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Le philosophe, concierge des catacombes philosophiques Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
La définition du philosophe, comme « ami de la sagesse » est convenue. Il en est d’autres qui sont parfois plus polémiques. Telle est celle que donne Jean Baptiste Maugras [1762-1830], en 1827, à l’occasion de son cours d’ouverture, dans la chaire d’Histoire de la Philosophie ancienne, qu’il prononce en 1827, à la Faculté des lettres de Paris.

Le philosophe, dit Maugras, est «le grave concierge des catacombes philosophiques, lisant quelques épitaphes sur les tombeaux de Zénon, Epicure ou autres».

Le journal Le Lycée [tome 1, 1827-1828] rend compte, dans une chronique en demi-teinte, de la première leçon de ce professeur, bien éloignée de l’enthousiasme des enseignements de Victor Cousin.

« Telle n’est pas la disposition d’âme avec laquelle M. Maugras a ouvert le cours qu’il est chargé de faire, en remplacement de M. Millon, sur l’Histoire de la Philosophie ancienne. Il serait difficile de trouver un professeur qui eût moins de bienveillance pour l’objet de son enseignement. Il annonce que les philosophes n’ont jamais découvert de vérités ; que dans les sciences physiques on parle bien des découvertes de Newton, de Kepler, etc … ; mais que dans la philosophie générale (c’est spéciale qu’il aurait fallu dire selon nous) on ne parle que des erreurs de Platon ou d’Aristote ; qu’en conséquence, s’il ne mêlait pas, à ses leçons sur les philosophes anciens, quelques rapprochements des philosophes français, il ne serait que le grave concierge des catacombes philosophiques, lisant quelques épitaphes sur les tombeaux de Zénon, Epicure ou autres.

Mais, après avoir donné quelques éloges à la méthode cartésienne, et cité avec admiration les noms d’Arnaud, Malebranche, Fénélon, Bossuet, Pascal, le professeur a fait entendre qu’il n’attachait pas une grande importance même aux découvertes des modernes, en repétant, d’après Locke, que tout ce qu’on a découvert en philosophie depuis deux mille ans tiendrait dans une coque de noix.

Les philosophes étrangers n’ont pas non plus trouvé grâce aux yeux du maître. Il leur a au contraire opposé Descartes, et a dit qu’il avait des sentimens trop véritablement français pour ne pas voir avec plaisir que Descartes le premier avait donné l’évidence pour sceptre au trône ontologique, et que nous l’emportions aussi en métaphysique sur les autres nations, qui doivent déjà nous le céder sous le rapport des sciences, des arts et des lettres.

M. Maugras a déclaré que la mission du professeur de philosophie était éminemment contentieuse, c’est-à-dire qu’elle consistait à lire les opinions contradictoires des philosophes, et à se promener dans ce vaste lazaret des maladies intellectuelles ; qu’en conséquence, son cours serait une clinique philosophique ; mais que cependant cette dernière comparaison était plus amusante qu’exacte, parce que les malades ordinaires se sentent malades et écoutent le médecin ; tandis que les philosophes sont des malades qui ignorent leurs maladies, et qui veulent encore guérir les autres.

Nous avons remarqué dans la leçon de M. Maugras certaines phrases sur des prophètes fallacieux et magnifiques, qui, d’un ton solennel et emphatique, annonçaient comme possible la découverte de quelque vérité nouvelle en philosophie, et auxquels il recommandait de se garder de l’enthousiasme. Il nous est absolument impossible de deviner à qui M. le professeur voulait faire allusion. Ce ne peut être à son paisible collègue, M. de Cardaillac, dont la modestie et le sang-froid égalent le bon sens. L’autre chaire de philosophie est muette depuis six ans, et d’ailleurs nous ne pouvons voir dans les deux professeurs qui l’ont successivement occupée, personne qui mérite les épithètes d’emphatique. Nous ne voyons pas non plus parmi les nouveaux ouvrages publiés, soit à l’étranger, soit en France, aucun livre qui ait pu causer ce brûlant plaidoyer contre l’enthousiasme et les prophètes, qui a rempli la moitié de la leçon. Nous oserons reprocher à M. le professeur, qui blâme avec raison l’obscurité, d’avoir été au moins obscur en ce point ». et de fallacieux

 
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