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Bernardy, Jacques Philippe (1758-1836), de l'École centrale à la Faculté des Lettres de Poitiers Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Déjà formé pendant près de quinze ans à l'enseignement, au sein de la Congrégation de l'Oratoire, c'est à sa spécialisation comme professeur de Belles-Lettres que Jacques Philippe Bernardy doit sa carrière dans l'enseignement. Indépendamment des régimes politiques qui se succèdent : à l'École centrale de la Charente ; au lycée impérial, puis collège royal, enfin à la Faculté des Lettres de Poitiers.

Jacques Philippe Bernardy [1758-1836]. Né le 4 mai 1758, à Monieux [Vaucluse] ; mort le 24 août 1836, à L'Espinasse, dans la commune d'Oyré, près de Châtellerault [Vienne]
[appelé parfois : Bernardy-Lespinasse, ou encore : Bernardy-l'Espinasse, sans doute du nom d'une attache avec l'Espinasse, dans la Vienne].

1776. MEMBRE DE LA CONGRÉGATION DE L'ORATOIRE.
Membre de la Congrégation de l'Oratoire [1776-1791], congrégation religieuse spécialisée dans les fonctions enseignantes, et dont il fait partie de 1776 jusqu'en 1791. À ce titre Jacques Philippe Bernardy enseigne dans différentes institutions.
Mais, la loi et le décret du 18 août 1792, suppriment les congrégations séculières, et son article 4 précise : « Aucune partie de l'enseignement public ne continuera d'être confiée aux maisons de charité, non plus qu'à aucune des maisons des ci-devant congrégations d'hommes et de filles, séculières ou régulières ». Dès lors, Jacques Philippe Bernardy quitte le clergé et se marie.

1795. ÉCOLES CENTRALES ET ENSEIGNEMENTS DES ÉCOLES CENTRALES.
Les Écoles centrales sont créées, à la suite du rapport de Pierre Claude François Daunou [1761-1840], et de son projet de loi, par le décret de la Convention, du 3 brumaire an IV [25 octobre 1795] portant sur l’organisation de l’Instruction publique.
Le titre I porte sur les écoles primaires ; le titre II porte sur les écoles centrales ; le titre III porte sur les écoles spéciales.
L’article 1er stipule qu’il sera établi une école centrale par département.

Conformément à ce décret, l’enseignement dans les Écoles centrales est divisé en trois sections :
Une première section, s’adressant à des élèves de douze ans révolus, comprenant sur deux ans, les cours de Dessin ; d’Histoire naturelle ; de Langues anciennes ; de Langues vivantes.
Une seconde section, s’adressant à des élèves de quatorze ans, comprenant sur deux ans, les cours de Mathématiques ; de Physique ; de Chimie expérimentale.
Une troisième section, s’adressant à des élèves de seize ans, comprenant sur deux ans, les cours de Grammaire générale, de Belles-Lettres ; d'Histoire ; de Législation.

1795. BERNARDY PROFESSEUR À L'ÉCOLE CENTRALE D'INDRE-ET-LOIRE À TOURS.
C'est dans ce cadre général que Jean Philippe Bernardy est chargé, auprès de l'École centrale du département de l'Indre-et-Loire, établie à Tours, de l'enseignement d'Économie et d'Histoire, aux élèves de la troisième section.
L'École installée dans les locaux de l'ancien séminaire de Saint-Charles [aujourd'hui Lycée Descartes], instituée par le décret du 18 germinal an III [7 avril 1795], a ouvert ses portes le 11 messidor an III [29 juin 1795].
Mais quelques mois plus tard, Jean Philippe Bernardy démissionne de sa chaire de professeur d'Histoire à l'École centrale d'Indre-et-Loire le 25 pluviôse an IV [14 février 1796], pour prendre la chaire de Législation à l'École centrale de la Charente [Angoulême].
Il est remplacé, comme professeur d'Histoire à l'École centrale du département de l'Indre-et-Loire, par Lucien Dreux [1756-1827], homme de lettres.

1796. PROFESSEUR À L'ÉCOLE CENTRALE DE LA CHARENTE.
En 1796, Jean Philippe Bernardy est nommé dans la chaire de Législation de l'École centrale de la Charente [Angoulême], école installée dans l'ancienne Abbaye de Beaulieu.
Il débute ses cours dès le 1er frimaire an V [21 novembre 1796].
Ainsi enseigne-t'il, comme précédemment, dans la troisième section de l'École, en s’adressant à des élèves de seize ans et plus.

