Accueil arrow Philosophie arrow La mort de Nicolas Malebranche [1638-1715]

A lire aussi

Tous les articles

La mort de Nicolas Malebranche [1638-1715] Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Philosophe cartésien et théologien, Nicolas Malebranche, né le 5 août 1638, à Paris, est mort dans la nuit du 13 octobre 1715, à l'âge de soixante-dix sept ans, à l'infirmerie de la maison professe de l'Oratoire, de la rue Saint Honoré, à Paris. L'abbé Émile Antoine Blampignon, [1830-1908], dans les premières pages de sa thèse de doctorat [Paris, 1862], consacrée à la vie privée de Malebranche, rapporte ses derniers moments.


" Cependant, épuisé par le travail et les infirmités, mais toujours patient et résigné, cet infatigable ouvrier s'avançait vers l'inévitable terme, sans jamais interrompre sa tâche. Depuis longtemps, d'ailleurs, ses amis le remarquaient : le vénérable et sincère serviteur de Dieu attendait doucement la mort, et saluait avec une secrète joie l'heure prochaine de la délivrance. Ce fut le samedi 17 juin 1715 qu'il ressentit les atteintes de sa dernière maladie. Il était à la campagne chez un ami de sa famille, le président de Metz, qui avait un château à la porte même de Paris, dans les environs de Villeneuve-Saint-Georges. On se hâta de le transporter à l'Oratoire de la rue Saint-Honoré ; il voulut qu'on le mît à l'infirmerie commune, parce qu'il y avait un autel. Ses douleurs étaient extrêmes ; il souffrait principalement des entrailles ; comme il essayait quelques remèdes, le P. Lelong lui dit de ne plus songer désormais qu'aux choses éternelles. Le regardant doucement, le malade répondit avec son exquise modestie que, s'il écoutait la voix de la nature, il demanderait la mort qui seule devait le délivrer de ses maux ; mais qu'il voulait essayer de conserver le corps dont il avait reçu le dépôt de Dieu pour lui en faire le sacrifice continuel ".


Le spectacle des derniers jours de cet homme de bien, de ce grand philosophe, de ce prêtre vertueux, fut édifiant pour tous, et ne fut troublé, dans quelques esprits, que par la pensée d'un attachement trop opiniâtre à des idées particulières. C'était vraiment l'auteur des Entretiens sur la mort qui se disposait à voir enfin cette suprême vérité, cette adorable splendeur vers laquelle il avait soupiré toute sa vie, et qui se consolait de ses cruelles souffrances par l'espérance des biens infinis dont chaque heure le rapprochait : " Ma vie, la vie d'un esprit, car mon corps n'est pas à moi, c'est la lumière qui m'éclaire et qui me réjouit ; c'est la possession, c'est la jouissance paisible de celui qui seul peut remplir la vaste capacité de ce cœur qu'il a formé. Rien ne peut désaltérer cette soif ardente que Dieu met en nous pour la félicité, que le torrent de volupté qu'il nous a promis. Tous ces divertissements de la vie présente ne nous plaisent et ne nous occupent que parce qu'ils nous trompent ; car tout ce qui nous environne n'est que de la matière inefficace, et tout ce qu'on y trouve de douceur et d'agrément vient uniquement de la source féconde de tous les plaisirs : Apud te est fons vitae. Heureux celui qui est convaincu de cette philosophie ! Il sacrifie sans cesse en l'honneur du vrai bien les plaisirs de la vie présente ; et, ferme dans l'attente des promesses confirmées par le serment du Père et scellées par le sang du Fils, il regarde le moment de la mort comme le commencement de la vie. Il sait bien, Ariste, que ce qu'il quitte n'est rien ; et il croit fermement qu'avec Dieu il aura tout".
A l'approche de l'instant suprême, les souffrances de ce corps épuisé s'adoucirent ; la faiblesse et l'affaissement physique succédèrent aux douleurs aigües. Mais la raison demeurait forte, et l'âme était toujours vivante. La consolation de Malebranche mourant fut de contempler de ses yeux qui s'éteignaient l'image de Jésus-Christ sur la croix, de la toucher fréquemment de ses lèvres défaillantes. Enfin, pendant la nuit du 13 octobre il parut s'endormir ; le frère qui le soignait s'assoupit, et lorsque ce gardien s'éveilla, vers quatre heures du matin, ce grand serviteur de Dieu avait quitté ce monde ".

LA THÈSE DE BLAMPIGNON.
L'abbé Émile Antoine Blampignon, [1830-1908], déjà docteur en théologie [1858] a donné comme titre à sa thèse de doctorat ès-lettres [Paris, 1862] : Étude sur Malebranche, d'après les document manuscrits, suivie d'une correspondance inédite.
Sa thèse a été publiée : [Paris : Charles Douniol, libraire-éditeur, 29 rue de Tournon. In-8, 244 p., 1862].
A l'occasion de la préparation de sa thèse de doctorat ès-lettres Émile Antoine Blampignon devient un familier de Victor Cousin. Il sera du petit nombre de ceux qui, comme Barthélemy Saint-Hilaire et Mérimée assistent à sa mort à Cannes, le 14 janvier 1867.

 

© JJB 2010-12
 
Suivant >