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1866. L’élection de Victor de Broglie, à l’Académie des Sciences morales et politiques Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Lorsqu’il se présente en 1866 à l’Académie des Sciences morales et politiques, pour devenir membre titulaire de la section de philosophie,  Victor, duc de Broglie [1785-1870] est déjà un familier de l’Institut de France. Il avait été élu membre libre de l’Académie des Sciences morales et politiques [fauteuil 2] le 20 avril 1833, alors qu’il était ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement du maréchal Soult. Et élu à l’Académie française, le 1er mars 1855, au fauteuil 24, en remplacement du comte de Sainte-Aulaire.


1785-1870. VICTOR, DUC DE BROGLIE.

[Achille Charles Léonce] Victor, troisième duc de Broglie.
Né le 29 novembre 1785, à Paris ; mort le 25 janvier 1870, à Paris.

Son père, le prince Charles Louis Victor de Broglie [1756-1794], député de la noblesse de Colmar aux États-généraux, est guillotiné pendant la Révolution française. Sa mère, née Sophie de Rauzan [1764-1828], un moment emprisonnée, se réfugie en Suisse, juqu’à Thermidor, puis s’établit à nouveau en France.
Son oncle Amédée de Broglie [1772-1852], émigré, est maréchal de camp de l’armée des princes. Revenu en France sous le Consulat. Député de 1815 à 1824.
Son fils, Albert de Broglie [1821-1901], ambassadeur et homme politique, également membre de l’Académie française [1862] et de l’Académie des Sciences morales et politiques [1895].

20 AVRIL 1833. ÉLECTION COMME MEMBRE LIBRE.
Victor, duc de Broglie, pair de France [1814] alors ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement du maréchal Soult ; ancien ministre de l’Instruction publique en 1830, est élu membre libre de l’Académie des Sciences morales et politiques [fauteuil 2], le 20 avril 1833.
L’élection des membres libres, au moment de la recréation de l’Académie des Sciences morales et politiques, s’échelonne du 6 avril au 29 juin 1833.
Sont élus, dans l’ordre d’élection et donc des cinq fauteuils : Laurent François Feuillet [1771-1843], bibliothécaire de l’institut, élu le 6 avril 1833, au fauteuil 1 ; l’homme politique Victor, duc de Broglie [1785-1870], élu le 20 avril 1833, au fauteuil 2 ; le jurisconsulte Joseph François Carnot [1752-1835], élu le 4 mai 1833, au fauteuil 3 ; l’économiste et statisticien Benoiston de Châteauneuf [1766-1856], élu le 3 juin 1833, au fauteuil 4 ; Hyacinthe Blondeau [1784-1854], doyen de la Faculté de Droit, élu le 29 juin 1833, au fauteuil 5.

23 JUIN 1866. ÉLECTION COMME MEMBRE TITULAIRE.
Le duc Victor de Broglie, député de 1849 à 1851, qui s’est retiré de la vie politique après le coup d’État du 2 décembre 1851, est ultérieurement élu, le 23 juin 1866, membre titulaire de la section de philosophie [fauteuil 8], au moment de la création d’un nouveau fauteuil    .
Cette élection comme membre titulaire libère son fauteuil de membre libre à Casimir-Périer [1811-1876], homme politique, élu le 16 mars 1867.

MAI 1866. DÉCRET IMPÉRIAL : UN HUITIÈME FAUTEUIL.
En mai 1866, à la suite du décret impérial du 9 mai 1866, le nouveau réglement de l'Institut prévoit que la section de philosophie de l'Académie des Sciences morales et politiques comptera huit membres [au lieu de six antérieurement]. En effet le décret, en son premier article, supprime la section Politique, administration, finances. Ainsi chacune des autres sections voit son nombre de membres porté de six à huit.