Les autres enseignants de l'École centrale de la Charente sont :
Pour la première section : l'architecte Silvestre Topin, pour le Dessin ; Jean Baptiste Lefebvre de Villebrune [1732-1809], pour l'Histoire naturelle ; Trelon, pour les Langues anciennes.
Pour la deuxième section : l'abbé Guillaume Roch Létourneau, pour les Mathématiques ; l'abbé Jobit, ancien professeur au collège de Saintes, pour la Physique.
Pour la troisième section : Jean-Baptiste Girard, pour la Grammaire générale ; [Pierre] Joseph Couanne [1759-NNN], ancien professeur à l'Université de Poitiers, pour les Belles-Lettres ; l'écrivain Pierre Tiffon de Saint-Surin [1768-1848], pour l'Histoire ; Jacques Philippe Bernardy [1758-1836], pour la Législation.
Le Bibliothécaire est Latreille.

1799. PROGRAMME D'UN COURS DE LÉGISLATION.
Dans le cadre des exercices publics qui ont lieu chaque année dans toutes les Écoles centrales, Bernardy fait publier, en juin/juillet 1799, le programme de son cours de législation.
Est rapporté dans cette brochure le programme de l'année 1798/1799 ; en bref celui de l'année suivante [« nous discuterons les principes fondamentaux du droit civil »], ainsi qu'une série de questions : sur la Morale, la Législation, le Pacte social, etc. Enfin est donnée la liste des questions auxquelles deux de ses élèves, sous forme de discussion, répondront dans l'exercice public produit devant les autorités locales, exercice qui clôt l'année scolaire.

Programme. Cours de législation. Exercices publics de l'an VII [Angoulême : impr. de F. Trémeau, Imprimeur du département, rue des ci-d. Cordeliers. In-4, 12 p.].
Signé : Bernardy-L'Espinasse.)
Numérisé : Gallica BNF.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57862028

Après la suppression de l'École centrale, en 1804, c'est seulement une école secondaire communale qui est établie à Angoulême. C'est Poitiers qui est choisi pour accueillir le lycée impérial.
Aussi, compte tenu de son « curriculum », Jacques Philippe Bernardy est-il nommé professeur au lycée de Poitiers. Il y est titulaire de la chaire de rhétorique [correspondant à ce qu’on appellerait aujourd’hui une classe de première].

1804. OUVERTURE DU LYCÉE DE POITIERS.
C'est dans la cadre de la loi générale sur l'Instruction publique, du 1er mai 1802, que sont pris successivement, à partir d'octobre 1802, plusieurs arrêtés de Napoléon, Premier Consul, ordonnant l'établissement des lycées, dans une quarantaine de villes des territoires français et occupés.
Le lycée de Poitiers est fondé par le décret du 16 floréal an XI [6 mai 1803]. Par ce décret sont créés dix-huit lycées : Alexandrie ; Amiens ; Angers ; Bourges ; Caen ; Cahors ; Dijon ; Grenoble ; Liège ; Limoges ; Metz ; Montpellier ; Nîmes ; Orléans ; Pau ; Poitiers ; Reims ; Toulouse.
Le lycée de Poitiers est établi le 1er floréal an XII [21 avril 1804]. Son ouverture est organisée par les deux Inspecteurs généraux, Raymond Despaux [1726-1818] et Louis Domairon [1745-1807]. Ouvert le 17 mai 1804, il compte environ deux cents élèves.

LES PREMIERS ENSEIGNEMENTS.
A son ouverture, alors que Louis Brault [1743-1830] est proviseur ; Jean Pierre Bernard [1767-1851], censeur des études ; Jacques Chevallier [1753-après 1813], ancien recteur de l'Université de Poitiers, procureur gérant ; les premiers enseignants sont désignés.
En ordre croissant des classes, pour les mathématiques : Pierre Deméré ; Louis Boubée de Lespin [1778-1857] ; l'abbé Jean Louis Bernardeau [1762-1829], qui sera plus tard professeur de philosophie.
En ordre croissant des classes, pour les lettres : en latin, l’abbé Joseph Ricque [1761-1829], ancien régent du collège Sainte-Marthe ; Odezenne ; Charles Fradin [1769-1846]. Et Jacques Philippe Bernardy pour les Belles-Lettres.
Cette structure d'enseignement fonctionne de 1804/1805 à 1809/1810

PROFESSEUR D'HUMANITÉS AU LYCÉE IMPÉRIAL DE POITIERS.
Entre temps, après décembre 1804, le lycée de Poitiers a pris l'appellation de Lycée Impérial.
A la rentrée scolaire de l'année 1809/1810, comme dans tous les autres lycées, une nouvelle structure d'enseignement est en place.
En ordre croissant des classes, pour les mathématiques : en mathématiques élémentaires, Ganivet-Delisle ; en mathématiques spéciales : Pierre Déméré [1673-NNN] ; non encore nommé en mathématiques transcendantes. Pierre Coulteault [1769-1827] est enseignant en sciences physiques
En ordre croissant des classes, pour les lettres : en grammaire, première année : Beauvais ; non encore nommé en grammaire deuxième année ; en humanités première année : Odezerne ; en humanités deuxième année : Charles Fradin [1769-1846] ; en rhétorique : Jacques Philippe Bernardy [1758-1836].
Enfin en philosophie : Jean Louis Bernardeau [1762-1829].

