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Roman, Jacques (1744-1823), de l'Oratoire à l'Inspection générale de l'Université Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Fidèle à la vocation de la Confédération de l'Oratoire, Jacques Roman se consacre à l'enseignement, tout à la fois comme professeur et comme supérieur de collèges dépendants de l'Ordre. Mais la dissolution des congrégations religieuses séculières en 1792, puis l'émigration en Italie viennent tout bouleverser. Une nouvelle carrière, conduisant au sommet, va s'ouvrir.
La situation historique s'y prête. La nouvelle Université impériale, fondée par la loi du 10 mai 1806, et qui se met en place effectivement à partir de mars et septembre 1808, a besoin de personnel, de cadres et de conseillers.
Le passé de supérieur de collèges de l'Oratoire, son statut d'ancien émigré, son passage, même bref, au provisorat du lycée de Marseille, la familiarité avec Fouché, ministre de la police, plus encore le soutien d'un grand dignitaire de l'Église, en la personne de Mgr. Jean-Baptiste de Belloy, aident à son ascension sociale.
Et permettent à ce prêtre réfractaire de devenir Inspecteur général, et même, au travers de son poste de conseiller de l'Université, un proche de Louis de Fontanes [ancien émigré lui aussi, et qui a effectué ses études dans un collège de l'Oratoire] et de l'empereur Napoléon, soucieux de s'attacher des ecclésiastiques.

PREMIERS PAS.
Abbé Jacques Roman [1744-1823]. Né le 24 février 1744, à Sisteron [Provence] ; mort le 7 juin 1823. 
Études au collège de Sisteron, et au collège de l'Oratoire de Marseille. Entre à l'Oratoire d'Aix-en-Provence le 25 novembre 1761. Ordonné prêtre [1768] par Jean-Baptiste de Belloy, évêque de Marseille, futur évêque concordataire et archevêque de Paris, qui le nommera chanoine, un peu plus de trente ans plus tard. 

ENSEIGNEMENT ET ADMINISTRATION CHEZ LES ORATORIENS.
Selon la tradition des Oratoriens, la carrière de Jacques Roman, se développe  comme enseignant, préfet et supérieur dans différents collège de la congrégation, en ne restant jamais plus de deux ou trois ans dans le même poste. 

Ainsi est-il supérieur du collège de l'Oratoire d'Aix-en-Provence [1769], où il est entré à dix-sept ans [1761]. Puis se voit confier la direction de l'Oratoire de Lyon. 
Professeur de philosophie au collège de Nantes [1775-1777] où il a Joseph Fouché comme élève ; préfet des études au collège Oratorien d'Arras [1777-1779]. 
Ensuite de quoi, est encore successivement supérieur du collège Oratorien de Niort [1779-1782], de Marseille [1782-1788], et à nouveau de Lyon [1788-1790].

1790. RÉFRACTAIRE ET ÉMIGRÉ.
Tandis qu'il est supérieur du collège de Lyon, Jacques Roman, cherche à collaborer avec le nouveau pouvoir. Mais est finalement obligé d'abandonner son poste de supérieur. Il refuse de prêter serment à la Constitution civile du clergé [juillet-août 1790], et quitte la France pendant un peu moins de dix ans, vers 1790-1791 [1791-1800], tandis que le décret du 18 août 1792 supprime les congrégations séculières.
Jacques Roman séjourne notamment en Italie. La notice qui lui est consacrée, dans le Dictionnaire biographique des Inspecteurs généraux de l'Instruction publique, indique Turin, Livourne, Pise, comme résidences successives entre 1790 et 1798.  

Son retour en France, en l'an VIII  [1800] est facilité par Joseph Fouché, ministre de la Police générale [juillet 1799-1802], dans le cadre de la politique générale d'amnistie conduite par Napoléon à l'égard des émigrés.

