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La mort de Frédéric Ozanam (1813-1853) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Intellectuel catholique, second titulaire, après Claude Fauriel, de la chaire de Littérature étrangère à la Faculté des lettres de Paris [1844-1853], Frédéric Ozanam est une figure dominante de l'action menée contre la pauvreté par la Société Saint-Vincent de Paul, dont il est le créateur en 1833.


L'historien religieux François Zénon Collombet [1808-1853] publie dans la Revue du Lyonnais, à laquelle il collabore régulièrement, un article nécrologique sur Frédéric Ozanam.
L'article est repris en tiré à part : Notice sur A. Frédéric Ozanam, par F. Z. Collombet [Lyon : impr. de Girard et Josserand. Rue Saint-Dominique, 13. In-8, 21 p., 1873].
Pendant sa mission scientifique [1] dont nous avons parlé, Ozanam [2] recueillit les matériaux d'un livre qu'il publia en 1850, les Documents inédits pour servir à l'histoire littéraire de Italie depuis le VIIIe siècle jusqu'au XIIIe. Ce volume présente de véritables richesses et beaucoup d'aperçus nouveaux, beaucoup de pièces tout à fait inconnues [3]. On doit à cette même mission un autre livre qui parut en 1852, Les Poètes franciscains en Italie au treizième siècle [4].

Comment résister à de si longs, à de si pénibles travaux [5] ? Il aurait fallu renoncer à toute étude sérieuse , mais cette âme ardente et passionnée pour la vérité ne pouvait se priver de cet aliment intellectuel de la science. Cette dévorante activité [6] l'usa en quelques années.

Ozanam alla une dernière fois , au mois d'août de l'année passée, demander la santé au ciel trompeur de l'Italie [7]. Cette année toutefois ne s'écoula point pour lui dans un stérile repos ; le religieux voyageur fonda plusieurs conférences de St-Vincent de Paul [8], et prit la parole au milieu de ces réunions pour les  diriger et leur imprimer le véritable esprit de l'association.

Le séjour de Pise [9] ne lui rendit pas la santé. Une maladie aux reins, qui avait fini par paralyser son organisation tout entière, fit de rapides progrès et ne laissa plus d'espoir sur le rétablissement de sa santé. Ozanam voulut mourir dans sa patrie, et, comme Audin avant lui, il rentra sans pouvoir aller jusqu'au bout.

Il s'arrêta à Marseille, où il devait trouver les parents de Mme Ozanam. Celle-ci ne l'a pas quitté un seul instant, non plus que ses deux frères, M. l'abbé Ozanam et le Docteur Charles [10], qui l'ont entouré des soins les plus tendres et les plus affectueux.
Le surlendemain de son arrivée , il reçut le saint Viatique avec une parfaite résignation, édifia toutes les personnes présentes à cette touchante cérémonie, et mourut trois jours après, le 8 septembre, dans les bras des siens , en chrétien ferme et plein de foi.

Heureux ceux qui meurent ainsi, jeunes et pleurés , ayant en peu d'années noblement rempli une belle tâche ! Assez peu importent quelques volumes de plus ou de moins ; le vain bruit qui se fait autour d'une publication littéraire ne vaut pas, à l'heure suprême, la douceur d'une bonne action et le souvenir des devoirs sérieusement remplis.

[1]. LA MISSION SCIENTIFIQUE D'OZANAM.
Narcisse Achille de Salvandy [1795-185], alors qu'il est une deuxième fois ministre de l'Instruction publique de Louis-Philippe [février 1845-février 1848], donne en août 1846, à Fréderic Ozanam [1813-1853], jeune professeur de Littérature étrangère à la Faculté des Lettres de Paris, dont la santé est chancelante, une mission pour l'Italie.
Ozanam se fait remplacer à la Faculté des Lettres par Jacques Auguste Demogeot [1808-1894] et se rend en Italie avec sa femme et sa fille. Il quitte Paris le 17 novembre 1846 et s'installe à Rome le 24 janvier 1847. Il passe l'hiver et le printemps 1847 en Italie.
Selon sa mission, Ozanam recherche des documents sur l'histoire de la culture en Italie  pour  servir à l'histoire des lettres pendant les premiers siècles du moyen âge.

A son retour en France, Frédéric Ozanam reprend son enseignement dans la chaire de Littérature étrangère à la Faculté des Lettres de Paris, où il a été nommé en 1844, après la mort de Charles Fauriel [1772-1844], le premier titulaire de la chaire, qu'il avait remplacé depuis janvier 1841.

