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Binet, René (1732-1812), premier proviseur du lycée Condorcet Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Binet, René (1732-1812), premier proviseur du lycée Condorcet
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Avec la biographie de René Binet, on prend connaissance de la structure et de l'enseignement des Écoles centrales des départements [1796-1802]. Ce recteur de l'ancienne Université y est, à Paris, professeur de Langues anciennes à l'École centrale du Panthéon. Sa carrière le conduit à devenir [1804] le premier proviseur du lycée Bonaparte (Condorcet).

Fonction d'autorité qui ne lui fait pas oublier sa démarche de lettré : traduction de Meiners, d'Horace, de Valère Maxime, de Virgile.

Binet, René [1732-1812]. Né le 23 janvier 1732, à Notre-Dame du-Thil, près de Beauvais [aujourd'hui département de l'Oise] ; mort le 31 octobre 1812, à Paris.

Études à Paris, au collège Saint-Barbe. Entre dans la carrière de l'enseignement et débute en étant « maître de quartier », autrement dit maître d'internat. Mais très vite devient enseignant.
Nommé professeur à l'École militaire. Puis, à Paris, au collège du Plessis. Il y enseigne la rhétorique jusqu'à la suppression de l'établissement en 1792-1793.

1770-1793. PROFESSEUR DE RHÉTORIQUE AU COLLÈGE DU PLESSIS.
Le collège du Plessis, appelé également Plessis-Sorbonne, situé rue Saint-Jacques [sur l'emplacement actuel de Louis-le-Grand], fait partie, en 1789, de l'un des dix collèges parisiens de plein exercice, c'est à dire assurant toutes les classes, en activité : Collège Louis-le-Grand ; du Cardinal Lemoine, des Grassins, d’Harcourt, de La Marche, Lisieux, Montaigu, Navarre, du Plessis et des Quatre-Nations. 

René Binet y est, de 1770 à 1793, professeur de rhétorique.

1779-1781. UNE PREMIÈRE FOIS RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS.
En 1779, alors qu'il a quarante-sept ans, René Binet est élu par ses collègues Recteur de l'Université de Paris. Il reste dans cette fonction pendant deux ans [1779-1781], puis est remplacé par Pierre Mathias* Charbonnet [1733-1815], recteur de 1781 à 1784. Pierre Mathias Charbonnet qu'on retrouvera plus tard comme professeur de Langues anciennes à l'École centrale de la rue Antoine du département de la Seine.

C'est dans cette fonction de recteur de l'Université, que René Binet s'oppose à Thomas Royou, licencié en théologie et professeur de philosophie en l'Université, comme l'indique un factum [Paris : imprimerie de J.-C. Desaint, imprimeur du Châtelet, rue Saint-Jacques. In-4, 24 p., 1780]. Ce Thomas Marie Royou [1743-1792], chapelain de l'Ordre de St. Lazare, professeur de philosophie au collège Louis-le-Grand, qui deviendra célèbre sous la Révolution, avec l'Ami du Roi, journal qu'il fonde le 1er septembre 1790, pour lutter contre les idées révolutionnaires.  

1791-1792. RENÉ BINET FAISANT FONCTION DE RECTEUR.
À nouveau, mais cette fois en 1791, René Binet est nommé par la municipalité de Paris, pour faire fonction de recteur de l'Université de Paris. Il exerce cette fonction en 1791 et en 1792, alors qu'il continue d'enseigner la rhétorique au collège du Plessis.

C'est à ce titre de « faisant les fonctions de recteur » qu'il participe à la distribution des prix, l'an quatrième de la liberté [1792], où François de* La Place [1757-1823], professeur d'humanités au collège de Louis-le-Grand, et futur professeur d'Éloquence latine à la Faculté des Lettres de Paris [1810-1823], proclame le « nom des athlètes qui ont mérité les couronnes ».

C'est également en fonction de cette charge, que René Binet publie : Observations présentées à Messieurs du comité d'instruction publique, au sujet de l'emploi provisoire d'une partie des revenus de l'Université de Paris, proposé par le département [Paris : Imprimerie de Seguy-Thiboust. In-4, 8 p., 1792]. Signé par René Binet le 27 février 1792. 