23 JUIN 1866. ÉLECTION DANS LA SECTION DE PHILOSOPHIE.
L'élection du nouveau membre de la section de philosophie [fauteuil 8] a lieu le 23 juin 1866.
Au premier rang était placé le duc Victor de Broglie, déjà membre de l’Académie française [1855], qui avait le soutien de V. Cousin, bien que de Broglie fut le candidat du parti monarchiste et religieux, combattu par Sainte-Beuve ; au deuxième rang ex-aequo, Elme Marie Caro [1826-1887], Inspecteur de l’Académie de Paris depuis 1861, qui s’est déjà présenté en mai 1865 ; Albert Lemoine [1824-1874], maître de conférences de philosophie à l’École normale supérieure [1863-1872], qui s’est déjà présenté en mai 1865, et qui ne sera pas élu ultérieurement ; Jean Félix Nourrisson [1825-1899], professeur de logique au lycée Napoléon [aujourd’hui lycée Henri-IV], qui s’est déjà présenté en mai 1865 ; Charles Waddington [1819-1914], professeur de philosophie au lycée Saint-Louis, déjà correspondant de l’Institut depuis 1863, qui s’est déjà présenté en mai 1865, pour être élu membre titulaire.

1866. RÉPARTITION DES SUFFRAGES.
L’effectif total de l’Académie des sciences morales, avec ses cinq sections, est de 35 membres. Le jour de l’élection il y a 32 votants.
Victor de Broglie est élu au premier tour avec 24 suffrages. Elme Marie Caro obtient une voix. Il y a six billets blancs.
On remarquera qu’une majorité de votes s’est concentré en faveur de Victor de Broglie, qui peut être considéré comme un tenant de l’Orléanisme, et par là-même comme un opposant au régime de Napoléon III.
Compte-tenu de l’unique bulletin qui s’est porté sur Elme Marie Caro, l’oppostion à la candidature de Victor de Broglie s’est manifesté par un nombre anormalement élevé de billets blancs, signe de la mauvaise humeur d’une partie de l’Académie au sujet de cette élection.
Aucun des autres candidats n’a recueilli de suffrages.

ÉLECTION DIFFICILE D’ELME MARIE CARO.
Dans cette séance du 23 juin 1866, Elme Marie Caro [1826-1887], Inspecteur de l’Académie de Paris depuis 1861, ancien professeur de philosophie à la Faculté des Lettres de Douai, puis de Paris, ne recueille qu’un bulletin.
Il s’est déjà présenté une première fois, le 6 mai 1865, au fauteuil d’Émile Saisset [1814-1863], décédé le 27 décembre 1863 [fauteuil 1] ; face à Charles Lévêque [1818-1900] et à Étienne Vacherot [1809-1897], à l’historien de la philosophie Jean Félix Nourrisson [1825-1899]  et à Ernest Bersot [1816-1880], alors critique philosophique et littéraire au Journal des Débats, à Albert Lemoine [1824-1874] et Charles Waddington [1819-1914]. Charles Lévêque avait été élu au deuxième tour.
Il se présente une troisième fois le 7 mars 1868, dans la section de philosophie, au fauteuil de Victor Cousin [1792-1867], décédé le 14 janvier 1867 [fauteuil 3], face à Étienne Vacherot [1809-1897] ; à Albert Lemoine [1824-1874] ; à Jean Félix Nourrisson [1825-1899] ; à Charles Mallet [1807-1875]. Étienne Vacherot avait été élu au premier tour.
Il se présente une quatrième fois le 6 février 1869, avec succès, mais dans la section de morale [fauteuil 6], et non dans la section de philosophie, en remplacement de Louis Marie de Cormenin [1788-1868], décédé le 6 mai 1868.
Il sera élu à l’Académie française le 29 janvier 1874.

ÉLECTION DIFFICILE DE JEAN FÉLIX NOURRISSON.
Jean Félix Nourrisson [1825-1899], professeur de logique au lycée Napoléon [aujourd’hui lycée Henri-IV], s’est déjà présenté une première fois le 6 mai 1865, au fauteuil d’Émile Saisset [1814-1863], décédé le 27 décembre 1863 ; face à Charles Lévêque [1818-1900] et à  Étienne Vacherot [1809-1897] ; à Elme Marie Caro [1826-1887] et à l’historien de la philosophie Jean Félix Nourrisson [1825-1899] ; à Ernest Bersot [1816-1880], alors critique philosophique et littéraire au Journal des Débats ; à Albert Lemoine [1824-1874], et à Charles Waddington [1819-1914]. Charles Lévêque avait été élu.
Une deuxième fois, le 23 juin 1866, face à Victor de Broglie [1785-1870], au moment de la création d’un huitième fauteuil.
Une troisième fois, le 7 mars 1868, au fauteuil de Victor Cousin [1792-1867], décédé le 14 janvier 1867, face à Étienne Vacherot [1809-1897], à Elme Marie Caro [1826-1887], à Albert Lemoine [1824-1874], à Jean Félix Nourrisson [1825-1899] ; et à Charles Mallet [1807-1875]. Étienne Vacherot avait été élu.
Une quatrième fois enfin, le 14 mai 1870, en étant élu au premier tour, en remplacement du duc Victor de Broglie [1785-1870], décédé le 25 janvier 1870. Face à Félix Ravaisson [1813-1900] alors Inspecteur général pour l’enseignement supérieur des lettres ; à Albert Lemoine [1824-1874], maître de conférences à l’École normale supérieure.