[2]. OZANAM. BIOGRAPHIE EN BREF.
Frédéric Ozanam [1813-1853], né le 23 avril 1813, à Milan, capitale du Royaume français d'Italie. Mais en 1815, le traité de Vienne, replaçant la Lombardie sous domination autrichienne, sa famille s'installe à Lyon, où son père continue d'exercer la médecine.
Études secondaires à Lyon, où il a l‘abbé Joseph Matthias Noirot [1793-1880] comme professeur de philosophie au collège royal de Lyon.
En novembre 1831, Ozanam est à Paris où il fait ses études de Droit et de Lettres. Docteur en droit [1836], il revient à Lyon [1837] et exerce comme avocat. Il y obtient en juillet 1839 la chaire de Droit commercial, qu'il inaugure à la mi-décembre 1839.
Docteur ès-lettres [Paris, 7 janvier 1839], avec une thèse sur Dante : Dante et la philosophie catholique au treizième siècle ; par A. F. Ozanam, docteur en droit, docteur ès-lettres. [Paris : Debécourt, libraire-éditeur. Rue des Saints-Pères, 69. in-8, 411 p., 1839].  
Ozanam souhaite quitter l'enseignement du droit et pouvoir succéder auprès de la toute nouvelle Faculté des lettres de l'Université de Lyon, à la chaire de Littérature étrangère d'Edgar Quinet, qui sera bientôt nommé au collège de France [1841] dans la chaire de Langue et de littérature de l’Europe méridionale.

Sollicité par V. Cousin, Ozanam se présente à l'agrégation des lettres d'enseignement supérieur pour les littératures anciennes et modernes et est reçu premier le 4 octobre 1840.
Il devient, à Paris, le suppléant de Claude Charles Fauriel [1772-1844], assure son premier cours le 9 janvier 1841, puis devient, en novembre 1844, à la suite de la mort de Charles Fauriel, survenue le 15 juillet 1844,  le titulaire de la chaire de Littérature étrangère à la Faculté des Lettres de Paris.
En même temps il donne un enseignement en classe de rhétorique au collège Stanislas.
 
[3]. BEAUCOUP DE PIECES TOUT A FAIT INCONNUES.
C'est à la suite de cette mission officielle en Italie qu'il publie en 1850, trois ans après son séjour : Documents inédits pour servir à l'histoire littéraire de Italie depuis le  VIII e siècle jusqu'au XIII e, avec des recherches sur le moyen âge italien, par A. F. Ozanam, professeur de littérature étrangère à la Faculté des Lettres de Paris. [Paris : Jacques Lecoffre et Cie, éditeurs. Rue du Vieux-Colombier, 29. Ci-devant rue du Pot-de-Fer Saint-Sulpice, 8. 416 p.,1850].
L'ouvrage porte sur Des Écoles et de l'instruction publique en Italie aux temps barbares.
De nombreux extraits de l'ouvrage sont publiés comme articles dans la revue catholique Le  Correspondant.

[4]. LES POETES FRANCISCAINS.
C'est aussi à la suite de ce voyage qu'Ozanam publie en 1852, cinq ans après sa mission : Les Poètes franciscains en Italie au treizième siècle, avec un choix de petites fleurs de Saint François traduites de l'italien suivis de recherches nouvelles sur les sources poétiques de la Divine Comédie, par A. F. Ozanam, professeur de littérature étrangère à la Faculté des lettres de Paris [Paris : Jacques Lecoffre et Cie, éditeurs. Rue du Vieux-Colombier, 29. In-8, 440 p.,1852].

[5]. RÉSISTER A DE SI LONGS TRAVAUX.
Après son retour en France, et la reprise de ses cours, Ozanam fait paraître ses Études Germaniques pour servir à l'Histoire des Francs, en deux tomes, qui reprennent la matière de ses cours de Littérature étrangère à la Faculté des lettres :

Tome I. Les Germains avant le christianisme. Recherches sur les origines, les traditions, les institutions des peuples germaniques et sur leur établissement dans l'Empire romain. Par A. F. Ozanam, Professeur de littérature étrangère à la Faculté des lettres de Paris [Paris : Jacques Lecoffre et Cie, éditeurs. Rue du Vieux-Colombier, 29. Ci-devant rue du Pot-de-Fer Saint-Sulpice, 8. In-8, XVIII-428 p.,1847].

Tome II. La Civilisation chrétienne chez les Francs. Recherches sur l'histoire ecclésiastique, politique et littéraire des temps mérovingiens et sur le règne de Charlemagne. Par A. F. Ozanam, Professeur de littérature étrangère à la Faculté des lettres de Paris [Paris : Jacques Lecoffre et Cie, éditeurs. Rue du Vieux-Colombier, 29. Ci-devant rue du Pot-de-Fer Saint-Sulpice, 8. In-8, 560 p.,1849].

[6]. CETTE DÉVORANTE ACTIVITÉ : L'ERE NOUVELLE.
Mais, à côté de son activité de chercheur et d'enseignant, Frédéric Ozanam mène une intense activité journalistique.
Au lendemain de la Révolution de février, en avril 1848, Ozanam fonde avec l'abbé Henry Maret [1805-1884], professeur à la Faculté de Théologie de la Sorbonne [1841], qui s'est rendu célèbre avec son ouvrage Essai sur le panthéisme dans les sociétés modernes [1840] et la collaboration de l'abbé Henri Dominique Lacordaire [1802-1861], le journal l'Ère nouvelle, d'orientation démocrate-chrétienne. Neuf personnalités, qui ont toutes été des journalistes de la revue Le Correspondant signent le prospectus de l'Ère nouvelle : l'économiste Charles de Coux ; le docteur Henri Gouraud ;  Edouard de Labaume ; l'abbé Henri Dominique Lacordaire ; Prosper Lorain ; Eugène Loudun ; l'abbé Henry Maret ; Frédéric Ozanam ; Charles Sainte-Foi ; le docteur Jean Paul Tessier.

