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24 avril 1817. Pastoret préside la séance des quatre Académies Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Le jeudi 24 avril 1817, Emmanuel Pastoret [1755-1840], en tant que Président de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres pour l'année 1817, préside la séance publique annuelle des quatre Académies. Discours de célébration où les convictions intimes de Pastoret, qui dès le début de sa carrière politique a été un partisan de la royauté constitutionnelle, n'ont aucun mal à s'exprimer, en ce temps de la Restauration triomphante.

PASTORET ET L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS.
1.Le 13 décembre 1785, Emmanuel Pastoret, Conseiller à la Cour des aides, qui va avoir trente ans le 24 décembre 1785, est élu associé ordinaire de l'Académie des Inscriptions et belles-lettres, après avoir remporté le prix de l'Académie, proposé à Pâques 1784, sur «L'Influence des loix maritimes de Rhodiens sur la marine des Grecs et des Romains ».

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2.Lorsque les Académies seront supprimées par la loi du 30 août 1793, Pastoret sera élu, le 10 décembre 1795 [19 frimaire an IV], membre résidant dans la Classe des Sciences morales et politiques [deuxième classe] de l’Institut national, dans la section de Science sociale et législation.
Cette section est composée de membres nommés : Pierre Claude François Daunou [1761-1840] ; Jean Jacques Régis de Cambacérès ; et de membres élus Philippe Antoine Merlin de Douai [1754-1838] ; Emmanuel Joseph Pierre Pastoret [1755-1840] ; Jean Philippe Garran-Coulon [1749-1816] ; Pierre Charles Louis Baudin [1748-1799].

3.Exclu, à la suite de la loi de déportation  du 5 septembre 1797, il est à nouveau nommé à l'Institut, lors de la réorganisation de 1803 et nommé dans la Classe d'histoire et de littérature ancienne, sorte d'avatar de l'Académie des Inscriptions reconstituée, ou presque, et qui ne dit pas encore son nom.

4.Enfin l'ordonnance royale du 21 mars 1816 rétablissant les Académies et leur ordre de préséance, liée à leur ancienneté, nomme Emmanuel Pastoret, qui occupe le fauteuil 3. Le fauteuil 1 est occupé par Joseph Dacier [1742-1833] ; le fauteuil 2 est occupé par Marie Gabriel Florent Auguste de Choiseul-Gouffier [1752-1817] ; le fauteuil 4 est occupé par Antoine Isaac Silvestre de Sacy [1758-1838].

5. Désormais Emmanuel Pastoret gardera ce fauteuil jusqu'à sa mort [28 septembre 1840, à Paris, dans sa quatre-vingt cinquième année], même si, vers la fin de sa vie il ne se rend plus quai Conti, à l'Institut.

LA PRÉSIDENCE À DEUX REPRISES.
Emmanuel Pastoret sera Président de l'Académie des inscriptions, à chaque fois pour un an, à deux reprises : une première fois en 1817, une deuxième fois en 1823, en ayant été élu vice-président en 1822.

Il avait été également à deux reprises, en 1806 et en 1812, Président de la Classe d'Histoire et de Littérature ancienne.

LA SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE DES QUATRE ACADÉMIES.
L'ordonnance royale du 21 mars 1816 ayant rétabli les quatre Académies : Académie française, Académie des Inscriptions et belles-lettres, Académie des sciences, Académie des Beaux-Arts, celles-ci reprennent leur fonctionnement.
Il est prévu, qu'une fois par an, une séance publique annuelle les rassemble.
En 1816, c'est le président de l'Académie française, le duc de Richelieu, qui préside la première séance publique commune.
En 1817 , c'est selon l'odre de préséance, le président de l'Académie des Inscriptions qui préside, à savoir Emmanuel Pastoret.
En 1818, le président sera Jean Baptiste Biot, président de l'Académie des Sciences.