1866. COMPOSITION DE LA SECTION DE PHILOSOPHIE.
Avec cette élection de Victor de Broglie, la section de philosophie se compose alors de huit membres :
1.Le philosophe Victor Cousin [1792-1867], pair de France [1832], membre de l’Académie française [1830], ancien ministre de l’Instruction publique [1840]. Élu le 27 octobre 1832, au fauteuil 3.
2. Jules Barthélemy Saint-Hilaire [1805-1895], titulaire de la chaire de Philosophie grecque et latine au collège de France [1838-1852], administrateur du collège de France [1848-1852]. Élu le 26 mars 1839, au fauteuil 6.
3. Charles François Marie de Rémusat [1797-1875], de l’Académie française [janvier 1846], député [1831-1848], ancien ministre de l’Intérieur [mars-octobre 1840], dans le second ministère Thiers, proscrit par le coup d’État de 1851, rentre en France en 1852. Élu le 30 avril 1842, au fauteuil 4.
4. Adolphe Franck [1809-1893]. Professeur de philosophie, maître d’oeuvre du Dictionnaire philosophique [1844-1852], enseignant au collège de France, depuis 1854. Élu le 20 janvier 1844, au fauteuil 5.
5. Louis François Lélut [1804-1877]. Médecin de l’hôpital de la Salpêtrière. Député de la Haute-Saône [1848-1863]. Membre du conseil de l’Instruction publique [1852], Inspecteur général de l’enseignement [1854]. Membre de l’académie de médecine [1863]. Élu le 20 janvier 1844, au fauteuil 2.
6. Paul Janet [1823-1899]. Professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Strasbourg [1848-1856], professeur de philosophie au lycée Louis-le-Grand [1857-1863]. Professeur à Faculté des Lettres de Paris [1864]. Élu le 13 février 1864, dans la section de morale, au fauteuil 6 ; transféré de la section de morale à la section de philosophie, au fauteuil 7 nouvellement créé, le 26 mai 1866. 
7. Jean Charles Lévêque [1818-1900]. Professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Nancy [1854]. Professeur de philosophie grecque et latine au collège de France [1861]. Élu le 6 mai 1865.
8. Victor de Broglie [1785-1870]. Élu membre titulaire le 23 juin 1866.

1870. SUCCESSION DE VICTOR DE BROGLIE AUX SCIENCES MORALES.
Après sa mort, le 25 janvier 1870, le duc Victor de Broglie est remplacé comme membre titulaire de la section de philosophie [fauteuil 8], par Jean Nourrisson [1825-1899], élu le 14 mai 1870.

1855. ÉLECTION DE BROGLIE À L’ACADÉMIE FRANÇAISE.
Victor de Broglie est élu à l’Académie française le jeudi 1er mars 1855, au fauteuil 24, en remplaçement de Louis de Beaupoil comte Louis de Sainte-Aulaire [1784-1854], élu le 7 janvier 1841, décédé le 13 novembre 1854.
Il est élu par 26 voix contre 2 pour le poète Émile Deschamps [1791-1871].
Il est reçu le jeudi 3 avril 1856, par Désiré Nisard [1806-1888].
Le 1er mars est la date d’une double élection académique. L’autre élection a lieu pour la succession au fauteuil 30 laissé vacant par le décès de l’écrivain Jacques François Ancelot [1794-1854], décédé le 7 septembre 1854. C’est le poète, romancier, auteur dramatique et essayiste Ernest Legouvé [1807-1903] qui sera élu.

Après sa mort, le 25 janvier 1870, à Paris, Broglie est remplacé à l’Académie française par l’homme politique Prosper Duvergier de Hauranne [1798-1881], élu le 19 mai 1870.

