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La mort du philosophe et homme politique Royer-Collard, 1845 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Le journaliste et homme politique, légitimiste modéré, Charles de Lacombe [1832-1904] publie en 1863 un ouvrage intitulé Royer-Collard**. Dans ce livre, où il dresse un portrait incomplet, mais flatteur, de Pierre Paul Royer-Collard [1763-1845] Charles de Lacombe, cite les propos de Prosper de Barante [1782-1866] rapportant les derniers moments de l’homme politique et philosophe, chef de file des Doctrinaires.

Pierre Paul Royer-Collard meurt, dans sa propriété de Châteauvieux, le 4 septembre 1845. 

** Royer-Collard, Paris, Charles Douniol, libraire-éditeur. 29, rue de Tournon. In-8, 48 p., 1863

L’AUTEUR : CHARLES DE LACOMBE.

Charles [Mercier] de Lacombe [1832-1904].

Né le 25 septembre 1832, à Paris ; mort le 28 février 1904, à Paris.

Après des études au collège Stanislas, s’intéresse à la littérature.

Proche de l’avocat et homme politique légitimiste Pierre Antoine Berryer [1790-1868], mène une carrière journalistique, comme rédacteur à la Gazette de France, et au Correspondant.

Échoue comme candidat indépendant au Conseil général de Haute-Loire, en 1867.

Est élu, le 8 février 1871, député à l’Assemblée nationale, de 1871 jusqu’au 7 mars  1876. Monarchiste orléaniste, il siège au centre-droit.

OUVRAGES DE CHARLES DE LACOMBE.

Charles de Lacombe publie divers ouvrages en rapport avec l’histoire politique :

Henri-IV et sa politique, par Charles Mercier de Lacombe. [Paris : Didier. XXVI-518 p. In-8, 1861]. Obtient le second prix Gobert de l’Académie française en 1881. Réédité en 1877 [Paris : Didier. In-8, 472 p., 1877].

Royer-Collard [Paris : Charles Douniol, libraire-éditeur. 29, rue de Tournon. In-8, 48 p., 1863].

Publié initialement sous forme d’articles dans le journal le Correspondant.

Le comte de Serre. Sa vie, son temps. Par Charles Lacombe [Paris : Librairie académique Didier et Cie, éditeurs. Deux volumes. In-8, 1881].

Vie de Berryer, d’après des documents inédits [Paris : Firmin-Didot. Trois volumes. [1894-1895]. Tome 1. La Jeunesse de Berryer, 1894 ; tome 2. Berryer et la Monarchie de Juillet, 1895 ; tome 3. Berryer sous la République et le second Empire, 1895.

Publié posthume.

Journal politique de Charles Lacombe, député à l’Assemblée nationale. Publié par la Société d’histoire contemporaine n° 36, n°39, par A. Héliot. [Paris : A. Picard et fils. Deux volumes in-8. Portrait. 1907].

ROYER-COLLARD.

Né le 21 juin 1763, à Sompuis [aujourd’hui département de la Marne] ; mort le 4 septembre 1845, à Châteauvieux [Eure et Loir].

L’essentiel de la carrière de Pierre Paul Royer-Collard [1763-1845] est politique.

1.ROYER-COLLARD ÉLU AU CONSEIL DES CINQ-CENTS.

Après thermidor, Royer-Collard est élu député de la Marne au Conseil des Cinq-Cents, à 34 ans, comme royaliste, son mandat s’exerce du 9 avril 1797 [23 germinal an V] au 4 septembre 1797 [18 fructidor an V]. Mais à la suite du coup d’État du 18 fructidor dirigée contre les royalistes son élection est annulée, comme c’est le cas dans quarante neuf autres départements.

2. ROYER-COLLARD MEMBRE DU CONSEIL SECRET.

Royer-Collard, après avoir créé un groupe de personnalités politiques très favorables à la cause royaliste, avec Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy [1755-1849] ancien député au Conseil des Cinq-Cents, futur membre de l’Institut ; Camille Jordan [1771-1821] ancien député au Conseil des Cinq-Cents ; Jacques Joseph Guillaume Pierre Corbière [1767-1853], ancien député au Conseil des Cinq-Cents, futur ministre de l’Intérieur ; devient membre du conseil secret formé, le 21 février 1800, à Paris autour du comte de Provence en exil à Varsovie, frère de Louis XVI et futur Louis XVIII.