1783-1843. TRADUCTION DES OEUVRES D'HORACE ET RÉÉDITIONS.
René Binet fait paraître en 1783 : Les Oeuvres d'Horace, traduites en françois par René Binet. Nouvelle Edition, revue et retouchée avec soin par l'auteur [À Paris : De l'imprimerie de J. Ch. Desaint, Chez l'auteur. Chez Colas, Libraire, et se trouve chez les principaux libraires de France. Deux volumes in-12, XXIV, 25-64 [i.e. 44], 363, [1] p.; [4], 463 [i.e. 485], [3] p., M.DCC.LXXXIII]. Approbation du 15 mai 1783. Privilège du 18 juin 1783.
Imprimé avec un colophon. Texte latin et traduction française en regard.

Réédité, comme deuxième édition, en 1802 : Les Oeuvres d'Horace, traduites en françois par René Binet. Nouvelle Edition, revue et retouchée avec soin par l'auteur [À Paris : Place Sorbonne, chez Colas, Libraire. Deux volumes in-18. An X de la République françoise ]. Avec une Addition à la Préface [de la première édition]. Texte latin et traduction française en regard.

Réédité, comme troisième édition, en 1809 : Traduction des Oeuvres d'Horace par M. René Binet, Proviseur du Lycée Bonaparte, ancien Recteur de l'Université de Paris, ancien Professeur de Littérature et de Rhétorique à l'École militaire, au Collège du Plessis-Sorbonne, et à l'École centrale du Panthéon. Troisième édition, revue par l'auteur.  [À Paris : chez Colas, Libraire, place Sorbonne, n°4. Deux volumes in-12, XLVIII+300+392 pp., 1809]. Reprend la Préface de la première édition [XV pages] et l'Addition à la Préface pour la seconde Édition]. Texte latin et traduction française en regard.

Réédité, comme quatrième édition, en 1816, revue par M. Jannet, d'après la troisième édition donnée par l'auteur en 1809. Texte latin et traduction française en regard.
Réédité, comme cinquième édition, en 1823. [Paris : Détrez. Deux volumes in-16, 1823]. Texte latin et traduction française en regard.

Réédité, comme sixième édition, en 1827. Traduction des Oeuvres d'Horace, par M. René Binet, proviseur du Collège Bourbon, ancien recteur de l'université de Paris, ancien professeur de littérature et de rhétorique à l'École militaire, au collège de Plessis-Sorbonne, à l'École centrale du Panthéon. De la Société libre des sciences, lettres et arts de Paris, auteur de plusieurs traductions. Revue par M. Noël, Inspecteur Général des études, Membre de la Légion d'honneur et de plusieurs sociétés littéraires. [Paris : chez Détrez, libraire, successeur de M. Colas, place Sorbonne, n° 4. Deux volumes in-12 [4]XLIV-306+[4]-382 pp., 1827]. Texte original latin et traduction française en regard. Faux titre à chaque tome.

Réédité, comme septième édition, en 1835. Oeuvres d'Horace. Traduction nouvelle […] par René Binet [...] avec le texte en regard [Paris : A. Poilleux]. Nouvelle édition entièrement revue et corrigée [...] par L. Liskenne. L'ouvrage paraît dans une collection intitulée : Bibliothèque classique latine-française à l'usage des maîtres.
La même année paraît dans la Collection de classiques latins à l'usage des élèves : Quinti Horatii Flacci Carmina. Nouvelle édition, entièrement revue et corrigée, enrichie de notes archéologiques et grammaticales, d'une métrique complète des odes et d'une notice sur Horace par L. Liskenne [Paris : A. Poilleux. In-18, XVI-312 p., 1835].
Louis Liskenne [1799-1873] traducteur et éditeur d'auteurs grecs et latins [Ésope, Homère, Xénophon, Cicéron, Pline].

Réédité, comme huitième édition, en 1843. Les Oeuvres d'Horace, avec la traduction de M. René Binet, ancien recteur de l'Université de Paris, ancien professeur de littérature et de rhétorique à l'École militaire et au collège de Plessis-Sorbonne, etc. Huitième édition [Bruxelles : publié par la société nationale pour la propagation des bons livres. Gérant, Ch. J. de Mat. Rue de la Batterie, n°24. 1843].

1795. HISTOIRE DE LA DÉCADENCE DES MOEURS CHEZ LES ROMAINS.
Sous le titre Histoire de la décadence des mœurs chez les Romains et de ses effets dans les derniers temps de la République, René Binet fait paraître, en 1795, une traduction de l'allemand en français de l'ouvrage de Christoph Meiners [1747-1810], professeur de philosophie à l'Université de Gottingue : Geschichte des Verfalls der Sitten und der Staatsverfassung des Römer, paru initialement en 1782 [Leipzig : Weidmanns Erben und Reich. 1782], et réédité en Allemagne en 1791.