LE PARTI DES DUCS.
Ce qu’il est convenu d’appeler « le  parti des ducs » se constitue avec le duc Étienne Denis Pasquier [1767-1862], pair de France [1821], président de la chambre des Pairs [1830-1848], élu à l’Académie le jeudi 17 février 1842 ; le duc de Noailles [1802-1885], pair de France [1824], élu à l’Académie le jeudi 11 janvier 1849 ; le duc de Broglie [1785-1870], pair de France [1814], élu à l’académie le 1er mars 1855.
Selon la formule d’Antoine, duc de Lévis-Mirepoix, l’expression « parti des ducs » « rassemble les Académiciens qui, avant comme après la Révolution, sont venus du patriciat… De tels élus ont apporté un nom connu avant eux. Ce nom les a aidés ou entravés, selon qu’ils lui ont ajouté ou qu’ils lui ont emprunté… ».

REPÈRES BIOGRAPHIQUES CONCERNANT VICTOR DE BROGLIE.

SOUS L’EMPIRE.
Auditeur au conseil d’État [1809-1810].
Intendant dans les provinces Illyriennes, créées en 1809, par annexion sur des territoires cédés par l’Autriche sur la côte orientale de l’Adriatique.
Attaché aux ambassades de Varsovie et de Vienne.
Participe au Congrès de Prague [1813] comme secrétaire du comte de Narbonne ambassadeur à Vienne.

SOUS LA RESTAURATION.
Est nommé Pair de France, dans la première liste de cent-cinquante  quatre promulguée par Louis XVIII [4 juin 1814].
Conseiller d’État [1817-1823].

SOUS LA MONARCHIE DE JUILLET.
Ministre de l'Intérieur et des Travaux publics, dans le ministère nommé par la Commission municipale de Paris [31 juillet-1er août 1830].
Ministre de l’Instruction publique et des cultes, et Président du conseil d’État, dans le premier ministère de Louis-Philippe. [11 août-2 novembre 1830].
Ministre des Affaires étrangères, dans le premier ministère Soult [11 octobre 1832-1er avril 1834].
Président du Conseil. Ministre des Affaires étrangères [1er mars 1835-22 février 1836].
Ambassadeur à Londres [1847].

SOUS LA DEUXIÈME RÉPUBLIQUE.
Élu député de l’Eure à l’élection législative au suffrage universel du 13 et 14 mai 1849 [13 novembre-2 février 1851]. Siège à droite.

PUBLICATIONS.
Édite en 1818, avec le baron Auguste Louis de Staël-Holstein [1789-1827], l’ouvrage posthume de Mme la baronne de Staël-Holstein : Considérations sur les principaux événements de la Révolution française [Paris : Delaunay. 3 volumes, in-8. 1818]. Réédité en 1820, en 1844, en 1861 ; en 1862 [Paris : Charpentier. 2 volumes in-8].

Publie, en 1830, dans la Revue française : Sur Othello traduit en vers français par M. Alfred de Vigny et sur l'état de l'art dramatique en France en 1830.
Repris en 1852, sous la forme d’un ouvrage [Paris : Didier. In-8, 80 p., 1852].

En 1863, rassemble un grand nombre de ses textes dans Écrits et discours [Paris : Didier. 3 volumes in-8. I. Philosophie et littérature ; II. Discours ; III. Discours et éloges. 1863].

Paraît posthume, en 1870, édité par son fils, Albert de Broglie [1821-1901] : Vues sur le gouvernement de la France [Paris : Michel Lévy. In-8, LXXVI-368 p., 1870]. Réédité, avec la même pagination, en 1872.

Paraît posthume, en 1879, édité par son fils, Albert de Broglie [1821-1901] : Le Libre échange et l'impôt, études d'économie politique, par le feu duc de Broglie [Paris : Calmann-Lévy. In-8, XLIV-430 p., 1879]. Réédité en 1885.

Paraît posthume, en 1886, édité par son fils, Albert de Broglie [1821-1901] : Souvenirs, 1785-1870. [Paris : Calmann-Lévy. In-8, trois tomes, 1886]. 

SOURCE.
Comte de Franqueville, membre de l’Institut. Le Premier Siècle de l’Institut de France, 25 octobre 1795-25 octobre 1895. [Paris :  J. Rothschild.  Deux volumes in-4, 460+484 pp., illustrations, index.1895-1896].

©  JJB 06-2010

 
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