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Rectorats, les « petits rectorats » jugés par un Normalien Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
La loi organique du 15 mars 1850, inspirée par Alfred de Falloux [1811-1886], et mise en œuvre par le ministre de l’Instruction publique et des Cultes [octobre 1849-janvier 1851] Félix Esquirou de Parieu [1815-1893], modifie profondément le fonctionnement universitaire mis en place sous le premier Empire par Napoléon depuis 1808. Les académies, jusqu’alors regroupement de plusieurs départements, voient leur ressort restreint et limité à un seul département.


Cette mesure s'applique à dater du 10 août 1850, et va se maintenir jusqu'au 24 août 1854.
L'article 7 de la loi stipulant qu'il est établi une académie par département, quatre-vingt-sept académies sont à créer. Quatre-vingt-sept postes sont à pourvoir, dont beaucoup seront occupés par d'anciens inspecteurs d'académie, promus pour un temps à la fonction de « petit recteur ». Quelquefois une seule nomination couvre la période de quatre ans, de 1850 à 1854. Le plus souvent chaque recteur reçoit deux affectations, la première de 1850 à 1852, la seconde de 1852 à 1854. Plus rarement il y a trois, ou même, quatre nominations pour un seul recteur.

Après quoi, à dater d'août 1854, à nouveau de grands rectorats, mais seulement au nombre de seize, regroupant plusieurs départements, seront établis.

La création de ces « petits rectorats » de 1850, va être fortement et souvent critiquée, par les enseignants de l'époque.
On en voit ici une expression vive dans un passage de la notice nécrologique qu'Alexis Pierron [1814-1878], ancien élève de l'École normale [1834], consacre à son camarade de promotion Jean Jacques Guillemin [1814-1870], décédé le 19 février 1870, à Nancy.

Dans l'Annuaire de 1871, de l'Association amicale des Anciens élèves de l'École normale [pages 25-28] Alexis Pierron écrit :

 [L’INFÂME COMPORTEMENT DES PROFESSEURS].
« L’Université fut, en 1850, le bouc émissaire de la réaction. Qui se rappelle la fameuse loi dite de la liberté d’enseignement, et la création non moins fameuse des recteurs départementaux ? On accusait les professeurs d’athéisme, de panthéisme, de rationalisme, de scepticisme, de révolutionnarisme : on mit donc bon ordre à leurs infâmes comportements. Le corps universitaire fut dissous, les garanties professionnelles furent abolies, et l’arbitraire le plus absolu remplaça, au nom même de la liberté, tous les règlements tutélaires, toutes les vieilles traditions.

[LES PETITS RECTEURS : DES FONCTIONS POLICIÈRES].
Les petits recteurs (c’est ainsi qu’on les nommait dans l’Assemblée même) eurent des pleins pouvoirs pour rendre bien sages ceux que n’avaient pas frappés les destitutions, les mises à la retraite, ou qui ne s’étaient pas éloignés, cédant aux avanies. Il paraît qu’on eut quelque peine à trouver 86 hommes plus ou moins capables, qui consentissent à accepter ces fonctions policières.

[JEAN FRANÇOIS DENJOY, DÉPUTÉ DE LA GIRONDE].
On en était pourtant au n° 85, lorsque Denjoy proposa Guillemin au ministre en quête. Ce Denjoy, ancien avocat sans causes, ancien inspecteur primaire, ancien sous-préfet, était alors député du Gers, et il avait été un des pères de la loi. Il avait connu Guillemin à Auch, et il était resté en relations avec lui. Guillemin, sous l’influence des séductions de Denjoy, se laissa faire petit recteur. Je l’en blâmai avec énergie. Il m’objecta que sa santé redevenait mauvaise, que l’enseignement le fatiguait, qu’il lui faudrait demander un congé, etc., et que le moindre mal, c’était encore de passer par la porte qui lui était ouverte.

[UNE SÉRIE DE PETITS RECTORATS].
Bref, il alla présider aux choses de l’instruction publique dans le département de la Corrèze. Peu de temps après, il revint à Nancy comme recteur de la Meurthe, et il s’y maria ; puis il fut envoyé à Rennes, ce qui le chagrinait profondément ; mais on le décida en lui promettant qu’au rétablissement prochain des grandes académies, il serait un des trois ou quatre recteurs conservés.

[GUILLEMIN GRAND RECTEUR].
Il était docteur ; il pouvait être nommé grand recteur, et il fut en effet nommé. Il administra pendant une dizaine d’années l’immense académie de Douai ; mais c’est à Nancy que l’appelaient ses intérêts de famille, ses souvenirs les plus chers, ses convenances de toute sorte. En 1864, ses voeux furent comblés ».

BRÈVE NOTICE : JEAN JACQUES GUILLEMIN.
Né le 18 juillet 1814, à Curel [Haute-Marne] ; mort le 19 février 1870, à Nancy [Meurthe].
Études au petit séminaire de Langres. Collège de Langres.
Maître d’études chez Valéry Adolphe Loriol [1794-1875], chef d’institution à Paris.
Reçu à l’École normale [1834] 7/14, interrompt en 1835 sa scolarité pour raisons de santé.
Préceptorat [1837-1839] à Wassy [Haute-Marne].
Régent d’histoire au collège communal de Pamiers [1839-1840].
Adjoint au professeur d’histoire au collège royal de Bordeaux [1840].
Agrégé professeur d’histoire au collège royal d’Auch [1841].
Professeur d’histoire au collège royal de Reims [1843-1847].
Agrégation d’histoire [1844]. 3/5.
Professeur d’histoire à Paris, au collège Stanislas [1847-1848].
Doctorat ès-lettres [Paris, 1847] avec une thèse latine De coloniis urbibusque ab Alexandro et successoribus ejus in Asia Conditis ; la thèse française a pour titre : Le Cardinal de Lorraine : son influence politique et religieuse au XVIe siècle.
Professeur d’histoire au lycée de Nancy [1848-1850].
Recteur de l’académie départementale de la Corrèze, à Tulle [10 août 1850-20 décembre 1851].
Recteur de l’académie départementale de la Meurthe, à Nancy [20 décembre 1851-2 septembre 1853].
Recteur de l'académie départementale de l'Ille-et-Vilaine, à Rennes [2 septembre 1853-22 août 1854].
Recteur de l’académie de Douai [22 août 1854-14 juin 1865].
Recteur de l’académie de Nancy [14 juin 1865-19 juin 1869].
Admis à la retraite le 19 juin 1869.

SOURCE.
1871.
Association amicale des Anciens élèves de l'École normale. Annuaire 1871. [Pages 25-28. Notice Alexis Pierron].

2006.
Jean-François Condette. Les Recteurs d'Académie en France de 1808 à 1940. Tome II, Dictionnaire biographique. [Paris : Institut national de recherche pédagogique. Collection : Histoire biographique de l'enseignement. In-8, 411 p.+3. 2006].
Fournit les dates précises des nominations.
La notice concernant Jean Jacques Guillemin est numérisée :
https://www.persee.fr/doc/inrp_0298-5632_2006_ant_12_2_4396

 
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