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Auguste Daunas [1814-1850], un normalien spécialiste de Plotin Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Dans une carrière, relativement brève, Auguste Daunas inscrit son nom dans l'histoire de la philosophie, grâce à sa thèse française, rédigée en 1848, ayant pour titre : Études sur le mysticisme. Plotin et sa doctrine, publiée à compte d'auteur. Cette thèse est rééditée plus de cent-trente ans plus tard par l'éditeur allemand Scientia Verlag.


La carrière d'Auguste Daunas, né le 14 mai 1814, à Beaune [Côte d’Or], sans être brillante, est somme toute assez classique : d'abord l'École normale [1836], puis l'agrégation de philosophie [1840] enfin le doctorat [1848].   
Au sortir de l'Ecole, Auguste Daunas est nommé tout d'abord au collège royal de Besançon [1839-1842]. Il est alors décrit, par Louis Pasteur, qui est son élève, comme un personnage « jeune, plein d'éloquence, fier d'avoir des disciples, d'éveiller leurs facultés, de diriger leur esprit ».
Auguste Daunas obtient, après son doctorat, la chaire de philosophie du lycée de Marseille [1848-1850].

Mais son état de santé tout à fait catastrophique, le fait interner, et il meurt dans les années 1850-1851.

COLLÈGE ROYAL DE LYON.
[Claude] Auguste Daunas [et non pas Charles comme il est indiqué parfois] est élève au collège royal de Lyon. En philosophie il est un des élèves de l'abbé Joseph Matthias Noirot [1793-1880] professeur de philosophie au collège de 1827 à 1852, enseignant qui jouit d'une forte réputation, et qui poursuivra sa carrière comme Inspecteur général de l’enseignement primaire, puis de l’enseignement secondaire.

1836. L'ÉCOLE NORMALE.
Sont reçus à l'Ecole normale, en 1836, dans l'ordre alphabétique : Jacques Adert [1817-1886] ; Ernest Bersot [ -1880]. ; Auguste Daunas [1814-vers 1850-1851]; Charles Delatour [1816-1871] ; Charles Delzons [1817-1872] ; Hilaire Garsonnet [1814-1876] ; Charles Guiselin [1816-1880] ; Louis Lacroix [1817-1881] ; Victor Modeste [1818-1893] ; Pierre Olivaint [1816-1871] ; Jean Peyrot [1813-1889] ; Victor Pitard [1817-1859] ; Constant Portelette [1816- ] ; Alfred Rouvray [1818-1872] ; Charles Verdière [1817- 1899] ; Charles Zévort [1816-1887].
Auguste Daunas, qui y est boursier à part entière, c'est à dire bien classé au concours d'entrée, y effectue une scolarité de trois ans. Il se présente sans doute à l'agrégation  de philosophie l'année même où sa scolarité s'achève, mais n'est pas reçu. Seul Ernest Bersot est reçu en 1839.
1840. AGRÉGATION DE PHILOSOPHIE.
Cette année 1840, sous la présidence de Théodore Jouffroy, et non pas exceptionnellement de Victor Cousin qui vient d'être nommé ministre de l'Instruction publique, sont reçus à l'agrégation de philosophie: Jules Barni [1818-1878], ancien élève de l'École normale, promotion 1837 ; Auguste Walras [1801-1866], ancien élève de l’École normale, promotion 1820 ; Charles Jourdain [1817-1886] ; Charles Zévort [1816-1887], ancien élève de l'École normale, promotion 1836 ; Auguste Daunas [1814-vers 1850-1851], ancien élève de l'École normale, promotion 1836].

CARRIÈRE ENSEIGNANTE.
A la sortie de l'Ecole normale, et en tant que normalien, est nommé dans un collège royal. Il est affecté, comme chargé de cours, au collège royal de Besançon [1839], où il succède à Charles Bénard [1807-1898], lui aussi ancien élève de l'Ecole normale [1828] et agrégé de philosophie en 1831. Auguste Daunas reste à Besançon jusqu'en 1842.
A la suite de quoi il est nommé professeur de philosophie au collège royal de Reims [département de la Marne], et qui fait partie à cette époque de l'Académie de Paris, alors très vaste et comprenant les départements de l'Aube, d'Eure-et-Loir, de la Marne, de la Seine, de Seine-et-Marne, de Seine-et-Oise, de l'Yonne.

DOCTEUR ÈS-LETTRES.
Daunas est docteur ès-lettres [Paris, août 1848], avec une thèse latine : De Idea philosophiae determinanda [Saint Germain en Laye : impr. de Beau, in-8, 62 p., 1848].

La thèse française a pour titre : Études sur le mysticisme. Plotin et sa doctrine, par A. Daunas, ancien élève de l'École normale, professeur de philosophie [Paris : chez l’auteur, in-8, 201 p., 1848].
Elle a été déposée en fin octobre 1847 et l'exemplaire, conservé dans les archives de la Sorbonne, porte la mention : Vu et lu, à Paris, en Sorbonne, le 1er novembre 1847, par le doyen de la Faculté des Lettres de Paris T. Vict. Le Clerc.