PORTÉE POLITIQUE DU DISCOURS.
Ce discours d'usage, indépendamment des formules convenues, est plus politique que littéraire. Le 24 avril est la date anniversaire du 24 avril 1814, où Louis XVIII a débarqué à Calais. Avec le retour des Bourbons le fil de l'histoire est renoué : Henri IV, Louis XIV, Louis XVIII.
Quant à la Charte immortelle elle est la garante des libertés publiques.

LE DISCOURS D'EMMANUEL PASTORET.
« Messieurs,  
Le Roi a voulu que les quatre Académies dont l'Institut se compose tinssent ensemble une séance publique, le jour de sa rentrée dans ses états. C'est la seconde fois que nous venons célébrer cette solennité littéraire. Il y a un an, à cette place où je dois m'étonner d'être assis, au milieu de tant d'hommes plus dignes que moi d'être les interprètes de vos sentimens, à cette place était un ministre dont le nom lié à la fondation des académies se rattachera désormais à leur restauration, et qui n'avait pas besoin de ce double titre pour obtenir à jamais la reconnaissance des amis des lettres. "En unissant les noms d'académies et d'institut, vous disait-il, Sa Majesté a voulu rendre à ce corps illustre son ancienne splendeur, et lui conserver, en même-temps, l'éclat que, sous un nom nouveau, il a jeté dans toute l'Europe." Une communication plus intime est venue, en effet, agrandir et féconder toutes les connaissances humaines. Séparées pour mieux embrasser les objets dans toute leur étendue, elles sont unies par les secours qu'elles se prodiguent, par les rapports mutuels qui naissent d'un but commun, l'utilité des hommes ; noble fédération de toutes les puissances de l'esprit, de tous les travaux de la pensée, de l'imagination, du savoir ; image des sociétés civiles où tous les arts, toutes les forces se réunissent, pour veiller à chaque besoin, pour assurer à chacun la protection de tous. Et ce n'est pas seulement pour la France que ce lieu est formé ; de toutes les parties du monde savant, l'Institut appelle dans son sein les hommes les plus distingués, pour mieux cimenter encore l'union des sciences et des lettres ; les savans étrangers l'implorèrent plus d'une fois, quand, au milieu des malheurs de la guerre, ils voulaient étudier les pays les plus célèbres de l'antiquité. La faible recommandation d'un corps sans puissance publique, sans autre puissance que ses travaux, devenait une égide protectrice dans les mains du pacifique ami des sciences et des arts ; il traversait avec sécurité les camps et les mers, et les armes se taisaient devant lui.  
Mais ce jour ne nous offre pas seulement, Messieurs,  une solennité littéraire ; il est pour nous, pour tous les Français, l'objet d'une grande commémoration nationale. C'est le 24 avril que la terre étrangère rendit enfin à la France le descendant de ce Louis XIV dont le génie et les bienfaits sont ici par-tout présens à notre mémoire et à notre reconnaissance ; le descendant de ce Henri IV dont le nom est au-dessus de toutes les gloires, car quelle gloire égalera jamais celle d'un prince que trente millions d'hommes bénissent chaque jour, depuis l'enfant jusqu'au vieillard, sous le chaume comme au fond d'un palais, qu'ils bénissent depuis deux cents ans, qu'ils béniront dans deux mille ans encore ! Henri trouva les passions en effervescence, il les calma par sa sagesse ; la France affligée par de longues guerres, il lui donna la paix : père et roi de tous les Français, il ne vit dans les services rendus que la patrie qui en avait reçu l'hommage et le bienfait ; il ne se souvint de la gloire acquise, que pour l'honorer, pour la consacrer par son suffrage ; il rapprocha les esprits, concilia les intérêts, oublia les erreurs, pardonna au repentir, crut à la fidélité. Est-ce de Henri IV seul, Messieurs, que je viens de parler ? Heureux le prince qui peut joindre à de semblables bienfaits le moyen de les garantir tous, et qui est devenu, par une charte immortelle, le fondateur de la liberté publique !  
Platon promettait le bonheur aux peuples que gouvernerait un sage, et Marc-Aurèle répetait souvent une maxime qu'il réalisait tous les jours : le voeu de Platon est encore une fois accompli».  

 
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