3. ROYER-COLLARD DÉPUTÉ DE 1815 À 1842.

Puis à dater du 22 août 1815 il est élu sans interruption jusqu’au 12 juin 1842, comme député de la Marne tantôt dans l’opposition constitutionnelle, tantôt dans la majorité ministérielle, ou encore dans le groupe libéral ou la majorité conservatrice.

Il est Président de l’Assemblée du 25 février 1828 au 16 mai 1830.

4. ROYER-COLLARD DOCTRINAIRE.

Politiquement il apparaît, à partir de 1817, comme le principal responsable du groupe des Doctrinaires composé initialement du comte Hercule de Serre [1776-1824], de Pierre-Paul Royer Collard [1763-1845], de Camille Jordan [1771-1821].

Après 1820, de Serre ayant quitté le groupe pour soutenir le duc de Richelieu et pris des mesures hostile à l’égard de ses anciens amis, les doctrinaires forment un groupe constitué de François Guizot [1787-1874], Camille Jordan [1771-1821], qui meurt en 1821, Pierre-Paul Royer-Collard [1763-1845], Prosper de Barante [1782-1866], le duc de Broglie [1785-1870], Charles de Rémusat [1797-1875], Auguste de Staël [1790-1827].

Vers 1830 le groupe s’élargit. On y joint généralement l'homme politique Prosper Duvergier de Hauranne [1798-1881], le juriste et économiste Pellegrino Rossi [1787-1848] que Guizot fait venir de Genève en 1833.

S'y agrègent des universitaires, comme Victor Cousin (1792-1867) et son élève de la première heure, Jean-Philibert Damiron (1794-1862), qui sont favorables à la Charte.

5. ROYER-COLLARD PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE.

Royer-Collard, en remplacement de Pierre Pastoret [1755-1840] nommé au Sénat en décembre 1809, est désigné, le 24 octobre 1810, par Louis de Fontanes [1757-1821], Grand-maître de l’Université, à la fois comme doyen de la Faculté des lettres [ce qui lui donne un logement de haut fonctionnaire] et comme professeur dans la chaire d’Histoire de la philosophie. Il commencera son cours l'année suivante, en décembre 1811.

Il restera titulaire de son poste de professeur jusqu’à sa mort, le 4 septembre 1845. Royer-Collard sera remplacé par Jean Philibert Damiron [1794-1862], titulaire de la chaire du 9 décembre 1845 à 1852.

6. ROYER-COLLARD À L’ACADÉMIE FRANÇAISE.

Pierre Paul Royer-Collard est élu membre de l'Académie française, au fauteuil 8, le jeudi 19 avril 1827, par un vote unanime, en remplacement du mathématicien Pierre Simon de Laplace [1749-1827], décédé le 5 mars 1827.

Après sa mort, Royer-Collard, est remplacé par l’écrivain et homme politique Charles de Rémusat [1797-1875], ancien ministre de l’Intérieur dans le second ministère Thiers [mars-octobre 1840], élu le jeudi 8 janvier 1846.

LA MORT DE ROYER-COLLARD RAPPORTÉE PAR LACOMBE.

« Avec le même sang-froid qui avait en tant de conjonctures signalé son courage, [Royer-Collard] pressentit et détermina en quelque sorte l'heure de sa mort. Un jour, c'était en 1845, on le vit arriver à sa terre de Châteauvieux, au milieu d'une foule immense accourue pour le recevoir : Je viens mourir, dit-il au curé ; j'ai pris mes précautions avant de partir : j'ai mis ma conscience en bon ordre, en entreprenant ce voyage dans l'état de santé où je suis, je savais très-bien ce que je faisais . 

Dès le lendemain, en effet, la maladie se déclarait ; elle prenait aussitôt un caractère désespéré. M. et madame Andral partirent en toute hâte pour aller le rejoindre. Leur fils, Paul Andral, de qui le beau talent et le noble caractère devaient se déployer sous nos regards, les accompagnait. 