1802. MARSEILLE. PREMIER POSTE ADMINISTRATIF DANS L'UNIVERSITÉ IMPÉRIALE.
Alors que Jean Baptiste de Belloy a été évêque de Marseille de 1756 à 1790, Jacques Roman, qui avait cherché à être nommé proviseur à Lyon, est finalement nommé proviseur du lycée de Marseille à sa création [1802-1804] dans les locaux du couvent des Bernardines [aujourd'hui lycée Thiers]. 
À la suite de conflits avec la municipalité de Marseille, Jacques Roman quitte ce poste  en 1804 et se rend à Paris. 
Il est remplacé, comme proviseur du lycée de Marseille, par Antoine Joseph Reboul [1738- ], ancien professeur de mathématiques, de physique et d'astronomie à l'École militaire de Sorrèze, professeur de mathématiques au lycée de Marseille, puis professeur d'Astronomie et de Mathématiques appliquées à la Faculté des Sciences de Montpellier [1810-1816]. 

DISTINCTIONS RELIGIEUSES.
Est nommé l'un des quinze chanoines du chapitre de Paris [1804]. Nommé archiprêtre de l'Église Sainte-Geneviève [1804], puis official métropolitain de l'archevêché de Paris [1805], auprès de Jean Baptiste de Belloy [1709-1808], archevêque de Paris [1802-1808], qui l'avait ordonné à Marseille en 1768, futur cardinal [1803].  

1806. LE JOURNAL DES CURÉS.
Créé à l'initiative de l'Empereur, la direction du Journal des Curés est confié à Jacques Roman. 
Le journal paraît du 15 décembre 1806 jusqu'à octobre 1811, à raison d'un numéro tous les deux jours [4 pages in-folio], au tarif d'abonnement annuel de trente francs par an. Puis il est absorbé en 1811, avec d'autres journaux, par le Journal de Paris.
Le contenu des articles fait cohabiter nouvelles religieuses et nouvelles politiques, en s'adressant tout aussi bien à une clientèle ecclésiastique qu'aux familles chrétiennes de province, dans la perspective d'appuyer < de toute l'autorité de la Religion les devoirs sacrés qui lient si étroitement les sujets à leur Prince et à leur Patrie >.

1808. INSPECTEUR GÉNÉRAL DE L'UNIVERSITÉ.
Au moment de l’organisation pratique de l’Université impériale [1808], Louis de Fontanes [1757-1821], royaliste et catholique affirmé,  converti à l'Empire, devenu Grand-Maître de l’Université [17 mars 1808], demande à l’Empereur d’être assisté par de nouveaux Inspecteurs généraux.

Trois avaient déjà été nommés, par arrêté du 22 prairial an X [11 juin 1802], comme Inspecteurs généraux : Jean Baptiste Delambre [1749-1822], remplacé lorsqu'il devient trésorier de l'Université en 1803 par Louis Lefevre-Gineau [1751-1829] ; dom Raymond Despaulx [1726-1818] ; François Joseph Michel* Noël [1756-1841]. 

Auxquels s'ajoutent immédiatement, avec le titre de Commissaires pour les lycées [mais qui prendront ultérieurement soit le titre, soit le rang, d'Inspecteurs généraux] : Charles Augustin de* Coulomb [1736-1806], décédé le 23 août 1806 ; Georges Cuvier [1769-1832] ; Gabriel Luce* Villar [1748-1826] ; Dom Raymond Despaulx [1726-1818] ; François Joseph Michel* Noël [1756-1841]. 

Une nouvelle liste est publiée, par décret du 21 septembre 1808. L'abbé Jacques Roman fait partie de cette série de désignations [dans l'ordre alphabétique] :
André Marie* Ampère [1775-1839], examinateur des élèves de l’École Polytechnique ; l’abbé Jean Alexis Balland [1741-1813], ancien supérieur du collège de Béthune ; Ferdinand François Désiré* Budan de Boislaurent [1761-1840], suppléant du professeur de mathématiques au collège de France ; Joseph Nicolas de Champeaux [1754-1815], ex grand-vicaire de Rodez ; Henri Louis* Coiffier de Verfeu [1770-1831], ancien officier ; abbé André René Pierre Daburon [1758-1838], professeur de mathématiques au lycée de Lyon ; Philibert Guéneau de Mussy [1776-1834], rédacteur au Journal des Débats et au Mercure ; Joseph Joubert [1754-1824], un des familiers de Fontanes ; Chrétien Siméon Le Prévost d’Iray [1768-1849], censeur des études du lycée Impérial [Louis-le-Grand] ; Claude Bernard Petitot [1792-1825], ancien chef de bureau de l’Instruction publique de la Seine ; Louis Poinsot [1777-1859], professeur d'analyse à l'École polytechnique ; Marc Auguste Pictet [1752-1825], membre du Tribunat ; Ambroise Rendu [1778-1860], avocat ;  abbé Jacques Roman [1744-1823] ; Antoine Athanase Royer-Collard [1768-1825], médecin en chef de l'asile de Charenton. 