L'ouvrage paraît en l'an III [1794-1795] :  Histoire de la décadence des mœurs chez les Romains et de ses effets dans les derniers tems de la République ; traduite de l'Allemand de C. Meiners, professeur ordinaire de philosophie à Gottingue ; par René Binet, ancien recteur de l'université de Paris, et professeur émérite de rhétorique ; nommé professeur de langues anciennes des écoles centrales du département de Paris [À Paris : chez H. J. Jansen et Comp. Place du Muséum. In-12, XXXV-526 p., an troisième de la République françoise].
Il est réédité, chez le même éditeur, en l'an V [1796-1797].

Gérard Laudin, dans son article « Christoph Meiners, lecteur de Montesquieu, et son traducteur dans la France révolutionnaire », publié dans l'ouvrage collectif : Historiographie de l’antiquité et transferts culturels [2010] indique : « En 1782, le philosophe allemand Christoph Meiners publie un ouvrage qui reprend nombre de perspectives exprimées par Montesquieu à propos de la grandeur et de la décadence des Romains, mais il met l'accent sur les facteurs économiques de dislocation de l'État. En 1794, le latiniste parisien René Binet vante les mérites de l'étude de Meiners tout en retenant des thèses apparaissant comme un commentaire indirect des évènements révolutionnaires français ».

OCTOBRE 1795. LA MISE EN PLACE DES ÉCOLES CENTRALES.
Déjà l'Assemblée constituante [17 juin 1789-1er octobre 1791], puis l'Assemblée Nationale législative [1er octobre 1791-21 septembre 1792] ont eu, plus ou moins directement, à connaître de plusieurs projets d'instruction publique et d'éducation : Villier [1789], Daunou [1790], Guéroult [1790], Mirabeau, dans des cahiers posthumes [1791], Ferlus [juillet 1791], Talleyrand [septembre 1791], Condorcet [avril 1792].

Dans le temps de la Convention nationale [21 septembre 1792-26 octobre 1795] d'autres projets, très nombreux, se font jour : Bancal des Issarts [décembre 1792], Rabaut Saint Étienne [décembre 1792], Romme [décembre 1792], Lepeletier, présenté par Robespierre [juillet 1793], Daunou [juillet 1793], Thibaudeau [août 1793], Bouquier [décembre 1793], Barère [juin 1794].
Après le 9 thermidor [27 juillet 1794] et l'exécution de Maximilien de Robespierre, les projets prendront,  sous la Convention thermidorienne, d'autres orientations.

C'est à partir du Rapport Lakanal [décembre 1794], son adoption [février 1795], et les nombreuses propositions  et contre-propositions, qui le soutiennent, s'y opposent et l'aménagent, que le rapport Daunou est finalement « présenté au nom de la Commission des Onze et du Comité d'Instruction publique », le 15 octobre1795. Il est adopté par la Convention le 25 octobre 1795 [3 brumaire an IV], sous le libellé de Décret sur l'organisation de l'instruction publique.
Son titre II, avec ses douze articles, porte sur les « Écoles centrales ».
 
FÉVRIER 1795. JURY D'INSTRUCTION DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE.
Dans le cadre de ce texte, souvent appelé Loi Daunou, du nom de son inspirateur et rapporteur, le Comité d'Instruction publique poursuit son activité.
Ainsi, le Comité d'instruction publique nomme, le 10 ventôse an III [28 février 1795], pour le département de la Seine [Paris], un jury central d'instruction. Ce dernier est composé, comme le voudra l'usage pour chacun des départements de la République, de trois personnalités : Pierre Simon Laplace [1749-1827], Dominique Joseph Garat [1749-1833], Jean Jacques Barthélémy [1716-1795], remplacé, à la suite de son décès, par Joseph Louis Lagrange [1736-1813].

C'est ce jury central d'instruction du département de la Seine qui élit, le mois suivant en germinal an III [mars-avril 1795], les professeurs affectés aux Écoles centrales de Paris, sans que soit précisé tout d'abord dans quelle École parisienne ils enseigneront, et sans que la liste des enseignements soit définitivement arrêtée [leur nombre supposé varie, selon les propositions et les contre-propositions, de quatorze à onze. La loi retiendra finalement neuf professeurs, plus un bibliothécaire]. 
C'est donc à cette date [mars-avril 1795] que René Binet, alors dans sa soixante-troisième année, avec une petite trentaine de personnalités, est nommé pour être un futur professeur d'École centrale du département de la Seine.