Le premier numéro paraît le 15 avril et va bientôt compter un peu plus de trois mille abonnés.
Il y publie, entre le 15 avril 1848 et le 1er avril 1849 [date de la revente du journal à des acheteurs légitimistes], plus d'une soixante d'articles, cherchant à promouvoir un christianisme social et libéral et à soutenir un républicanisme modéré.
Ses articles sont surtout consacrés à la question italienne et à la question sociale.
Il donne aussi des articles à la revue catholique Le Correspondant, qu'il avait contribué à créer en 1843, notamment des extraits de son livre sur La Civilisation chrétienne chez les Francs.

A l'occasion des évènements de 1848, Ozanam participe aussi quelques semaines à la vie politique. Tout en restant à Paris, il s'engage pour se présenter, mais sans succès, à la députation, dans le département du Rhône, aux  élections législatives du 23 avril 1848.

[7]. LE CIEL TROMPEUR DE L'ITALIE.
Mais en 1852, Ozanam retombe malade et est obligé d'abandonner ses cours à la Faculté où il se fait suppléer en novembre par Charles Benoît [1815-1898],
ancien membre de l'Ecole française d'Athènes, qui vient de donner en 1849 un cours  complémentaire de Littérature grecque à la Faculté des lettres de Paris,  et qui sera plus tard Professeur de Littérature française et doyen de la Faculté des Lettres de Nancy.

Frédéric Ozanam, en fin 1852, obtient d'Hippolyte Fortoul [1811-1856] ministre de l'Instruction publique depuis le coup d'État du 2 décembre, une mission pour se rendre en Italie. Ses recherches doivent porter sur les origines des Républiques italiennes.

Un peu auparavant, après un voyage en Angleterre à l'occasion de l'Exposition universelle dans l'été 1851, Ozanam est allé passer l'été 1852 dans les Pyrénées, une saison aux Eaux-Bonnes, puis en août 1852, il s'est rendu à Biarritz, puis à Burgos, en Espagne.
Revenu en France, il passe par Cannes et Marseille.

En suite de quoi, à l'automne 1852, Frédéric Ozanam se rend avec sa femme Amélie [née Soulacroix] et sa fille Marie en Italie, à Gênes, puis à Livourne.

[8]. PLUSIEURS CONFÉRENCES DE SAINT-VINCENT DE PAUL..
C'est le 23 avril 1833, que s'était réuni, pour la première fois, sous le nom de Conférence de la charité, dans le bureau du journal La Tribune catholique, au 18 rue du Petit-Bourbon  Saint-Sulpice, un petit groupe de jeunes étudiants autour du rédacteur en chef Emmanuel Bailly : Félix Clavé, Jules Devaux,  François Lallier, Paul Lamache,  Auguste Le Taillandier, Frédéric Ozanam.
Ainsi se constitue la Société de saint-Vincent de Paul, orientée vers la charité aux plus pauvres, et se développe, avec deux mille participants en 1841, dix mille en 1845, essaimés dans plus de cent villes ; établie en Angleterre, en Écosse, en Irlande, en Belgique, en Italie.
Et, partout où il se rend, que ce soit aux Eaux-Bonnes, à Biarritz ou à Pise, il rend visite aux Sociétés existantes et excite leur zèle.

[9]. LE SEJOUR DE PISE NE LUI RENDIT PAS LA SANTE.
Frédéric Ozanam est à Pise dans l'hiver 1852-1853 et il y travaille à la Bibliothèque.
Mais son état de santé empire. Les médecins lui prescrivent l'air de la mer. Ozanam s'établit dans un petit village près de Livourne.
On croit à une amélioration. Il se rend à Florence, où il est nommé académicien de la Crusca, en même temps que l'historien Cesare Balbo. Et va à Sienne.
Mais sa santé est de plus en plus chancelante.
Il s'établit finalement, plus au nord, dans le Piémont, au village Del Antignano, au pied du Montenero, à une heure de Livourne et à quelques minutes de la mer.

[10]. NON PLUS QUE SES DEUX FRERES.
Prévenus par un télégramme les deux frères de Frédéric Ozanam se rendent auprès de lui :
Tout d'abord Charles Ozanam [1824-1890] médecin comme son père, qui arrive le 8 août ; puis l'aîné, l'abbé Alphonse Ozanam [1804-1888], qui arrive le 20 août après les fêtes de l'Assomption.

Le 31 août 1853, ils embarqueront à Livourne pour revenir en France, et  accosteront à Marseille.
Ozanam débarque le 2 septembre et y meurt le 8 septembre.

© JJB, 01-2011

 
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