Le médecin Edme Joachim Bourdois [1754-c.1830] sera nommé Inspecteur général, quelques mois plus tard, le 22 novembre 1809 ; ainsi que l’abbé Barthélemy Philibert Picon d’Andrezel [1757-1825], nommé par décision du 25 novembre 1809. 

L’abbé Jacques Roman reste en poste, jusqu’en octobre 1815, au moment de  la seconde Restauration, qui remanie fortement le corps des Inspecteurs généraux.

< Les inspecteurs sont chargés de visiter, au moins une fois dans l'année, les lycées, d'en examiner toutes les parties de l'enseignement et de l'administration,d'en arrêter la comtabilité, et d'en rendre compte au gouvernement.  
Ils parcourent les départements,examinent ceux qui se présentent pour occuper les différentes places de professeur. Ils indiquent au gouvernement, pour chaque place, deux sujets, dont l'un est choisi par l'Empereur >.  

1811. CONSEILLER DE L'UNIVERSITÉ.
Au sommet de l'Université impériale, aux côtés de  Louis de Fontanes, Grand-Maître ; Jean Chrysostome de Villaret, chancelier de l'Université ; et Jean Baptiste Delambre, trésorier, siègent dans l'instance immédiatement au dessus des Inspecteurs généraux,  les membres du Conseil de l'Université, conseil créé par décret du 17 mars 1808.
Ce conseil est composé de dix conseillers titulaires et d'une quinzaine de conseillers ordinaires.

Les attributions du Conseil sont les suivantes : « Discussion des projets de réglements et de statuts pour les écoles des divers degrés, et des autres objets présentés au Conseil par le Grand-Maître ; jugement des questions relatives à la police, à la comptabilité, à l'administration générale des Facultés, des Lycées et des Collèges, arrêté du budget de ces écoles ; admission ou rejet des ouvrages qui doivent être mis entre les mains des élèves, ou placés dans les bibliothèques des Lycées et des collèges ; examen des livres nouveaux proposés pour l'enseignement ».

Les dix conseillers titulaires sont : Louis François de Beausset [1748-1824], ancien évêque d’Alès, membre du chapitre impérial de Saint-Denis ; l'abbé Jacques André Emery [1723-1811]  ; André Jean Simon Nougarède de Fayet [1765-1825], Président à la Cour impériale ; Gaspard Gilbert Delamalle [1752-1834], conseiller d’État ; Louis de Bonald [1754-1840] ; l’abbé Martial Borye Desrenaudes [1755-1825] ; Georges Cuvier [1769-1839], membre de l’Institut ; Laurent de Jussieu [1748-1836], membre de l’Institut ; Adrien Marie Legendre [1752-1833], membre de l’Institut ; Pierre Claude Bernard Guéroult [1744-1821]. 
Aucun d'entre eux ne sont Inspecteurs généraux : Georges Cuvier, en a le rang et les prérogatives, mais n'en a pas exactement le titre ; quant à  Gaspard Gilbert Delamalle il ne deviendra Inspecteur général des études qu'en septembre 1824.