JUIN-JUILLET 1795. DES LOCAUX POUR LES NOUVELLES ÉCOLES.
Enfin c'est en juin-juillet 1795 [messidor an III] que sont désignés des locaux, alors relativement inemployés, qui pourraient être affectés aux cinq écoles centrales de Paris, qui sont initialement prévues [mais dont seulement trois verront le jour] : 

Le bâtiment des Quatre-Nations. On y accède par le quai, rive gauche, qui longe la Seine, ancien quai de Nesles ou quai de Nevers ; devenu en 1781, quai de la Monnaie, puis quai de l'Unité, et enfin, à partir de 1814, quai de Conti.  
Jusqu'en 1792, c'est un collège, prévu dans le testament de Mazarin, et commençant à fonctionner en 1763, à l'origine pour recevoir, comme boursiers, de jeunes gentilshommes, élèves venant des quatre pays conquis par Louis XIV [Artois, Alsace, Roussillon-Cerdagne, Piémont]. 
De 1792 à 1793, c'est une maison d'arrêt. À partir de 1793, c'est le siège du Comité de Salut public. 
En juin-juillet 1795, le lieu est désigné pour être le local de l'École centrale des Quatre-Nations, qui sera inaugurée le 20 mai 1796, et qui fonctionnera jusqu'en 1801. 
Ensuite de quoi, s'y installera l'École des Beaux-Arts [1801-1805], puis enfin en 1805, l'Institut de France, dont c'est encore le palais.

Le bâtiment du Val-de-Grâce. Ancienne abbaye bénédictine royale du Val-de-Grâce, bâtie au XVII ème siècle. Fermée en 1793, à la suite de la suppression des ordres religieux décidée par la Convention. Il n'est pas donné suite au projet d'attribuer ces locaux à une École centrale, qui eût été, pense-t'on, trop excentrée par rapport au quartier latin. 
Le bâtiment sera transformé, à la fin du XVIII ème siècle, en hôpital militaire : aujourd'hui Hôpital du Val-de-Grâce.

Le bâtiment de la ci-devant Conception Honoré. Il s'agit du monastère des Filles de la Conception, établi, depuis 1637, rue [saint] Honoré, au coin de la rue Neuve-du-Luxembourg. 
Il ne sera pas donné suite à son attribution à une École centrale. 
Sur le terrain du couvent, démoli dans les années 1790, seront construites des maisons particulières.

Le bâtiment  du ci-devant prieuré Martin. Il se situe rue Martin [aujourd'hui rue Saint-Martin]. Après la suppression des ordres religieux [1790] et des congrégations religieuses [1792], les bâtiments sont transformés, à l'initiative  de Léonard Bourdon en « école patriotique et nationale», placé sous les auspices du Directoire et de la municipalité de Paris, sous le titre d'École des Jeunes français, élèves de la Patrie, en tant qu'orphelins. Cet établissement, qui reçoit de nombreux boursiers, fonctionne de 1792 à 1795. Il n'y sera pas établi d'École centrale. 
En juin 1798, s'y installe le Conservatoire des Arts et Métiers.

Le bâtiment des ci-devant Jésuites ou Minimes. Il se situe rue Antoine [aujourd'hui rue Saint-Antoine], où se trouve installée depuis 1763 [jusqu'en 1790] la Bibliothèque publique de la Ville de Paris. Cette bibliothèque occupe le site de l'ancienne « maison professe des Jésuites], qui ont été proscrits de France en 1763. 
il y sera établi l'École centrale de la rue Antoine, qui sera inaugurée le 22 octobre 1797, et qui  fonctionnera jusqu'en 1801. En 1802, y sera installé le lycée Charlemagne.

On sait que finalement seulement trois Écoles centrales du département de la Seine verront le jour : l'École centrale des Quatre-Nations [aujourd'hui Institut de France] ; l'École centrale du Panthéon français [aujourd'hui lycée Henri-IV], établie dans l'ancienne abbaye Sainte-Geneviève, appelé à l'époque « le carré Geneviève », toutes deux inaugurées le 1er prairial an IV [20 mai 1796] ; l'École centrale de la rue Antoine, [aujourd'hui lycée Charlemagne], inaugurée le 1er brumaire an VI [22 octobre 1797].


 
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