Ainsi Jacques Philippe Bernardy occupe-t-il au lycée de Poitiers le poste le plus élevé pour l'enseignement strictement littéraire. C'est à ce titre qu'il sera nommé à la Faculté des Lettres.

1809-1815. PROFESSEUR DE LITTÉRATURE À LA FACULTÉ DE POITIERS.
Dans le cadre de l'organisation de l'Université impériale, une Faculté de Lettres est créée à Poitiers, avec, comme dans toutes les Facultés de Lettres, quatre chaires : une chaire de Philosophie, avec l’abbé Eloy de Bellissens [1758-1834] ; une chaire de Littérature latine, avec Charles Creuzé des Chateliers [1764-1846] ; une chaire de Littérature française, avec Jacques Philippe Bernardy [1758-1836] ; une chaire d'Histoire, avec Charles Fradin [1769-1846].

Ainsi en 1809, Jacques Philippe Bernardy est nommé professeur titulaire de Littérature française à la Faculté des Lettres de Poitiers [1809-1815].
Tout en poursuivant son enseignement au lycée impérial [puis collège] de Poitiers, Jacques Philippe Bernardy enseigne « l'éloquence française », dans la chaire de Littérature française, de la création de la chaire jusqu'à la suppression de la Faculté des Lettres, le 31 octobre 1815.

En effet, un arrêté de la Commission royale de l’Instruction publique du 31 octobre 1815, présidée par Pierre Paul Royer-Collard [1763-1845], arrêté confirmé par l’ordonnance royale du 18 janvier 1816, décide de la suppression de Facultés au sein de dix-sept académies : Amiens ; Bordeaux ; Bourges ; Cahors ; Clermont ; Douai ; Grenoble ; Limoges ; Lyon ; Montpellier ; Nancy ; Nîmes ; Orléans ; Pau ; Poitiers ; Rennes ; Rouen.
A Poitiers, la Faculté des Lettres est supprimée ; la Faculté de Droit est maintenue.
La Faculté des Lettres de Poitiers sera rétablie, presque trente ans plus tard, par l’ordonnance royale du 8 octobre 1845.

1815-1824. PROFESSEUR DE RHÉTORIQUE AU COLLÈGE ROYAL DE POITIERS.
Après la suppression de la Faculté des Lettres de Poitiers, en octobre 1815, Jacques Philippe Bernardy poursuit son enseignement comme professeur de rhétorique au collège royal de Poitiers.
A partir de 1820, et jusqu'en 1824, Alphonse Jean Ducasau [1793-1838], ancien élève de l'École normale [1811] jusqu'alors professeur de seconde, « double » l'enseignement de Bernardy en classe de rhétorique.
Jacques Philippe Bernardy est admis à la retraite en 1823. Il est alors âgé de 65 ans.

1817. VUES GÉNÉRALES SUR LE PERFECTIONNEMENT DES ÉTUDES.
En 1817, Bernardy publie : Vues générales et sommaires sur le perfectionnement des études dans les grands établissements d'instruction publique, adressées à Messieurs composant la Commission d'instruction publique [Paris : A. Eymery. In-8, 131 p., 1817].
En 1817, la Commission de l'Instruction publique présidée par Pierre Paul Royer-Collard [1763-1845] est composée de cinq membres : Georges Cuvier [1769-1832], Antoine Isaac Silvestre de Sacy [1758-1838], Philibert Guéneau de Mussy [1776-1834], l'abbé Dominique Éliçagaray [1758-1822]. Claude Bernard Petitot [1792-1825] étant le secrétaire de la Commission.

1823. DUCASAU REMPLACE BERNARDY EN 1823.
Jacques Philippe Bernardy est admis à la retraite en 1823. Il est alors âgé de 65 ans.
Il est remplacé dans la chaire de rhétorique par Alphonse Jean Ducasau [1793-1838], futur inspecteur d'académie à Bordeaux, puis recteur de l'académie de Poitiers [1833-1838].

SOURCE.
C. F. H. Barjavel dans son Dictionnaire historique, biographique et bibliographique du département de Vaucluse [1841], consacre une notice à « Philippe Bernardy ».
Il le fait naître en 1755. Et indique qu'il est le frère cadet du jurisconsulte Joseph de Bernardi [1751-1824].

SITOLOGIE.
Françoise Huguet et Boris Noguès. Les Professeurs des facultés des lettres et des sciences en France au XIXe siècle (1808-1880). juin 2011
La fiche est numérisée.
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