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Victor Cousin et la naissance d'une vocation : anecdote édifiante Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Jules Simon [1814-1896], qui a été longtemps le suppléant de Cousin à la Faculté des Lettres de Paris, attend vingt-ans avant de publier en 1887, dans la collection Les grands écrivains français, un Victor Cousin [Paris : Hachette. In-8, 186 p., 1887].

Après la mort de Victor Cousin, le 14 janvier 1867, plusieurs ouvrages biographiques paraissent.
C'est dans le chapitre premier, consacré à la biographie du philosophe, qu'il rapporte l'anecdote édifiante, vraie ou fausse, concernant un événement déterminant de la vie du grand homme.

COUSIN AU SECOURS DE VIGUIER.

« Au commencement d’octobre de l’année 1803, à quatre heures et demie du soir, les enfants sortaient tumultueusement du lycée Charlemagne et poursuivaient à grands cris un de leurs camarades revêtu d’une houppelande qui, à leurs yeux du moins, le rendait fort ridicule. C’était Épagomène Viguier, que j’ai connu depuis professeur de grec et directeur des études à l’Ecole normale, le plus doux, le plus savant et le plus gauche des hommes. Il n’était alors que le plus doux et le plus gauche des écoliers. Au lieu de résister et de se défendre, il pleurait à chaudes larmes. Plus il pleurait, plus on le houspillait. Il était donc bousculé, poussé, frappé, quand un gamin de onze ans, qui jouait dans le ruisseau, se jeta au milieu de la mêlée et dispersa la bande des persécuteurs en administrant aux plus acharnés une volée de coups de poing. Mme Viguier fut informée le soir même de cet acte d’héroïsme. Elle apprit que le jeune vainqueur appartenait à une famille d’ouvriers, que par pur hasard il savait lire et écrire, et qu’il vagabondait toute la journée en attendant le moment d’entrer en apprentissage. Elle déclara qu’elle se chargeait des frais de son instruction. Il entra au lycée Charlemagne, marcha à pas de géant, faisant deux classes chaque année et raflant tous les prix du concours général. Sans cette volée de coups de poing administrée à propos, nous en serions peut-être en France à l’amusante et spirituelle philosophie de La Romiguière ».

EPAGOMENE VIGUIER ET SES ETUDES.

Viguier. [1793-1867] est né le 19 octobre 1793, à Paris. Mort le 11 octobre 1867, à Précy sur Oise [Oise].
Après des études au lycée Charlemagne, où il est le condisciple de V. Cousin, un an plus jeune, iI est nommé, sans concours, élève à l’École normale [1811] où il effectue selon l'usage de l'époque, une scolarité de deux ans.
Il devient docteur ès-lettres [Paris, 28 juillet 1814] avec une thèse de Belles-lettres, littérature ancienne et moderne : Du Principe et de l'esprit des lois du goût appliquées à la littérature [Paris : impr. Fain, in-4, 64 p., 1814]. Une dissertation philosophique, en latin, a été soutenue l'année précédente : De praecipuis errorum causis [Paris : in-4, 23 p., 1813].

EPAGOMENE VIGUIER ET SA CARRIERE D'ENSEIGNANT.

Professeur de grec, il enseigne, comme professeur-suppléant, en sixième, en tant qu'agrégé, et en cinquième au collège Charlemagne. Est nommé, avec Jean Louis Larauza [1793-1825] et Charles Loyson [1791-1819], Maître de conférences de Littérature à l'École normale de 1815 à 1822 [date de la suppression de l'École : ordonnance royale de Louis XVIII, contresignée par Jacques, comte de Corbière, [1766-1853] ministre secrétaire d’état au département de l’Intérieur, dans le ministère Villèle, alors que Mgr. Denis Frayssinous [1765-1841] est Grand-Maître de l’Université.
Sa carrière d'enseignant étant interrompue, Viguier se tourne vers le journalisme et collabore sans doute au journal Le Globe, organe du parti libéral, fondé en septembre 1824 par son ami Paul François Dubois, lui aussi ancien élève de l'École normale [1812].

