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L'éclectisme de Cousin et l'unité des contraires chez Hegel Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
A la suite de sa première rencontre avec Georg Wilhelm Friedrich Hegel [1770-1831], à Heidelberg, en septembre 1817, le jeune Victor Cousin [1792-1867] revient d'Allemagne enthousiaste : « J'avais, dit-il, trouvé l'homme qui me convenait ». Auguste Ott [1814-1903] montre pourtant, un des premiers, que l'éclectisme de Cousin n'est qu'un hégélianisme affadi.

Auguste Ott [1814-1903], avocat strasbourgeois, est tout à la fois un historien, un journaliste, un économiste inspiré par les valeurs chrétiennes, mais aussi un historien de la philosophie et un philosophe.

Comme historien, il est l'auteur d'un Manuel d'histoire universelle [1840-1842] ; l'éditeur, avec Jules Bastide et Sain de Boislecomte, de la deuxième édition de sept  volumes de l'Histoire parlementaire de la Révolution française, de P. J. B. Buchez et P. C. Roux [-Lavergne], qui  comptait quarante volumes dans la première édition de 1834-1838 [1846] ; de L' Inde et la Chine [1860] ; de L' Asie occidentale et l'Égypte [1863].

Après avoir collaboré au second Européen, Auguste Ott dirige, en 1847 jusqu'en juin 1848, la Revue nationale, inspirée par Buchez, où il écrit de nombreux articles politiques et économiques. Collaborent au journal Henri Feugueray, le docteur Hubert-Valleroux, Émile Jay, Marius Rampal.

Disciple du penseur démocrate-chrétien Philippe Joseph Benjamin Buchez [1796-1865], Auguste Ott est l'auteur d'un Dictionnaire des sciences politiques et sociales, en trois volumes [1845, réédité en 1855-1866, comme faisant partie de l'Encyclopédie théologique éditée par Migne, et en 1973]  ; d'un Traité d'économie sociale, ou l'économie politique coordonnée au point de vue du progrès [1851 ; réédité en 1892, en deux volumes], d'un ouvrage sur Le Droit des gens moderne de l'Europe [1821 dans sa première édition allemande, en français 1861, réédité en 1874] et, avec le médecin et physiologue Laurent Cerise [1807-1866], l'éditeur du Traité de politique et de science sociale de P. J. B. Buchez, en deux volumes [1866], l'année qui suit la mort de Buchez.

Mais c'est aussi un philosophe, qui a contribué à faire connaître en France la philosophie de Hegel, en publiant en 1844 : Hegel et la philosophie allemande, ou Exposé et examen critique des principaux systèmes de la philosophie allemande depuis Kant, et spécialement celui de Hegel, par A. Ott, docteur en droit [Paris : Joubert, libraire de la Cour de cassation. Rue des Grès, 11 ; et place Dauphine, 29. In-8, XII-544 p., 1844]. Avec un Avant-Propos, à la fin duquel il indique son appartenance à l'école de Buchez.

En 1873, il publie : De la Raison. Recherches sur la nature et l'origine des idées morales et scientifiques, par A. Ott [Paris : Sandoz et Fischbacher. 33 rue de Seine et rue des Saints-Pères. In-8, 592 p., 1873].

Enfin, en 1883 : Critique de l'idéalisme et du criticisme par A. Ott [Paris : librairie Fischbacher, société anonyme, 33 rue de Seine. In-8, 415 p., 1883].

AUGUSTE OTT ET LA PHILOSOPHIE HÉGELIENNE.
L'ouvrage de Ott sur Hegel est considéré comme, chronologiquement, un des premiers consacré à l'exposé systématique de la philosophie de Hegel.

Ainsi, en mars 1845, lorsque Charles de Rémusat [1797-1875], dans son Rapport à l'Académie des Sciences morales et politiques sur l'Examen critique de la philosophie allemande, donne une bibliographie, en langue française, concernant Hegel, il cite un article d'Amédée Prévost paru en juillet 1834 dans la Revue du Progrès social, recueil mensuel, politique, philosophique et littéraire publié par Jules Lechevalier Saint-André [sans doute son article intitulé : Philosophie allemande. M. Ancillon]  ; des articles de Joseph Willm, dans la Revue germanique, en 1835-1837 ; et comme ouvrage seulement celui d'Auguste Ott :  Hegel et la philosophie allemande, paru en 1844, chez Joubert.
Ce n'est que plus tard, en 1846-1849 que paraîtra de Joseph Willm [1792-1853], lauréat du Concours sur la Philosophie allemande : Histoire de la philosophie allemande depuis Kant jusqu'à Hegel [Paris : Librairie philosophique de Ladrange. in-8, 4 tomes, 1846-1849].

