
Le texte paraît dans la revue mensuelle < Tribut de la Société des Neuf-soeurs, ou Recueil des mémoires sur les Sciences, Belles-Lettres et Arts et d'autres pièces lues dans les Séances de cette Société >, en date du 14 octobre 1791.

La Société nationale des Neuf sœurs, créée à partir de juillet 1790, et qui fonctionne jusqu'en 1793, avec des correspondants en province, est le prolongement de la loge maçonnique des Neuf sœurs, du Grand Orient de France, fondée en 1776, par l'astronome Joseph Jérôme Lalande [1732-1807], loge dont le nom est un hommage aux Muses du Parnasse, les neuf filles de Zeus et de Mnémosyne.
Elle dispose d'une revue mensuelle, le Tribut de la Société des Neuf-soeurs, avec Eugène Onfroy comme libraire-éditeur à Paris, rue Saint-Victor, n° 11. L'avis préliminaire est signé de l'abbé Edmond Cordier [1743-1826], agent général de la Société.

Les Vénérables successifs de la loge des Neuf sœurs ont été : Joseph Jérôme Lalande [1776-1779] ; Benjamin Franklin [Mai 1779-mai1781] ; Adrien Nicolas La Salle [1781-1783] ; Nicolas Christiern de Thy de Milly [1783-1784] ; Jean Baptiste Mercier Dupaty [1784] ; Léonce Élie de Beaumont [1784-1785] ; Emmanuel Pastoret [1788-1789]. La loge est célèbre pour avoir reçu, le 7 avril 1778, Voltaire [1694-1778], dans sa quatre-vingt-quatrième année, quelques mois avant sa mort.

Les présidents de la Société nationale des Neuf-soeurs, seront l'abbé Jacques Rangeard [1723-1797], puis Antoine Laurent de* Jussieu [1748-1836], de l'Académie des Sciences.

1792. ENSEIGNANT AU LYCÉE DES ARTS.
Sicard est un des enseignants du Lycée des Arts. Il débute son enseignement, en 1792, en même temps que le fort célèbre Jean François de La Harpe, avec un discours <dans lequel il développera sa théorie sur l'Institut des sourds-muets >. Il y enseigne toujours en 1796 à raison d'une séance par mois, avec un cours de grammaire philosophique, et sur les <découvertes les plus curieuses qu'il fait journellement dans l'Institution de ses élèves sourds-muets >.

Le Lycée des Arts de Paris [ou encore Lycée républicain, qui deviendra plus tard Athénée des Arts et qui est à distinguer du Lycée proprement dit, fondé en 1786], inauguré le 7 avril 1793, et qui occupe le cirque du Jardin-Égalité [Palais-Royal] a été fondé par l'ancien officier Charles Emmanuel  Gaulard de Saudray [1740-1832], qui assume les fonctions de Secrétaire général. Il fonctionne, dans sa forme première, jusqu'en décembre 1798, date d'un incendie qui ravage le cirque. L'institution publie un journal : Journal du Lycée des Arts. Certaines des interventions sont publiées en tiré à part.

En dehors de Sicard, d'autres personnalités importantes, aussi bien littéraires que scientifiques, y font des cours, où y interviennent  : Charles Albert* Demoustier [1760-1807], pour la morale ; Alexandre* Brongniart, pour l'histoire naturelle [1739-1813] ; Antoine* Deparcieux [1753-1799], pour la physique ; Antoine François* Fourcroy [1755-1809], pour la physique végétale ; Jean François de* La Harpe [1739-1803] pour la littérature ; Louis François* Jauffret [1770-1840], pour l'anthropologie ; Jean Joseph Süe [1760-1830], pour l'anatomie, etc.

JANVIER-MAI 1795. ENSEIGNANT DE GRAMMAIRE À L'ÉCOLE NORMALE.
Roch Ambroise Sicard est désigné fin 1794 comme professeur de Grammaire à la toute nouvelle École normale, dont les leçons et les débats se déroulent, à Paris, pendant les quatre premiers mois de l'année 1795 dans l'amphithéâtre du Muséum d'histoire naturelle, auprès  de plus d'un millier d'élèves sélectionnés et boursiers, venus de tous les départements de la République.
Les cours et les débats sont sténographiés, relus, corrigés par les enseignants dans des délais très courts, puis imprimés pour être mis à la disposition des élèves d'une séance à l'autre. Ils paraîtront sous forme d'ouvrage.

Sicard fait ainsi partie du petit nombre des quatorze personnalités appelées à enseigner et à apprendre à enseigner : Joseph Louis* Lagrange [1736-1813] et Pierre Simon de* Laplace [1749-1827], pour les mathématiques ; Gaspard* Monge [1746-1818], pour la géométrie descriptive ; René Just* Haüy [1743-1822], pour la physique ; Louis Jean Marie* Daubenton [1716-1800], pour l'histoire naturelle ; Claude Louis* Berthollet [1749-1822], pour la chimie ; André* Thouin [1747-1824] pour l'agriculture ; Jean Nicolas* Buache [1741-1825] et Edme* Mentelle [1730-1815] pour la géographie ; Constantin François de Chasseboeuf, comte* de Volney [1757-1820] pour l'histoire ; Henri Bernardin de Saint-Pierre [1737-1814] pour la morale ; Roch Ambroise Sicard [1742-1822] pour la grammaire ; Dominique Joseph Garat [1749-1833] pour l'analyse de l'entendement ; Jean François de* La Harpe [1739-1803] pour la littérature ; Alexandre Théophile* Vandermonde [1735-1796] pour l'économie politique.
Sicard est l'enseignant qui, de décadis à décadis, du 23 janvier au 15 mai 1795 [4 pluviôse-26 floréal an III] assure, le quartidi et le nonidi, le plus grand nombre de séances [38 séances], ce qui s'explique partiellement en ce qu'il fait cours aussi à la place d'André Thouin en mission aux Pays-Bas. Son cours de < grammaire > est parfois intitulé <art de la parole>.

Son cours est édité à plusieurs reprises, à chaque fois, à l'intérieur de l'ouvrage faisant partie de la série consacrée à la publication des textes des séances assurées par les enseignants :

Séances des Écoles normales, recueillies par des sténographes, et revues par les professeurs  [Paris : L. Reynier, puis Imprimerie du Cercle social. Neuf tomes, in-8+ planches, an III-VI].

Séances des Écoles normales, recueillies par des sténographes, et revues par les professeurs. Nouvelle édition [Paris : Imprimerie du Cercle social. Treize tomes in-8., 1800-1801].

Cours de sciences et arts, par des professeurs célèbres [...] suivi de discussions, entretiens et conférences en forme de dialogues entre les professeurs et les élèves sur les points les plus essentiels de ces diverses sciences, et enrichi d’un volume de planches. Édition revue par M.M. les professeurs [Paris : Testu, imprimeur de l’Empereur. Treize tomes, in-8 + planches. 1808].  


 
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