EPAGOMENE VIGUIER ET SES COLLABORATIONS AVEC VICTOR COUSIN.

Victor Cousin lui dédie, en 1822 le premier volume de sa traduction des Œuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840], à laquelle Viguier a sans doute participé.A la même époque Viguier, prête à V. Cousin sa maison de campagne à Auteuil dans laquelle V. Cousin se retire avec Santarosa, recherché par la police française, dans les premiers mois de l’année 1822.Quelques années plus tard, comme le signale l'historien Jules Michelet, Viguier participe aussi à la traduction de la quatrième édition allemande du Manuel de philosophie de Wilhelm Gottlieb Tennemann [1825] entreprise par V. Cousin et qui aboutit à la parution du Manuel de l’histoire de la philosophie, traduit de l'allemand de Tennemann par V. Cousin, Professeur à la Faculté des lettres de l'Académie de Paris. [Paris, Pichon et Didier ; Sautelet et Cie, 14 rue de Richelieu, deux volumes, in-8, XXVII-392+426 pp., 1829]. En 1836, enfin, il participera au voyage de V. Cousin en Hollande, effectué en septembre-octobre 1836.

EPAGOMENE VIGUIER ET SES FONCTIONS ADMINISTRATIVES.

En 1830, après la Révolution de Juillet, Viguier, connu pour ses opinions orléanistes, est nommé inspecteur de l'Académie de Paris en 1830 [1830-1835]. A ce titre il participe en 1835, auprès de V. Cousin, au jury d'agrégation de philosophie.Dès 1833, il est associé à des tournées d'inspection générale. Directeur des études à l'École normale [1835-1838], où il est nommé le 14 septembre 1835, à l'initiative de V. Cousin qui a rétabli le poste de directeur des études que Guigniaut, après Gibon, avait été le dernier à occuper de 1829 à 1830, avec le titre d’Inspecteur général des études. En même temps Viguier assure une maîtrise de conférences de langue et littérature grecques de 1835 à 1839.Viguier est nommé inspecteur général adjoint [29 novembre 1837], puis inspecteur général des études [17 mai 1839].
En mai 1846 [22 et 29 mai], Viguier lit un Mémoire à l'Académie des Sciences, belles-lettres et art de Rouen. Ce texte fait l'objet d'un article paru dans la Revue de Rouen et de la Normandie, puis d'un ouvrage paru en 1846 : Anecdotes littéraires sur Pierre Corneille, ou Examen de quelques plagiats qui lui sont généralement imputés par ses divers commentateurs, en particulier par Voltaire. [Rouen : imper. de A. Péron, in-8, 71 p., 1846].
En septembre 1848, au lendemain des journées de juin, son emploi est supprimé par le ministre Achille Vaulabelle, ministre de l’Instruction publique et des cultes du 5 juillet au 13 octobre 1848. Mais en décembre 1849, sans retrouver sa fonction, il est nommé conseiller ordinaire de l'Université par le nouveau ministre de Falloux, ministre du 20 décembre 1848 au 14 septembre 1849.

AUTRES PUBLICATIONS DE VIGUIER.

Édite, de Jean-Louis Larauza, ancien élève de l'École normale [1811, donc de la même promotion que Viguier], mort en 1825, Histoire critique du passage des Alpes par Hannibal, dans laquelle on détermine la route qu'il suivit depuis les frontières de l'Espagne jusqu'à Turin [Paris. in-8, 1826]. Il y rédige une notice signée V. Après la mort [1867] Des Fragments et correspondance d’Épagomène Viguier sont édités en 1875 [Paris : Hachette, in-8, 282 p., 1875]. Contient trois articles biographiques, par Sainte-Beuve, Alfred Jean François Mézières [reprise de l'article paru dans Le Temps du 21 octobre 1867], Henri Patin.

REFERENCES.

I. Havelange, F. Huguet, B. Lebedeff, Les Inspecteurs généraux de l'Instruction publique, dictionnaire biographique 1802-1914, Paris : Inrp, Cnrs, 1986.
Annuaire des Anciens élèves de l'Ecole normale : 1868, pages 11-13. Réédité dans Mémorial 239-241.

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