AUGUSTE OTT ET LA CRITIQUE DE L'ÉCLECTISME DE VICTOR COUSIN.
C'est dans son ouvrage : Hegel et la philosophie allemande, ou Exposé et examen critique des principaux systèmes de la philosophie allemande depuis Kant, et spécialement celui de Hegel, publié en 1844, qu' Auguste Ott, au détour d'un chapitre [pages 134-136], montre que l'éclectisme de Cousin trouve sa source dans la façon dont Hegel envisage l'histoire de la philosophie.
Mais l'éclectisme de Cousin [chaque doctrine a du bon, et du mauvais] n'est que l'expression affadie de la vision dialectique de Hegel.

LE TEXTE D'AUGUSTE OTT.
Les intertitres entre crochets n'appartiennent pas au texte de Ott, ils visent uniquement à faciliter la lecture de cet extrait.

[HEGEL ET L'UNITÉ DES CONTRAIRES].
« Il nous reste à dire quelques mots de l'histoire de la philosophie, suivant Hegel. C'est sur cette partie de son système que se fonde l'éclectisme français. Pour Hegel chaque système philosophique est un moment de l'Idée absolue ; mais un moment isolé et présenté comme étant la réalité complète. Chaque système est donc vrai, mais en partie seulement ; la vérité complète est dans l'ensemble de  tous les systèmes, dans la philosophie proprement dite, celle de Hegel. Ainsi, par exemple, la logique fait voir que l'être pur est l'absolu sous un certain rapport ; à ce moment de l'Idée correspond l'école éléate qui nie tout, sinon l'être ; la logique fait voir que l'être est identique au rien ; à ce moment répond la doctrine des Boudhistes pour lesquels Dieu est le néant ; c'est ainsi que le système des monades répond à la quantité discrète ; le matérialisme du dix-huitième siècle, à la succession incessante des causes et des effets. Tous ces systèmes sont vrais, mais ils n'ont qu'un côté de la vérité ; le droit du contraire n'y est pas reconnu ; la philosophie absolue a pour but de démonter l'unité de ces contraires.

[COUSIN PART DE L'IDÉE DE HEGEL].
On voit que M. Cousin est parti de / l'idée de Hegel, mais il l'a arrangé à sa façon. Suivant M. Cousin, toute doctrine contient du vrai et du faux, il ne s'agit que d'y discerner le vrai, d'en retrancher le faux, et de bâtir un système entier avec les matériaux ainsi rassemblés. Cet arrangement, il faut le dire, ôte toute son originalité à la pensée de Hegel. Pour lui le grand problème philosophique était d'établir l'identité de la contradiction. C'est cette idée fondamentale de l'éclectisme hégélien que M. Cousin a négligé de transporter dans le sien. Le sentiment pratique est trop profond en France, pour qu'on puisse lui présenter aussi crûment la contradiction érigée en système.

[L'ÉCLECTISME DE COUSIN DÉNATURE HEGEL].
Tous les emprunts que l'éclectisme a faits à Hegel sont dénaturés de la même manière. Ainsi l'on trouve dans l'éclectisme une raison éternelle, absolue, impersonnelle ; c'est bien l'Idée absolue de Hegel ; mais cette Idée absolue n'est plus un résultat de la méthode, elle n'est plus la pensée se comprenant elle-même ; l'identité en elle de l'homme avec Dieu n'y est présentée que timidement et cachée sous un flot de paroles pompeuses. Le Dieu de M. Cousin semble bien être le même que celui de Hegel ; mais on chercherait vainement à la prouver : les formes rhétoriciennes du philosophe français s'appliquent à toute espèce de panthéisme. Toute la logique de Hegel est remplacé dans M. Cousin par l'idée du fini, de l'infini et de leur rapport. Lorsque M. Cousin / dit qu'une dialectique habile fait rentrer tous les rapports métaphysiques dans celui-ci, c'est sans doute de la dialectique de Hegel qu'il entend parler ; mais nous ferons observer que pour Hegel le fini et l'infini sont des catégories très inférieures, des catégories de l'être abstrait, et que sa dialectique, qui consiste à unir les contradictions ne se retrouve nullement dans M. Cousin. L'éclectisme a, en outre, fait abstraction de toute la partie psychologique de la doctrine hégélienne, partie si essentielle pourtant, et s'est tenue à Reid sous ce rapport. La méthode de Hegel devenait donc inapplicable.

[LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE DE COUSIN CALQUE HEGEL].
La seule partie qui en ait été calquée à peu près littéralement est la philosophie de l'histoire et la conclusion politique du temps actuel. Hegel aussi voyait dans le système établi en Europe, à la suite de la chute de Napoléon, la conciliation des éléments opposés et le commencement de la réalisation de l'Idée.

© JJB, 10-2011

 
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