En 1848, sont également reçus docteurs de la Faculté de Paris : l’abbé Baret ; Guillaume Anne Patru ; Timothée Fabre ; Léon Montet ; Ferdinand Colincamp ; Auguste Geffroy ; Charles Gouraud ; Paul Janet ; Louis Speckert ; Charles Waddington.

MAINTIEN DE LA NOTORIETÉ D'AUGUSTE  DAUNAS.
La mémoire que l'on peut avoir d'Auguste Daunas s'est rapidement effacé de la communauté intellectuelle. Il n'a pas fait partie d'une société académique particulière du genre Académie des Sciences morales et politiques. Son nom ne figure en France dans aucun dictionnaire philosophique proprement dit : ni, comme « entrée » dans le Dictionnaire des Sciences philosophiques d'Adolphe Franck [Hachette, 1875], ni a fortiori dans Le Dictionnaire philosophique, publié un peu plus de cent ans plus tard, sous la direction de Denis Huisman [Puf, 1984].
Le Dictionnaire biographique et bibliographique des hommes les plus remarquables […] par Alfred Dantès [Paris : Auguste Boyer. 1875] mentionne brièvement Daunas comme référence bibliographique dans l'article Plotin [page 798].
On ne trouve trace de lui, que dans des nomenclatures très spécialisées : Annuaire des anciens élèves de l'École normale supérieure, Notice sur le doctorat ès-lettres, et bien entendu, dans les notices du catalogue.bnf.fr en ligne, de la Bibliothèque nationale de France. Ou encore dans le Catalogue général de la Librairie française pendant vingt-cinq ans, 1840-1865 [Paris : O. Lorenz. 1868].

Sa thèse française est pourtant rééditée en 1980, en fac-similé de l'édition de Paris, par l'éditeur allemand Scientia Verlag : Études sur le mysticisme. Plotin et sa doctrine, par A. Daunas [Aalen : Scientia Verlag. 24 cm, 201 p., 1980].
Cette réédition continue donc de faire vivre son nom, et lui assure, plus de cent cinquante ans après sa mort, une relative notoriété.

UN FAISCEAU D'ÉTUDES SUR PLOTIN ET L'ÉCOLE D'ALEXANDRIE.
Cette étude d'Auguste Daunas sur Plotin s'inscrit dans la tradition des nombreux travaux consacrés à Plotin, et plus largement à l'École d'Alexandrie, tout au long du XIX ème siècle :

De Jacques Matter [1791-1864], les deux ouvrages publiés à presque vingt ans de distance : l'Essai historique sur l'École d'Alexandrie et le coup d'œil comparatif sur la littérature grecque, depuis le temps d'Alexandre le Grand jusqu'à celui d'Alexandre Sévère [Paris : F. G. Levrault. Deux volumes in-8, 1820], puis Jacques Matter étant devenu Inspecteur général, réédité et refondu sous le titre de L'Histoire de l'École d'Alexandrie comparée aux principales écoles [Paris : Hachette. Trois volumes, in-8, 1840].

Le cours prononcé le 23 décembre 1831, par Hector Poret, sur l'École d’Alexandrie, comme Discours d'ouverture à la Faculté des Lettres de Paris, dans la chaire d'Histoire de la philosophie ancienne de V. Cousin [Paris : Papinot, libraire. Rue de la Sorbonne, n°14. In-8, 38 p.,1832].
Hector Poret, agrégé des lettres [1821], ancien professeur de philosophie au collège Rollin, est professeur suppléant de V. Cousin de 1831 à 1838.

1841. L'IMPORTANCE DU CONCOURS DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES;
Et surtout le Concours proposé à l'initiative de Victor Cousin par l'Académie des Sciences morales et politiques, prix du Budget, le samedi 24 avril 1841, dont le terme était fixé au 1er janvier 1843 : Examen critique de l'École d'Alexandrie.
Le programme avait été défini de la manière suivante :

1.Faire connaître, par des analyses étendues et approfondies, les principaux monuments de cette école depuis le II ème siècle de notre ère, où elle commence avec Ammonius, Saccas et Plotin jusqu’au VI ème siècle, où elle s’éteint, avec l’antiquité philosophique, à la clôture des dernières écoles païennes, par le décret célèbre de 529, sous le consulat de Décius et sous le règne de Justinien.

2.Insister particulièrement sur Plotin et sur Proclus ; montrer le lien systématique qui rattache l’école d’Alexandrie aux religions antiques, et le rôle qu’elle a joué dans la lutte du paganisme expirant contre la religion nouvelle.

3.Après avoir reconnu les antécédents de la philosophie d’Alexandrie, en suivre la fortune à travers les écoles chrétiennes du Bas-Empire et du Moyen Age, et surtout au XIV ème siècle, dans cette philosophie qu’on peut appeler philosophie de la Renaissance.