Les conseillers ordinaires au nombre de seize, sont pour douze d'entre eux choisis parmi les vingt-six inspecteurs généraux en exercice.
Jacques Roman, nommé, par arrêté  du 22 novembre 1809, fait partie de ces conseillers ordinaires.
La liste, indiquée dans l'Almanach impérial de 1810, s'en établit officiellement comme suit : Joseph Joubert ; François Joseph Michel* Noël ; Ambroise Rendu ; Philibert Guéneau de Mussy ; abbé Jean Alexis Balland ; Joseph Nicolas de Champeaux ; dom Raymond Despaulx ; Gabriel Luce* Villar ; Edme Joachim Bourdois ; abbé Jacques Roman ; Georges Antoine Chabot de l'Allier ; Henri Louis de Coiffier.

Les trois autres membres sont Égide de Lespinasse Langeac [1752-1839], Maréchal de camp, conseiller d'ambassade ; François Roger [1776-1842], membre du Corps législatif ; Michel Augustin Thouret [1749-1810], doyen de la Faculté de Médecine de Paris : François Étienne Guieu [ -1812], conseiller en la cour de Cassation. 
S'y ajoute le nom d'Antoine Vincent Arnauld, secrétaire général du Conseil, membre de l'Institut de France.

On peut remarquer que dans ce Conseil siègent de nombreux nostalgiques de l'Ancien Régime, dont quelques émigrés : l'abbé Philibert Picon d’Andrezel ; Jean Nicolas de Champeaux ; Henri Louis Coiffier de Verfeu ; l'abbé Daburon ; l'abbé Jacques Roman ; fournissant comme tels les garanties morales souhaitées.

Les rapports d'inspection, gardés dans les archives sont nombreux : cent trente. Les inspections qui se font toujours en binôme, l'amènent à travailler acec Ampère, Balland, Daburon, Petitot ; et < à visiter les collèges des académies d'Aix, d'Amiens, de Bordeaux, de Caen, de Toulouse, de Rennes > [cité dans : Havelange, Huguet, Lebedeff].  

CHANOINE À AIX-EN-PROVENCE.
Après quoi, l'abbé Jacques Roman, qui n'est pas en disgrâce, devient l'un des chanoines titulaires du diocèse d'Aix-en-Provence. Puis est nommé pour quelques mois chargé de l'administration de l’académie de Lyon [octobre 1815-mars 1816]

1815. RECTEUR DE L'ACADÉMIE DE LYON.
L'abbé Jacques Roman est nommé recteur de l'académie de Lyon le 15 octobre 1815, en remplacement du premier recteur [24 août 1809-1815] partant à la retraite, c'est à dire de  l'abbé Louis Nompère de Champagny [1757-1827], ancien proviseur du lycée de Lyon [1805-1809] et professeur d'Histoire à la Faculté des Lettres [1809-1815], nommé le premier recteur de l'académie le 24 août 1809.

En 1815 l'arrondissement de l'académie s'étend sur les départements de l'Ain [Bourg-en-Bresse], de la Loire [Saint-Étienne], et du Rhône [Lyon]. 
Les deux inspecteurs qui l'assistent, pour les quelques mois où il est en fonction, sont Laurent Pierre Bérenger [1749-1822] et Poupart tous les deux nommés en 1809. Le secrétaire est Cathelin.

Jacques Roman reste en poste seulement jusqu'au 7 mars 1816, date à laquelle il est admis à la retraite. Il est alors âgé de soixante-douze ans.

1816. SUCCESSION RECTORALE.
Il est alors remplacé, comme recteur, pour quelques mois, par Jean Baptiste Poupart, chargé des fonctions rectorales en avril 1816, et qui reste en poste jusqu'au 6 avril 1817, date de la nomination de l’abbé Pierre Denis D’Regel [1766-1843], ancien recteur de l’Académie de Cahors [1815-1817], qui restera en poste jusqu'en mars 1828.

SOURCE.

Isabelle Havelange, Françoise Huguet, Bernadette Lebedeff.
Les Inspecteurs généraux de l'Instruction publique. Dictionnaire biographique 1802-1914, sous la direction de Guy Caplat.
[Paris : Institut national de recherche pédagogique. Éditions du Cnrs. Collection : Histoire biographique de l’enseignement. In-8, 702 p., 1986]. Fournit les dates précises des nominations, et des renseignements biographiques recueillis grâce au dépouillement des Archives.
 
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