Laissons maintenant parler M. de Barante ; laissons-le nous raconter les derniers moments de Royer-Collard. Il met à les peindre un style si vrai, si naturel, si expressif, qu'on ne résiste pas à l'émotion ; il semble qu'on assiste soi-même à ces scènes admirables. 

« M. Andral monta dans la chambre du malade : Monsieur, lui dit M. Royer, je vais mourir et je tâche de m'y préparer. Je veux être administré et recevoir le saint viatique, pendant que Dieu me laisse encore la liberté de ma pensée et la complète disposition de moi-même. Les traditions de ma famille m'ont appris que l'esprit de la Religion est de ne pas attendre la dernière heure, mais de s'y préparer, aussitôt que le danger se montre, en recevant l'extrême-onction. Je désire recevoir aussitôt après le saint viatique. Suis-je en danger de mort, quoique le moment ne paraisse pas encore devoir être très-prochain ? M. Andral gardait le silence. Après un instant, M. Royer ajouta : Monsieur, c'est une réponse sérieuse que je vous demande ; je suis préparé à tout. Que la volonté de Dieu s'accomplisse. 

À cette interpellation faite d'un ton d'autorité imposante, mais calme, M. Andral vit bien qu'il ne pouvait se taire.

- Monsieur, si aucun accident ne survient, nous pouvons espérer que Dieu vous réserve des jours dont lui seul connaît le nombre ; mais lui seul sait les suites que pourrait avoir un accident. 

- C'est bien, reprit M. Royer, et il ajouta avec le même calme : Est-il probable qu'en employant la journée de demain à me préparer, j'aurai autant de force après-demain à cinq heures du matin ?

- M. Andral répondit que si les vomissements s'éloignaient, il y avait lieu d'espérer que les forces se relèveraient. M. Royer ajouta : - Ne dites pas le moment à ma fille, que j'ai laissée si affaiblie.

Lorsque madame Andral fut admise dans la chambre, il la reçut avec tendresse et s'entretint longtemps avec elle ; mais il lui fallait souvent s'interrompre ; des intervalles de silence étaient nécessaires pour ne pas provoquer les spasmes et les vomissements. 

Le surlendemain, à cinq heures du matin, M. Royer reçut les sacrements ; il n'avait pas voulu que madame Royer et madame Andral fussent présentes. Il craignait leur émotion. Son petit-fils, Paul Andral, assistait seul à cette triste cérémonie. Il accomplit ce dernier devoir avec un grand sentiment de piété, répondant lui-même à toutes les prières, ainsi que son petit-fils, à qui il donna sa bénédiction. Soyez chrétien, lui dit-il ; ce n'est pas assez, soyez catholique. Il n'y a de solide dans ce monde que les idées religieuses : ne les abandonnez jamais, ou, si vous en sortez, rentrez-y.

Il demanda au curé de réciter les prières des agonisants : Il ne faut pas, dit-il, trop attendre pour méditer ces belles prières. Je veux les repasser sans cesse en moi-même et m'en pénétrer. 

Après un long intervalle de repos et de recueillement, il demanda sa fille. Elle le trouva si calme et sans souffrance qu'elle eut un instant d'espérance. La journée se passa ainsi. M.Andral s'en applaudissait, mais avec réserve et sans sécurité… 

Vers le milieu de la nuit, M. Royer-Collard fut pris d'une défaillance ; le matin, les grandes souffrances avaient reparu. Elles ne parvinrent pas à lui arracher une plainte. Toujours maître de lui-même, il se faisait répéter, encore une fois, les prières des agonisants, les suivant avec une attention que ne troublait aucune angoisse, s'arrêtant aux passages dont il était touché, implorant du ciel, non pas le soulagement de ses douleurs, mais la force de les supporter avec patience, répondant au curé qui lui demandait une bénédiction pour l'assistance en pleurs, agenouillée dans sa chambre : Ce n'est pas à moi de donner une bénédiction ; c'est moi qui demande la bénédiction de Dieu ! et, les lèvres collées sur un crucifix qui avait appartenu à sa mère et qui avait reçu le dernier soupir de sa fille, faisant paisiblement son entrée dans ces régions éternelles que son âme, depuis plusieurs années, avait pris coutume de contempler. 

La fin d'un grand chrétien couronnait dignement la vie d'un grand citoyen ».

 
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