4.Apprécier la valeur historique et la valeur absolue de la philosophie d’Alexandrie.
Déterminer la part d’erreur et la part de vérité qui s’y rencontrent, et ce qu’il est possible d’en tirer au profit de la philosophie de notre siècle.

Le rapport sur ce concours, effectué  par Barthélemy Saint-Hilaire, est lu dans les séances du 27 avril et du 4 mai 1844.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1840-1841, pages 373-374.

Le prix est remporté par Étienne Vacherot, directeur des études et maître de conférences à l'École normale.
Étienne Vacherot publie son travail, deux ans plus tard, sous le titre Histoire critique de l'École d'Alexandrie, par M. E. Vacherot, directeur des études à l'École normale. Ouvrage couronné par l'Institut, Académie des Sciences morales et politiques [Paris : Librairie philosophique de Ladrange, 19 quai des Augustins. Trois tomes in-8, VIII-603+446+VII-524 p., 1846-1851]. Le premier et le deuxième tome paraissent en 1846.

Enfin le travail de Jules Simon [1814-1896], rédigé trop tard pour pouvoir concourir, mais qui paraîtra cependant sous le titre : Histoire de l'École d'Alexandrie [Paris : Joubert. Deux volumes in-8, 1845].

RÉFÉRENCES À LA THÈSE D'AUGUSTE DAUNAS.
Et les ouvrages spécialisés de philosophie qui traitent de ces questions ne manquent pas d'indiquer le travail d'Auguste Daunas dans leurs références;

C'est le cas de Jules Simon, qui signe J. S. l'article qu'il consacre à Plotin, dans la première édition du Dictionnaire des Sciences philosophiques [1851] de Franck, avec une mention approximative liée à l'erreur d'un prote [Consulter la thèse de M. Daunas sur Platon] ou plus exacte dans la seconde édition du Dictionnaire [1875].

En 1876, Gustave Vapereau, dans son Dictionnaire universel des littératures, dans l'article Plotin, cite la thèse de Daunas, page 1616. De même, le Grand Dictionnaire universel du XIX ème siècle de Pierre Larousse.

C'est encore le cas en 1886, dans la seconde édition de l'Essai sur l'histoire de la critique chez les Grecs, d'Émile Egger [Paris : G. Pedone-Lauriel. In-8, 1886], page 474.

1848. MEMBRE DU JURY D'AGRÉGATION DE PHILOSOPHIE.
L 'importance d'Auguste Daunas en son temps se mesure au fait, qu'à peine déclaré docteur ès-lettres [le 19 août 1848] il est appelé pour faire partie, quelques jours après, fin août 1848, du jury d'agrégation de philosophie pour l'enseignement secondaire.
Le président du jury est l'Inspecteur général Georges Ozaneaux [1795-1852], déjà président en 1847, qui a remplacé dans cette fonction V. Cousin qui avait assumé cette responsabilité presque sans interruption entre 1830 et 1846 inclus et qui la reprendra en 1849. [Victor Cousin, notons-le en passant, est le président en 1848, d'un jury d'agrégation des Facultés].
Sont également membres : Joseph Danton [1814-1869] qui a été chef de cabinet du ministre Abel François Villemain, et Inspecteur de l’Académie de Paris ; Amédée Jacques [1813-1865] fondateur de la revue La Liberté de penser ; Charles Mallet [1807-1876], inspecteur de l’Académie de Paris depuis 1848 ; et enfin Auguste Daunas.
Dix places sont mises au concours. Il y a vingt candidats. Six seront reçus agrégés.
Sont reçus en 1848, dans l'ordre de classement : Ernest Renan [1823-1892], Émile Beaussire [1824-1889], Elme Caro [1826-1887], Frédéric Morin [1823-1874], Alexandre Dupont, Jean René Augustin Allanic [1805-1899].

Dans une lettre, en date du 21 août 1848, adressée à sa sœur Henriette, Ernest Renan décrit la composition du jury. Et fait le portrait d'Auguste Daunas : « Daunas est un jeune professeur de province, qui a eu le bonheur d'être persécuté par M. de Salvandy pour témérités de doctrine, et qui maintenant est en grande faveur ».

PROFESSEUR AU LYCÉE DE MARSEILLE.
Juste après son doctorat [août 1848] Auguste Daunas est nommé dans la chaire de philosophie du lycée de Marseille. Il y remplace Pierre Benjamin Lafaist [1809-1867], professeur au lycée de 1838 à 1847, et qui vient d'être nommé professeur de philosophie à la Faculté des Lettres de Marseille tout nouvellement créée.
Mais, malade, Auguste Daunas doit être interné en psychiatrie. Il décède quelques mois après.  Il est alors remplacé par Antonin Rondelet [1823-1893], ancien élève de l'École normale [1841], qui vient du lycée de Rennes.

JJB, 03-2011

 
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